[Dossier] L’Ile-de-France, terre d’inégalités

Publié le 09/07/2014 à 11H00
Si elle affiche un visage de métropole rayonnante à l’international, l’Ile-de-France n’en reste pas moins la région française la plus inégalitaire. Le tout, dans un contexte de réformes difficiles et de morosité économique. Alors que le congrès confédéral de Marseille a mis les questions d’égalité et de justice sociale au coeur du projet de la CFDT, Solidaires fait le point sur la question centrale des inégalités dans notre région.

La crise économique et sociale que nous vivons est la plus forte depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En France, la situation de l’emploi continue de se dégrader et la croissance ne redémarre toujours pas. Dans le même temps, et on le sait moins, les inégalités sociales et territoriales continuent de s’accroître. Ainsi, comme le précise Philippe Lengrand, secrétaire général, « non seulement les effets de la crise ne sont pas les mêmes pour tout le monde, mais en plus la crise a accentué les écarts entre les riches et les pauvres ». L’Île-de-France est particulièrement touchée. D’un côté, elle possède le plus fort niveau moyen de revenus et le PIB par habitant le plus important de France (31 % du PIB national, alors qu’elle accueille 19,7 % de la population active). Un constat qui s’explique notamment par la forte concentration de cadres, techniciens supérieurs et ingénieurs dans la région.

D’un autre côté, l’Île-de-France accueille aussi des populations pas ou peu qualifiées, dont un grand nombre a travaillé dans l’industrie et qui - conséquence entre autres de la désintégration de l’emploi industriel - ont perdu leur travail. Sans perspective de retrouver un emploi, cette population se voit particulièrement fragilisée. Cohabitent ainsi sur le même territoire une population à très hauts revenus et à l’inverse des ménages à très faibles ressources. Avec comme conséquence un écart de revenus plus fort en Ile-de-France qu’ailleurs dans l’Hexagone.

Au-delà de la simple approche liée aux revenus, un autre constat s’impose : les inégalités sociales relevées se juxtaposent aux inégalités territoriales. Certains territoires cumulent en effet les richesses (qualité de l’habitat, excellente desserte de transports publics, offre complète de services…), quand d’autres concentrent les handicaps (accès et conditions de logement difficiles, enclavement de quartiers voire de villes, taux de chômage record, manque de services de proximité, etc.). On observe ainsi un phénomène de ghettoïsation des ménages les plus pauvres qui, de fait, touche également les plus aisés, qui se regroupent là où le coût de l’accès à la propriété ou du loyer rendent impossible toute mixité sociale. Rappelons à cet égard, que 10 % des communes concentrent la moitié du parc de logement social.

Bien heureusement, la mixité sociale existe encore dans une majorité de territoires franciliens. Mais force est de constater que – notamment en zone dense, où les coûts d’accès au logement flambent – cette réalité connaît une forte érosion.

Grand écart francilien


Les classements respectifs des villes les plus riches et les plus pauvres de France parmi les 200 plus grandes, établis par l’Observatoire des inégalités, illustrent parfaitement le « grand écart » francilien. Sur les dix villes considérées comme les plus pauvres, sept sont franciliennes (cf. tableau). Et les 16 premières places des villes les plus riches sont trustées par des villes franciliennes avec en tête Neuilly-sur-Seine puis dans l’ordre Boulogne- Billancourt, Rueil-Malmaison, Vincennes, Levallois-Perret, Versailles etc.

Et quand on se réfère au taux de pauvreté par département, c’est encore en Ile-de-France que l’on trouve le département le plus affecté avec la Seine-St-Denis où vivent 14,5 % de pauvres et celui le moins touché, les Yvelines avec un taux de 4,5 %. ❐



Les dix villes françaises les plus pauvres *

  1. Roubaix
  2. La Courneuve
  3. Garges-lès-Gonesse
  4. Aubervilliers
  5. Bobigny
  6. Saint-Denis
  7. Vaulx-en-Velin
  8. Sarcelles
  9. Mantes-la-Jolie
  10. Boulogne-sur-Mer

* En rouge, les villes franciliennes

Retrouver l'intégralité du dossier, illustré par trois interviews, sur le fichier pdf ci-dessous.