[Dossier] Emploi, logement et transports dans la politique de la Ville

Publié le 05/01/2016 à 14H33 (mis à jour le 19/01/2016 à 14H33)
Le 5 novembre dernier, l’Union régionale CFDT Ile-de-France et la Confédération ont organisé une journée d’échanges sur les problématiques « emploi, logement et transport dans la politique de la ville ». L’occasion d’évaluer les politiques publiques menées depuis 30 ans, mais aussi de voir émerger de nouvelles pistes de réflexion pour l’avenir. Retour sur cette initiative où se sont succédé les interventions – riches et variées – d’experts, politiques et syndicalistes.

« Au début des années 80, face aux premiers signes de dégradation des grands ensembles, la CFDT a compris qu’il fallait investir les sujets du logement et des transports, intrinsèquement liés à l’emploi et au travail », rappelle en introduction Philippe Lengrand, secrétaire général de la CFDT Île-de-France. La prise en charge syndicale de ces questions n’a pas pour autant été facile. Avant même de former les militants, il a fallu montrer toute la pertinence de travailler sur ces sujets qui, s’ils sortent du strict cadre de l’entreprise, concernent tous les salariés. Ainsi, c’est au milieu des années 90 que la CFDT développe une réflexion globale sur l’approche syndicale du territoire et sur les questions de mobilité. L’organisation noue au fil du temps des partenariats avec des acteurs de l’insertion (FNARS, ALJT, AFIP etc.) et prend toute sa place dans les instances paritaires (CAF, Action Logement, etc.). Elle affine aussi ses revendications, portées au niveau de la région à travers une contribution au Schéma directeur régional d’Île-de-France (SDRIF) en 2006 : construction massive de logements sociaux et respect de la loi SRU, rééquilibrage des bassins de vie et d’emploi, développement de l’économie résidentielle, poursuite du désenclavement des quartiers avec la construction de nouvelles lignes de transports en commun, renforcement du dialogue social territorial etc.

Repères en Ile-de-France

272 quartiers prioritaires, répartis sur 153 communes, sont recensés dans la géographie prioritaire actuelle.

• 1,5 million d’habitants (soit près de 13 % de la population francilienne) sont concernés par cette nouvelle politique.

• 16,2 milliards d’euros, dont 4,5 milliards de l’ANRU, ont été investis sur la période 2004-2014.

• 37 millions d’euros en moyenne ont été dépensés pour chaque quartier.

                 Source : Région Île-de-France

Un enjeu syndical à réinvestir
« Dans le cadre des politiques de Responsabilité sociale des entreprises (RSE) mais aussi au sein des diverses instances paritaires, les acteurs syndicaux doivent réinvestir ces sujets transversaux », insiste Marie-Andrée Seguin, secrétaire nationale confédérale, qui en profite pour annoncer qu’une enquête sur le rapport emploi/logement a été lancée récemment par la Confédération. Si des leviers existent, Ibrahima Dia, secrétaire confédéral en charge du logement, regrette malgré tout que les partenaires sociaux ne soient pas représentés au sein du nouveau Conseil national des villes (CNV), qui a en charge de conseiller le gouvernement sur les politiques de la ville. « L’Agence nationale pour la rénovation urbaine est largement financée par Action Logement, géré par les partenaires sociaux. Ça nous pose donc un sérieux problème d’avoir été écartés du CNV », s’indigne-t-il. Un choix qu’assume néanmoins Camille Vieilhescaze, directeur adjoint du cabinet de Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. « Nous avons décidé de resserrer le CNV autour d’acteurs dont le champ d’interventionporte essentiellement sur la politique de la ville », argue-t-il, avant de rappeler qu’un nouveau collège représentant les habitants des quartiers prioritaires avait été créé.

tous les cinq ans, un tiers des habitants quitte les quartiers
Les politiques de la ville à l’heure du bilan
Depuis 2004, année de lancement du premier programme de rénovation urbaine (PNRU1), 16,2 milliards d’euros ont été investis pour rénover 119 quartiers de la région. Avec à la clé, plus de 4 millions de personnes concernées par ces politiques. « Il serait injuste de dire que rien n’a changé depuis dix ans, remarque Philippe Lengrand. Nous assistons à une revitalisation économique de certains territoires comme la Plaine-Saint-Denis par exemple, où de nombreuses entreprises sont venues s’implanter, même si cela ne bénéficie pas assez aux habitants. Certaines villes enclavées vont aussi bénéficier du réseau de transports du Grand Paris dans les années à venir, à l’instar de Clichy-sous- Bois qui sera bientôt desservie par un tramway », se félicite-t-il, bien conscient néanmoins des inégalités qui persistent dans la région. Daniel Behar, géographe, abonde dans ce sens, en soulignant tout d’abord les effets bénéfiques du PNRU. « Ce programme, s’il n’a sans doute pas favorisé la mixité comme il l’entendait, a en tout cas généré des parcours résidentiels promotionnels, en facilitant l’accès au logement à de nombreux ménages », relève-t- il. Celui qui est aussi professeur à l’École d’urbanisme de Paris démontre également que la mobilité territoriale existe dans ces quartiers qui jouent un rôle de ‘sas d’insertion’ pour nombre de ses habitants (voir interview). Un constat partagé par Camille Vielhescaze, qui cite un rapport de l’Observatoire national de la politique de la ville (ONPV) selon lequel « tous les cinq ans, un tiers des habitants quitte les quartiers ». Un signe, selon lui, que la politique de la ville permet d’actionner l’ascenseur social, même s’il concède que lorsqu’un habitant quitte le quartier, il est souvent remplacé par une personne plus pauvre. « Acceptons donc cette fonction de ‘sas d’insertion’ des quartiers, réagit Philippe Lengrand. Mais faisons dès lors en sorte que l’on y vive bien ! »

Le PNRU a généré des parcours résidentiels promotionnels, en facilitant l’accès au logement à de nombreux ménages
Vers de nouvelles pistes
Le directeur adjoint de cabinet du ministre de la Ville aborde enfin l’esprit de la nouvelle géographie prioritaire, qui se décline localement via les contrats de ville (associant tous les acteurs locaux : Ville, Département, Région). Il évoque aussi le NPNRU (Nouveau programme national de renouvellement urbain) pour la période 2014-2024 et rappelle les actions multiples lancées par le gouvernement pour lutter contre les discriminations et agir pour la mixité : mesures de coercition à l’égard de certaines communes refusant la construction d’HLM, campagne de « testing » nationale, renouvellement des conditions d’accès aux grandes écoles de la fonction publique, généralisation des « caméras piétons » pour les policiers etc. Jean-François Carenco, le préfet d’Île-de-France, insiste quant à lui sur le lien entre politique de la ville et développement du Grand Paris. Que ce soit en matière de créations d’emplois et de logements, de nouvelles dessertes de transports etc. Il détaille par ailleurs les mesures mises en place par la préfecture en faveur des Zones de sécurité prioritaires (ZSP). « À Paris, les trois zones ciblées seront prochainement « mariées » à un établissement culturel (Opéra Garnier, Philharmonie de Paris, Bibliothèque François Mitterrand) », indique-t-il, défendant au passage « une culture par la participation exigeante, où l’on rend les gens acteurs de leurs parcours ». Mais au-delà de ce type de mesures volontaristes, Daniel Behar en appelle à agir de manière différenciée en fonction des processus générant les inégalités socio-territoriales. Une réflexion qui donne donc des pistes d’action syndicale, comme le souligne en conclusion Philippe Lengrand : « Nous devons abandonner nos lunettes du 20e siècle et prendre toute notre place sur ces sujets transversaux, en renforçant la lutte contre les discriminations et en développant une véritable sécurisationdes parcours professionnels ». 

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De gauche à droite : Camille Vielhescaze, Philippe Lengrand, Jean-Francois Carenco et Emmanuelle Pirat (crédit photo : Anne Bruel/Info-com CFDT).

Retrouvez en pièce-jointe l'intégralité de ce dossier, agrémenté d'interviews d'acteurs syndicaux.