[Portrait] Dominique Lierhmann, une histoire de la CFDT

Publié le 03/04/2015 à 14H53
Quelques semaines avant sa disparition brutale le 29 décembre 2014, Dominique Liehrmann avait accepté d’évoquer pour Solidaires son demi-siècle d’engagement militant, dans son secteur – la banque – mais aussi dans l’interprofessionnel et chez les retraités. Négociateur aguerri, formateur passionné, débatteur infatigable, Dominique était également un homme chaleureux et attentif aux autres. Rétrospective en forme d’hommage.

Né dans une cité ouvrière du 14ème arrondissement, Dominique a baigné dans le syndicalisme dès son plus jeune âge. « Papa - chrétien de gauche et magasinier à l’Imprimerie et cartonnage d’art (ICA) - était syndiqué à la CFTC, dans un fief CGT, relève-t-il. Son principal fait d’armes est d’avoir obtenu, à la fermeture de la boîte, que les ouvrières du cartonnage soient indemnisées comme les imprimeurs. C’était loin de couler de source ! » Après avoir élevé ses sept enfants, sa mère avait quant à elle repris une activité de comptable aux Éditions Montsouris, d’où sortait le célèbre « Petit Echo de la Mode ».

La déconfessionnalisation, une étape vers l’indépendance
Dominique a 16 ans quand il rejoint sa soeur, Monique Boussemart, au Crédit Lyonnais. Nous sommes en 1960 et il adhère « naturellement » à la CFTC, alors première organisation dans la banque. Il commence à militer au sein de la commission des jeunes de la section syndicale, où il se forme au côté de son beau-frère Jean Boussemart. Pour préparer le Congrès de 1964, il participe à un groupe de travail sur l’unification syndicale. « Les débats ont commencé dès 1961, avec des réunions presque tous les soirs », souligne-t-il. Comme sa famille et la plupart de ses copains du Crédit Lyonnais, Dominique est favorable à l’Évolution. « Cela représentait l’ouverture et l’indépendance vis-à-vis de l’Eglise, explique-t-il. Même si pour certains, c’était une déchirure ». Fin 1963, Dominique débute son service militaire obligatoire au fort de Bicêtre. Et rate ainsi, à quelques jours près, le fameux Congrès de 1964. « Je n’étais pas un bon soldat et on a prolongé mon séjour… en m’envoyant en prison ! s’amuse-t-il. Mais j’étais là pour distribuer des tracts le lundi d’après Congrès ».

De Mai 68 à la grève de 1974

En 1965, à sa majorité (alors fixée à 21 ans), le jeune conseiller commercial est élu pour la première fois au comité d’établissement du Crédit-Lyonnais Paris. Suivront ensuite les évènements de Mai 1968. « C’est à cette période que j’ai fait mes armes de syndicaliste, en négociant – c’était une première ! - sur les salaires et le temps de travail ». Pour lui, Mai 68 aura aussi permis de « se libérer des carcans, face à des hiérarchies quasi-militaires », ainsi que d’obtenir de réelles avancées comme la reconnaissance officielle de la section syndicale. Il endossera par la suite différentes responsabilités : secrétaire de section, secrétaire adjoint au syndicat des banques, délégué syndical national etc. Avec à la clé, des résultats électoraux à faire pâlir la concurrence ! En 1974, devenu permanent, il prend part à la grève des banques, la plus importante en nombre de participants et en durée. Il confirme alors tous ses talents de négociateur, dans un contexte de conflits avec des militants d’extrême gauche dont une certaine Arlette Laguiller, employée du Crédit Lyonnais, qui s’accapare l’attention médiatique…

Entre formations et syndicalisme retraité

En parallèle, dès la fin des années 60, Dominique s’engage dans l’interprofessionnel francilien. Il faut dire que Jean Boussemart est alors secrétaire général d’une structure nouvellement créée : l’union départementale de Paris. C’est là qu’il découvre l’animation des formations de base. « Discuter, convaincre et transmettre… Ça a toujours été un leitmotiv », souligne-t-il. Et ses compétences ne passent pas inaperçues auprès de sa hiérarchie, qui lui confie – à son retour dans la boîte, au tournant des années 80 - la mission de former des managers. Une petite fierté pour lui qui n’avait que le BEPC. En 1996, profitant d’un plan social, il quitte le Crédit Lyonnais et se tourne vers le syndicalisme retraité, où il trouve « des débats d’une qualité rare ». Peu après sa « vraie » retraite en 2004, il devient secrétaire général de l’union régionale des retraités et membre du bureau régional. Avec une ambition forte : « construire des revendications avec les salariés et renforcer la solidarité entre générations. » Il continuera aussi de mettre son temps au service de la transmission des savoirs en animant la séquence « Histoire » des formations de l’IREFE. Une histoire dont Dominique a contribué à écrire les chapitres. Et qu’il a inlassablement transmise aux jeunes générations.