Mobilisation territoriale pour l’emploi, la transition numérique et écologique : la CFDT Île-de-France sur le pont

Publié le 08/10/2019

Dans le prolongement de la crise des gilets jaunes et du grand débat national, révélateurs de profondes fractures sociales et territoriales, le gouvernement a lancé une large consultation, pilotée en région par les préfets, pour faire des propositions concrètes et rapidement opérationnelles en matière de politiques de lutte contre le chômage et d’accompagnement des transitions écologiques et numériques. Retour sur cette concertation et sur les propositions portées par la CFDT Île-de-France.

L’apprentissage était au coeur de la mobilisation nationale pour l’emploi, la transition écologique et numérique. © Frédéric MAIGROT/REA


La consultation qui a débuté fin mai sous l’égide du préfet de région et du vice-président du Conseil régional a associé de nombreux acteurs : services de l’État, maires, organisations syndicales et patronales, associations et représentants de la société civile, Pôle emploi, Caisses d’allocations familiales, Action Logement… Elle était articulée autour de six thématiques : être au rendez-vous de la forte demande d’apprentissage et de formation ; résoudre le problème des offres d’emploi non pourvues ; lever les freins à la reprise de l’emploi ; mieux accompagner les territoires en transition ; changer de dimension sur l’écologie du quotidien et enfin accompagner la rénovation thermique des logements.

Juste avant l’été, ce ne sont pas moins d’une quinzaine de réunions sous forme d’ateliers ou de séances plénières qui se sont tenues en Île-de-France. « Un calendrier au pas de charge, regrette toutefois Marinette Soler, secrétaire générale adjointe qui a participé aux rencontres. Avec des réunions de deux heures réunissant de nombreux acteurs, il est difficile d’entrer dans le détail », ajoute-t-elle.

Un diagnostic de la situation

Les multiples dispositifs existant en matière d’aide à la recherche d’emploi et à la mobilité professionnelle ou de financement de travaux pour l’amélioration de l’habitat ont été recensés. Presque toujours, la complexité d’accès aux aides et la trop grande méconnaissance de celles-ci par le public ainsi que le manque de coordination entre les différents organismes prescripteurs qui agissent sur le terrain ont été soulignés.

Dans cette première phase, la CFDT a rappelé que les inégalités sociales et territoriales se creusent en Île-de-France et que les chances d’accéder à un emploi, de trouver une formation ou de faire face à des dépenses quotidiennes ne sont pas les mêmes en fonction du lieu où l’on habite et des moyens consacrés par les pouvoirs publics.

La CFDT Île-de-France avance ses propositionsetapes concertation prefet

Pour l’Union régionale, les thématiques abordées sont au coeur des actions qu’elle mène depuis de nombreuses années notamment au Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser), au Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles (Crefop) et dans les divers organismes paritaires où elle est présente, qu’il s’agisse d’aménagement du territoire, de développement économique, d’emploi, de formation professionnelle ou encore de logement.

Sur l’apprentissage, la CFDT a estimé nécessaire que les entreprises se mobilisent pour un suivi particulier des jeunes concernés tout au long de leur parcours afin d’éviter toute rupture de contrat. Elle a aussi souligné que la question de l’apprentissage ne pouvait être déconnectée des problématiques périphériques (logement, mobilité, garde d’enfant…).

En matière de garde d’enfants, la CFDT a revendiqué un accroissement du nombre de places en crèches collectives ou familiales pour faciliter le départ en formation des demandeurs d’emploi, le retour à l’emploi des salariés en période d’essai et l’insertion des salariés précaires.

En ce qui concerne le sujet des mobilités qui est l’une des préoccupations majeures des Franciliens, la CFDT a mis en avant des solutions pragmatiques comme le prêt de voiture, l’aide au financement du permis de conduire, le développement du covoiturage et des transports doux. Par ailleurs, sur le logement, la CFDT a proposé qu’une offre transitoire soit consacrée aux salariés en reprise d’emploi ou en formation. Une offre qui pourrait aussi bien concerner le parc social que privé, les logements familiaux ou de type « résidences mobilités » (hébergement temporaire pour les salariés en mutation professionnelle ou en formation). En matière d’habitat et de rénovation énergétique, la CFDT Île-de-France a insisté pour rendre plus visibles les mesures d’accompagnement. Elle a aussi appelé à identifier plus précisément les copropriétés concernées pour encourager les syndics à entreprendre les travaux nécessaires.

Et maintenant ?

La concertation va se poursuivre autour de quatre chantiers prioritaires identifiés par le Premier ministre, à partir des propositions remontées du terrain : amélioration de la mise en relation entre l’offre et la demande d’apprentissage, offre de garde d’enfants pour ceux qui reprennent un emploi, rénovation énergétique des logements et identification des logements vacants pour les demandeurs d’emploi en mobilité et les apprentis. La CFDT Île-de-France se réjouit de constater que les priorités retenues rejoignent les siennes. Elle sera néanmoins vigilante quant à la mise en place du plan d’action régional, qui devrait être connu d’ici fin octobre. Autrement dit, la CFDT attend désormais que ce plan se traduise concrètement dans le quotidien des Franciliennes et Franciliens.

INTERVIEW    Philippe Lengrand, sécrétaire général de la CFDT île-de-France

Notre rôle a été de relayer la voix des salariés et demandeurs d’emplois, notamment les plus précaires. Quitte à bousculer parfois la vision de certains acteurs institutionnels.

Pourquoi la CFDT s’est-elle engagée dans cette mobilisation nationale et territoriale ?Philippe Lengrand
Beaucoup de chantiers nous concernent pleinement. C’est pourquoi la CFDT a dit « Chiche » ! Depuis l’arrivée du Président Macron, on se plaint trop souvent d’être mis de côté ; on n’allait donc pas, alors qu’on y était invités, refuser de se mettre autour de la table. Il fallait y aller ! Et nous y sommes allés avec des propositions concrètes. Au final, dans la région, nous sommes l’organisation syndicale qui s’est le plus impliquée.

Qu’a porté la CFDT auprès du préfet de région ?
Notre rôle a été de relayer la voix des salariés et demandeurs d’emplois, notamment les plus précaires. Quitte à bousculer parfois la vision de certains acteurs institutionnels. Je m’explique : si on écoute certains, on peut avoir le sentiment que tout fonctionne pour le mieux. Il ne s’agit pas de pointer les faiblesses des uns ou des autres. Mais on relève qu’en termes d’accès aux droits, beaucoup de personnes continuent de passer entre les mailles du filet. Aussi, si la situation de l’emploi dans la région est moins problématique qu’ailleurs, il y a encore beaucoup à faire pour développer l’apprentissage, mieux former tout au long de la vie et préparer les jeunes générations aux métiers de demain, notamment dans les secteurs du numérique et de la transition écologique.

Que ressort-il des récentes annonces du préfet de région ?
Nous avons retrouvé certaines de nos revendications dans ces annonces. Je pense aux mesures pour les demandeurs d’emploi comme l’élargissement de l’aide à la garde d’enfants ou la mise à disposition de logements vacants. Nous nous félicitons également de voir reprise l’idée de massifier la rénovation énergétique dans les zones pavillonnaires. Reste désormais à passer des paroles aux actes… Nous avons par ailleurs exprimé des réserves sur le format express de la concertation ou encore sur la place des acteurs sociaux, dont la CFDT, dans le dispositif. Quand et comment le plan d’action va-t-il se mettre en place ? Y serons-nous associés ? Nous sommes encore dans le flou et nous attendons de voir ce qui sera proposé d’ici fin octobre.