Valoriser les parcours militants, un projet d'avenir

Publié le 18/04/2016 à 16H06
Souvent évoquée dans les textes de congrès des organisations, la valorisation des parcours militants est l’enjeu d’un projet expérimental lancé par la CFDT Île-de-France et son institut de formation, l’IREFE, en partenariat avec deux organismes reconnus dans le monde de la formation des adultes, le CNAM et l’AFPA. Le point sur ce dispositif ambitieux qui répond à un besoin urgent.

« Reprendre un poste dans une entreprise après avoir été détaché, construire un nouveau projet professionnel, mettre en lumière les compétences acquises dans les différents mandats : le besoin de valorisation des parcours des militants syndicaux est réel, constate Lahouari Boubekeur, secrétaire régional en charge de la formation syndicale. Nous voulons agir pour aider nos militants mais aussi pour permettre à ceux qui sont prêts à prendre un mandat de s’engager en envisageant plus sereinement leur avenir ».

Les ateliers peuvent aboutir à des décisions multiples : faire un bilan de compétences, reprendre une formation diplômante, s’engager dans une VAE ou simplement négocier un nouveau poste avec son employeur

Le projet présenté aux équipes syndicales le 28 janvier dernier s’appuie sur une conviction : les compétences acquises dans le cadre de l’activité syndicale sont transférables dans l’activité professionnelle. À condition de les identifier, de leur donner un nom, de les certifier. « En 2009, l’institut avait déjà construit un partenariat avec le CNAM pour permettre à nos élus prud’hommes de préparer une unité d’enseignement (UE) en droit du travail, première étape d’une licence professionnelle. Nous avions ensuite élargi cette offre aux élus qui avaient une appétence pour le droit », rappelle Valérie Waligora, directrice de l’IREFE. À l’époque, le bilan s’était avéré positif : la moitié des personnes inscrites avaient obtenu leur UE et un tiers avaient poursuivi une formation au CNAM. L’enjeu est aujourd’hui d’ouvrir le champ des possibles, de considérer l’activité syndicale, l’activité des mandatés, comme autant de situations de « travail ». Il s’agira d’ « objectiver » la compétence obtenue dans le cadre syndical grâce à un tiers certificateur qui s’en porte garant. D’où le choix d’un partenariat ambitieux avec deux organismes reconnus : le CNAM, établissement d’enseignement supérieur français dédié à la formation des adultes, et l’AFPA, acteur historique de la formation professionnelle qualifiante pour adultes.

Valoriser les formations syndicalesencadre-partenariat-valorisation -militant
Le diplôme et la certification sont souvent incontournables aux yeux des employeurs. Les formations syndicales permettent d’acquérir des compétences. L’enjeu est donc de faire reconnaître ces formations. Pour cela, tout un travail autour de la traçabilité des formations a été mené et l’IREFE s’engage à fournir aux stagiaires des « attestations détaillées » précisant ces compétences. Les partenaires de ce projet – qui bénéficie d’une convention avec la Confédération – ont aussi cherché des correspondances entre les formations dispensées par l’IREFE et celles du CNAM et de l’AFPA, dans la logique d’obtention de certaines dispenses, quitte parfois à faire évoluer le contenu des formations syndicales. Les domaines concernés vont de la « santé au travail », au « droit social-droit du travail », en passant par « l’organisation/structuration » et « la formation des adultes ». Pour la CFDT Île-de-France, c’est donc aussi une reconnaissance de la qualité des formations syndicales.

Le dispositif d’accompagnement
Les candidats à la validation et à la valorisation de l’expérience militante participent tout d’abord à une réunion d’information qui permet de présenter les partenaires du projet et les dispositifs de validation des acquis et de formation possibles. À l’issue de cette réunion, une deuxième étape peut s’ouvrir pour les militants qui en manifestent le besoin : la participation à un atelier « Projet personnel et professionnel » de quatre jours co-animé par l’IREFE et des conseillers du CNAM et de l’AFPA. L’objectif est d’identifier les compétences acquises dans les activités syndicales, activités observées comme autant de situations de travail pouvant être « valorisées ». « Dans les CV, l’activité syndicale est rarement mentionnée, rapporte ainsi Pascale Lukas, responsable pédagogique de l’IREFE. Elle est souvent cachée et au mieux, elle apparaît dans les ‘hobbies’ ! ». Celles et ceux qui ont déjà participé à un des ateliers insistent beaucoup sur cette « découverte » : « En partant de nos situations de travail, nous arrivons à sortir du modèle de CV centré sur les postes occupés pour l’orienter sur les compétences acquises ! Ça nous permet aussi de voir autrement notre parcours », insiste l’un d’entre eux. « Les ateliers – qui se terminent par une journée dédiée au plan d’action – peuvent aboutir à des décisions multiples, confie Pascale Lukas. Faire un bilan de compétences, reprendre une formation diplômante, s’engager dans une VAE ou simplement négocier un nouveau poste avec son employeur… Lorsqu’ils le souhaitent, les militants engagés sont accompagnés tout au long de leur parcours par le CNAM ou l’AFPA ». Chacun à son rythme, en prenant le temps de la maturation… C’est de toute manière l’occasion de repartir sur de nouveaux projets en s’appuyant sur un parcours valorisable.

INDISPENSABLES FINANCEMENTS - Lorsqu’un projet professionnel prend forme et nécessite une formation, la question du financement se pose rapidement. La CFDT Île-de-France a d’emblée intégré cette dimension dans le projet. Vincent Pigache, délégué régional en charge de la formation professionnelle, anime ainsi, lors des ateliers « Projet professionnel et personnel », une séquence de deux heures sur toutes ces questions. « Les militants connaissent mal leurs droits, souligne-t-il. Souvent, ils ne savent pas quels sont les financements possibles ni qu’ils peuvent en combiner plusieurs ». L’Union régionale propose ainsi à ceux qui le souhaitent un accompagnement sur le montage financier de leur projet.