[Portrait] " Moi, Maurice, militant depuis 1950 ..."

Publié le 27/06/2014 à 10H10
Du haut de ses 90 printemps, Maurice Berthelot a tout connu : la guerre et la reconstruction, l’évolution de la CFTC, Mai 68… Aujourd’hui encore, il milite depuis l’Union locale de Choisy-le-Roi (94), où il assure une permanence quotidienne. Pour inaugurer notre rubrique « Portrait », son nom s’est donc tout de suite imposé. Comme une évidence. Comme un symbole, aussi, en cette année où la CFDT souffle ses 50 bougies.

Son sourire et ses yeux plissés rayonnent sur son visage. Quelques semaines avant de recevoir les insignes de Chevalier de l’ordre du mérite, par le maire de Choisy-le-Roi Daniel Davisse, Maurice affiche une joie communicative. Quasi-enfantine. « Un maire communiste qui honore un petit maillon de la CFDT, c’est quand même la gloire ! », rigole-t-il. Sa gloire est néanmoins modeste. Et d’abord collective. Car pour lui, cette décoration vient surtout récompenser l’indispensable travail de proximité de la CFDT à Choisy-le-Roi. Une ville qu’il a rejointe avec sa femme en 1978, au moment de prendre sa retraite.

Un maire communiste qui honore un petit maillon de la CFDT, c’est quand même la gloire !

Et si certains cessent de militer une fois retraités, ce n’est définitivement pas son cas. Aussi actif qu’un salarié, il assure tous les mois 150 heures de permanences à l’Union locale, recevant en moyenne 150 personnes. Une cinquantaine d’adhésions par an et la création de plusieurs sections sont aussi à mettre à son actif…Maurice Berthelot 2

Du maquis au syndicalisme

Pour comprendre le militantisme de Maurice, il faut remonter à son premier engagement, qui restera comme l’un des plus marquants. Nous sommes en 1944, Maurice a 21 ans. Au sein du maquis « Louis », dans sa Nièvre natale, il se fait alors prénommer Thilde. Avec 1 800 autres camarades, il participe à des actions de harcèlement des Allemands (embuscades, minage de routes et de ponts etc.). Un résistant était né.

La guerre terminée, Maurice monte à Paris. Il enchaîne alors les petits boulots avant d’être recruté en tant qu’aide laboratoire à la Direction des études et techniques nouvelles de GDF à la Plaine Saint-Denis. Nous sommes en 1950. La CGT est ultra-majoritaire dans l’établissement. Mais Maurice préfère rejoindre - question de valeurs - la CFTC.

Il observe alors beaucoup, participe aux réunions. Il devient même, six mois après son adhésion, secrétaire de section. Et quand la section se transformera en syndicat, il endossera naturellement le costume de secrétaire général.

Naissance de la CFDT

La CFTC devient vite majoritaire dans le centre de recherche EDF-GDF. La méthode de Maurice – le travail de terrain encore et toujours – porte ses fruits. Ses premières années de militant sont aussi l’occasion pour lui de découvrir les actions de l’interpro. « Nous avions des luttes communes, comme par exemple la gratuité des transports, se souvient-il. C’est important de ne pas rester dans son coin. »

Les références chrétiennes étaient un frein pour notre développement.

Les années passent. Et Maurice est de tous les combats. Un évènement le marquera à jamais : la manifestation pour la paix en Algérie, conclue par un bain de sang au métro Charonne. En 1964, il défendra aussi avec force la déconfessionnalisation de la CFTC. Un moment passionnant mais également difficile. « C’était une nécessité, même si certains en ont pleuré. Les références chrétiennes étaient un frein pour notre développement. Cette évolution était synonyme d’ouverture », avance-t-il, lucide.

De Mai 68 à aujourd’hui

Plus tard, Maurice participera activement à Mai 68. Avec son porte-voix – aujourd’hui entreposé comme un trophée au-dessus de son armoire – il harangue ses collègues à la cantine. Il participe aux réunions du matin, aux manifs l’après-midi. « Ce qui me passionnait, c’est qu’il n’y avait plus de frontières. On pouvait discuter entre ingénieurs, ouvriers, assistants... », éclaire-t-il. Avant de prendre de la hauteur : « Nous étions utopistes, mais nous avons quand même fait bouger les choses ». À cette époque, Maurice monte aussi une Union locale dans le 15e arrondissement de Paris. Son activisme est débordant. Ce qui lui vaut d’ailleurs quelques anecdotes croustillantes, comme une interpellation par la police au cours d’une distribution de tracts.

Investir le terrain et échanger avec la population, c’est la seule façon de renforcer la crédibilité des syndicats.

Vient enfin le temps de la retraite. Un temps que Maurice mettra au profit de son engagement syndical. Depuis l’Union locale de Choisy-le-Roi, il tisse de nombreux liens avec les associations et participe à des animations (Comités de quartier, journée des Solidarités…). En bref, l’homme a un emploi du temps chargé. Et porte toujours un regard avisé sur les enjeux de la CFDT : « La ligne générale va dans le bon sens et je me félicite de la reprise du dialogue avec les décideurs, politiques et patrons. Mais nous avons besoin de plus de lieux d’accueil. Investir le terrain et échanger avec la population, c’est la seule façon de renforcer la crédibilité des syndicats. » Il pointe alors du doigt une affiche placardée dans son bureau : « Je parle, on m’écoute, j’existe ». Une maxime que Maurice fait vivre depuis bientôt 64 ans. Avec le même sourire rayonnant. ❐