[Portrait] Jean-Jacques, cheminot anti-corpo

Publié le 09/07/2014 à 11H46
Jean-Jacques Descazaux a enchaîné les mandats dans les instances de la SNCF comme au sein de l'interprofessionnel francilien. Cultivant sa liberté de pensée et une aversion pour les corporatismes de tous bords, ce militant – à l'aube de la retraite – se raconte pour Solidaires.

Écusson arborant la faucille et le marteau, cheveux long, santiags… Quand il intègre la SNCF en 1976, Jean-Jacques Descazaux est encore ce « titi parisien » au look volontairement provocateur. Son arrivée dans l’entreprise tient d’ailleurs plus du concours de circonstances que d’une véritable vocation : « Je suis entré pour rassurer mes parents. Ma mère, alors serveuse dans un bar près de la gare Montparnasse, avait eu ce plan contre trois boîtes de foie gras », relate-t-il, sans blaguer.

Sa fibre militante, Jean-Jacques la cultive dès le lycée en participant à différents comités d’action nationaux. Son Bac en poche, il s’aventure ensuite sur les chemins périlleux de Katmandou. Une destination – bien dans l’air du temps – qu’il n’atteindra toutefois jamais… S’il est à l’époque en conflit ouvert avec ses parents, Jean-Jacques n’en reste pas moins admiratif de leurs parcours. « Comme toute sa famille, mon père était paysan dans les Landes mais il a été atteint par la polio à 18 ans. Il s’est ensuite reconverti en ingénieur du son à l’ORTF, après avoir suivi des cours du soir au CNAM, indique-t-il, avant de poursuivre. Il est aussi devenu militant syndical. Ma mère quant à elle a fait de nombreux boulots. Son origine bulgare explique sans doute que je me sente proche des Roms ». Après quelques expériences professionnelles, Jean-Jacques saute finalement dans le train qui passe et se voit nommé agent de maîtrise à la SNCF. « J’ai tenté l’examen pour être chef de gare, mais j’ai échoué à l’oral. Ma nonchalance de l’époque n’a pas aidé… Cela m’avait beaucoup vexé, mais je dois reconnaître que c’est aussi comme ça que j’ai choisi de militer », concède celui qui a fait ensuite toute sa carrière à Ermont dans le Val d’Oise, à la gestion de la circulation des trains.
La CFDT était la première organisation syndicale à parler de sortie du nucléaire ou encore de droit à l’avortement
La CFDT, porteuse de valeurs différentes

À la SNCF, il découvre une CGT « hégémonique ». Mais c’est bien la CFDT qui – en 1978 - emporte son adhésion. « J’avais d’ailleurs dû aller aux devants des militants cédétistes car à l’époque le développement n’était pas leur priorité, souligne-t-il, avant d’expliquer son choix. La CFDT m’a séduite car elle portait des valeurs différentes. C’était la première organisation syndicale à parler de sortie du nucléaire ou encore de droit à l’avortement ». Peu après son adhésion, il se présente aux élections de délégué du personnel du syndicat des cheminots de Paris Nord (14 000 salariés), où il réussit un score inédit de près de 70 % ! Il enchaînera par la suite les mandats dans les instances SNCF, en devenant tour à tour élu de Comité d’entreprise (CE), membre de Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et délégué syndical (DS). « À mon arrivée, j’admirais l’éloquence des élus CGT. Même si sur le fond des dossiers, ce n’était pas très dur d’être à leur niveau », tacle-t-il, sourire goguenard en coin. Plus tard, il prendra aussi les rênes de son syndicat, après en avoir été le trésorier.
Dans l’entreprise (...), tu peux vite tomber dans le corporatisme, très fort chez certains cheminots
Un pied dans le pro… Un autre dans l’interpro !

Pour gagner en assurance, il suit des formations. Et découvre, dès la fin des années quatre-vingt, l’interprofessionnel francilien, qu’il voit alors comme un refuge pour militer. « À l’époque, notre fédération nous écartait des postes à responsabilités à cause de notre soutien à la confédération », éclaire-t-il. Il devient formateur à l’UD de Paris, s’engageant en parallèle à l’UD du Val d’Oise en tant que trésorier puis secrétaire adjoint. « Mais je n’ai jamais été permanent », précise celui qui aura travaillé toute sa vie en 3x8. Pour lui, l’interprofessionnel est aussi un moyen de s’ouvrir à l’ensemble de la société, « avec toujours en ligne de mire l’intérêt général. Dans l’entreprise, la donne est différente : tu peux aussi vite tomber dans le corporatisme, très fort chez certains cheminots » développe-t-il. Tout au long de sa carrière, il aura ainsi multiplié les mandats (Cotorep, CAF, prud’hommes…). Avec un intérêt out particulier pour le dossier logement, « où la CFDT se bat pour une articulation Emploi-Logement-Transport cohérente ». Celui qui est devenu vice-président de Procilia, collecteur qui gère 48 000 logements en Ile-de-France et Picardie ironise : « J’ai eu moi-même un parcours résidentiel un peu particulier ! Je suis né à Paris, mais mes parents m’ont envoyé très jeune dans l’Aveyron avec mes grands-parents. J’y ai passé une grande partie de mon enfance avant de remonter en région parisienne », raconte-t-il. Et s’il connaît aujourd’hui Paris « sur le bout des ongles », Jean-Jacques n’en reste pas moins très attaché à sa maison familiale des Landes. Une maison empreinte de souvenirs d’enfance. Et qui lui rappelle inévitablement son père, décédé l’an dernier – signe du hasard ou du destin – un premier Mai. ❐