[Vidéo] Briser le tabou des violences sexistes et sexuelles au travail

Publié le 15/10/2014 à 12H30
En amont de la journée internationale du 25 novembre pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, l’Union départementale de l’Essonne a organisé, le 3 octobre dernier à Evry, un forum sur la prévention des violences sexistes et sexuelles au travail. Devant près de cent personnes, plusieurs intervenant-e-s se sont succédé à la tribune pour cerner le phénomène et faire le point sur les outils à disposition des équipes syndicales.

Film réalisé par la Confédération.

Les chiffres font froid dans le dos. Selon une enquête menée en Essonne, à laquelle l’Union départementale CFDT 91 a participé, 40% des femmes sondées affirment avoir été victimes – entre 2011 et 2012 – d’une violence sexiste au travail. Plus grave encore, 4% d’entre elles – soit 54 femmes sur 1360 interrogées – déclarent avoir subi, sur la même période, une agression sexuelle ou un viol ! Cette enquête a constitué le point de départ des échanges de la matinée.

Légitimer l’action syndicale
Secrétaire général de l’Union départementale de Paris et responsable régional en charge du dossier des violences faites aux femmes au travail, Christophe Dague a mis en avant – tout au long du forum -  la nécessité de légitimer l’action syndicale sur le sujet. « Dans les syndicats, nous avons la fâcheuse tendance à renvoyer les victimes de harcèlement sexiste ou sexuel vers des associations extérieures », regrette-t-il.

Pour Laetitia Bernard, juriste et responsable à l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT)  du 91, différentes raisons expliquent que les victimes n’interpellent pas plus les syndicats : «  Tout d’abord, une partie d’entre elles n’en parlent pas du tout ; quand d’autres font le choix de se tourner vers des personnes extérieures à l’entreprise comme le médecin traitant, les ami-e-s ou encore la famille, avance-t-elle. Pour d’autres, il y a aussi la peur que les syndicats ne soient pas sensibilisés sur le sujet ».  Quoi qu’il en soit, pour Christophe Dague : « L’interprofessionnel francilien doit donner l’impulsion pour que les équipes s’emparent du sujet et soient identifiées comme des interlocuteurs légitimes sur le lieu de travail ».

De la prévention à l’accompagnement
Le chef de file de la CFDT Paris rappelle à cet égard les actions menées depuis quatre ans dans le cadre du projet « Respecté-e-s » : actions de sensibilisation en partenariat avec l’AVFT,  accompagnement de victimes, réalisation d’outils à destination des équipes (affiches, tracts, guide) etc. Laetitia Bernard souligne, elle, que « les syndicats disposent de leviers que les associations n’ont pas pour agir au sein de l’entreprise puisqu’ils sont proches des différents protagonistes : victime, harceleur, employeur. » Ces leviers sont multiples : lettre à l’employeur pour lui rappeler ses obligations de prévention, entretien en tête à tête avec le harceleur présumé, constitution d’un dossier avec la victime, saisie des DP, du CHSCT ou de la commission Egalité professionnelle dans certains CE etc. 

Laurence Baudhuin, membre de l’exécutif de l’Union départementale 91, a clôt les débats en  présentant le plan d’actions de la CFDT sur le territoire. « Ce plan s’articule autour de trois phases : la communication (forum, articles de presse, affiches) ; la sensibilisation avec le lancement fin 2014 de modules à destination des DP, DS et membres de CHSCT ; et enfin la défense des victimes ; avec l’identification d’équipes désireuses de travailler sur le sujet  et la mise en place d’une permanence dédiée  à l’UD », résume-t-elle. Un programme ambitieux donc, pour enfin briser le tabou des violences sexistes et sexuelles au travail.

La CFDT Paris a conçu un guide pratique pour les équipes syndicales afin de lutter contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes au travail. On y retrouve toutes les définitions pénales (Où commencent l’agression sexuelle, le harcèlement sexiste ?…), des chiffres clés, les moyens d’action des IRP, des conseils de prise en charge des victimes ou encore, la présentation du projet "Respecté-e-s".