[Portrait] Brigitte, la santé au travail comme combat

Publié le 06/07/2018

Brigitte Pernot est représentante du personnel à l’Office commercial pharmaceutique (OCP) et mandatée dans plusieurs organismes de protection sociale. Des responsabilités complémentaires pour cette militante qui a fait de la santé au travail son cheval de bataille.

Avec un père médecin et une mère infirmière, Brigitte a « baigné toute son enfance dans la ‘réparation’ ». Et si on ne parlait alors pas de syndicalisme à la maison, ses parents étaient plutôt engagés. « Ma mère avait créé la première colonie pour handicapés, illustre-t-elle. Elle accueillait aussi des SDF dans la salle d’attente du cabinet médical. » Côté études, Brigitte obtient un Bac économique puis un DUT de documentaliste et un certificat d’aptitude à la documentation informatisée. « J’ai toujours été curieuse. Et dans ma famille, on avait l’habitude de tout conserver », relève-t-elle. À 21 ans, elle est embauchée pour informatiser la documentation du lycée français de… New York ! « Une première ouverture sur le monde », souligne la militante originaire de la Beauce.

OCP et plafond de verre
L’expérience durera deux ans, avant que Brigitte ne revienne en France. À Paris, elle se forme à la gestion de ressources humaines et commence à travailler. Avant de rejoindre, en 1999, l’OCP, grossiste répartiteur qui assure une mission de service public, en livrant les pharmacies de l’ensemble du territoire au moins une fois par jour. Ses fonctions ? Promouvoir le site Internet dédié aux pharmaciens.

Elle découvrira la CFDT en 2012. « J’ai attendu d’obtenir mon titre de chargée de développement pour m’investir, observe-t-elle, avant de préciser, fataliste. J’avais atteint le plafond de verre ». Brigitte devient rapidement la seule cadre du siège de l’OCP – qui compte près de 600 salariés – à être élue au comité d’entreprise et au comité central d’entreprise.

Améliorer les conditions de travail
Elle est aussi désignée au CHSCT, où elle ne tarde pas à se faire remarquer et à en devenir la secrétaire. « Les procès-verbaux des réunions étaient rédigés par la direction et je me suis battue pour faire comprendre aux autres organisations l’importance de les faire nous-mêmes », raconte-t-elle. Pointilleuse, Brigitte est aussi une femme de dossiers, sachant être « douce avec les êtres humains, mais ferme dans ses convictions ». À l’OCP, elle ferraille pour améliorer les conditions de travail des préparatrices de commande, chauffeurs livreurs, agents de maîtrise et autres cadres du siège. « Suite à des accidents du travail mais aussi à des problématiques de troubles musculo-squelettiques, nous avons lancé une expertise sur l’ergonomie des zones de préparation de commande et du quai de livraison », relate-t-elle.

Au siège, Brigitte pointe aussi du doigt les responsabilités de sa direction en matière de risques psychosociaux et se voit assignée, avec les autres membres du CHSCT, au Tribunal de grande instance. « À force de charger la mule et d’embaucher très peu, la situation est devenue intenable », fustige-t-elle.

La bataille de la prévention
Son engagement l’a par ailleurs conduite à prendre des mandats au Comité régional d’orientation des conditions de travail (CROCT), qui pilote les politiques de santé au travail dans la région, ainsi qu’à la Caisse régionale d’assurance maladie d’Île-de-France (Cramif). « À l’OCP, je combats. Alors que dans ces instances, il existe un consensus entre organisations syndicales et patronales sur la nécessité de la prévention des risques professionnels », souligne-t-elle. À la Cramif, où elle est vice-présidente de la Commission régionale des accidents du travail et des maladies professionnelles (CRATMP), Brigitte travaille par exemple à déterminer l’impact du Grand Paris ou des JO 2024 sur les conditions de travail des salariés afin de prévenir les situations à risques.

Elle siège aussi depuis janvier dans la commission qui traite des contentieux sur le compte professionnel de prévention. Au niveau national, elle vient d’être nommée à la Commission des accidents du travail et des maladies professionnelles (CATMP) et est suppléante au Comité technique national (CTN) pour la branche commerce non-alimentaire. « C’est dans cette dernière instance que sont décidées les priorités concernant la prévention des AT/MP. « On y traite des spécificités des métiers », résume-t-elle. Autant de responsabilités qui inspirent le respect de ses interlocuteurs. « Je ne me laisse jamais mener en bateau, prévient- elle, avant de sourire. Il faut être bon mais pas bonbon, car les bonbons, on les mange. »