[Portrait] Mimia, à livre ouvert

Publié le 05/04/2016 à 14H46
Depuis qu’elle a adhéré en 2008, Mimia Boumghar a fait de la santé et de la qualité de vie au travail son cheval de bataille. Que ce soit au sein de la mairie de Noisy-le-Sec (93) ou à travers ses différents mandats interprofessionnels, cette militante s’évertue à faire vivre au quotidien les valeurs de la CFDT. Rencontre.

L’histoire de Mimia s’apparente à un parcours du combattant. Où les obstacles se sont dressés face à elle dès sa plus tendre enfance. « J’ai été atteinte de la polio à 5 ans et on a dû m’opérer la cheville pour que je puisse remarcher. Aujourd’hui, je souffre du syndrome post-polio et je dois désormais me réveiller à cinq heures du matin tous les jours pour prendre de la morphine », confie-telle d’emblée. Avec le temps, cette pimpante militante a toutefois appris à vivre avec son handicap, « à s’habiller et à se préparer avant de monter sur scène », comme elle le dit joliment.

Exilée d’Algérie
Née en Algérie et élevée dans une famille aisée, Mimia entame sa carrière à la Bibliothèque nationale d’Alger. Avant d’être contrainte à l’exil. « Nous vivions librement jusqu’à ce que mon ex-mari, journaliste, soit menacé de mort par le Groupe islamiste armé (GIA), explique-t-elle. Un jour où – par chance – nous étions sortis, ils ont saccagé notre maison et volé nos affaires, emportant même nos photos », relate-t-elle, le coeur serré.

Aidé par une association de journalistes, son ex-mari parvient à trouver l’asile en France. Mais Mimia et sa fille de cinq ans doivent, elles, attendre un an avant de pouvoir le rejoindre. En arrivant, la petite famille est aidée par un couple d’amis journalistes et trouve un logement à Bobigny. Mais le contraste avec la vie en Algérie est rude. « Là-bas, nous vivions dans une cage dorée, témoigne Mimia. Ici, les débuts furent difficiles et on a même parfois dû aller aux Restos du coeur. Mais nous avons gagné notre liberté. J’existe aussi en tant que femme et ça, ça n’a pas de prix ».

Militante sur tous les fronts
En attendant d’être autorisée à travailler, la jeune femme devient bénévole au sein d’une association d’aide aux enfants atteints de cancer. Mimia ne compte pas son temps, entre aide aux parents et mobilisation pour faire connaître ce combat. Elle se fait alors repérer par la maire de Noisy-le-Sec qui l’aide à obtenir ses papiers et l’embauche comme assistante. Si les galères semblent derrière elle, Mimia se retrouve toutefois « mise au placard » après un changement de majorité politique. Elle demande alors à rencontrer le secrétaire de la section syndicale CFDT (Interco 93). « La CGT était majoritaire à l’époque, mais je ne me retrouvais pas dans ses valeurs. La CFDT me semblait plus à l’écoute et dans le dialogue », explique-t-elle. Elle suit alors le responsable de section dans les réunions, devient sa suppléante au CHSCT. Avant d’être élue au sein de l’instance. « Au départ, j’entendais des élus CGT envoyer des piques. Mais je n’avais pas besoin d’être acceptée, je me suis imposée », rigole-t-elle.

Au chsct, on a remis les questions de handicap, de conditions de travail et de santé au cœur de notre action
Tenace et bûcheuse, Mimia contribue à faire de la CFDT la première organisation à la mairie. « Avant, au CHSCT, on parlait beaucoup de toilettes bouchées ou d’ampoules grillées. Aujourd’hui, on a remis les questions de handicap, de conditions de travail et de santé au cœur de notre action », se félicite-t-elle. Elle énumère ainsi les initiatives concrètes menées avec son équipe : mise en place d’un comité de suivi sur la qualité de vie au travail pour les assistant(e)s maternel(le)s, aide à la constitution des dossiers des agents pour la mutuelle, accompagnement pour une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé etc.

Mimia articule par ailleurs son mandat au CHSCT avec des mandats dans l’interprofessionnel. Siégeant au CA de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), à la Commission de recours à l’amiable (CRA) qui gère les litiges avec la Sécurité sociale, ou encore comme suppléante à l’Agence régionale de santé (ARS), elle n’hésite jamais à faire remonter un dossier de salarié. « Nous sommes là pour les aider car ils nous font confiance », souffle-t-elle. Mimia devient aussi la première femme présidente de l’Amet, un service de santé au travail. Elle s’engage en parallèle au sein de l’Union départementale de Seine-Saint-Denis et du groupe ressource handicap de la CFDT Île-de-France. Des mandats nombreux donc, mais qui témoignent d’une vraie cohérence d’ensemble : « Cela reste dans le domaine de la santé et de la qualité de vie au travail. J’ai beaucoup reçu plus jeune et c’est désormais à mon tour de donner aux autres ».

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