[Portrait] Emmanuel, pilote de la santé au travail

Publié le 09/01/2024 (mis à jour le 01/02/2024)

Ingénieur informatique chez Capgemini, Emmanuel Épaulard découvre le syndicalisme au milieu des années 1990, lors du premier plan social de son entreprise. Il s’engage, d’abord en interne, puis dans l’interprofessionnel francilien, dans plusieurs organismes de pilotage de la santé au travail.

Parisien d’origine, Emmanuel a une enfance et une adolescence sans histoires, à Paris et en proche banlieue. Un peu par hasard, ce passionné d’histoire devient ingénieur en informatique : « J’ai fait un stage dans un service informatique. C’est le côté carré et organisé de la discipline qui m’a plu. » En 1985, il est embauché à Capgemini.

Le déclic du plan social

Chez les clients de la société, Emmanuel participe à la mise en réseau et à l’informatisation des services. Mais, en 1993, éclate la première crise de l’informatique. « Jusque-là, l’informatique était considérée comme une source de compétitivité. Avec la crise, c’est devenu un coût et donc une variable d’ajustement. » Résultat ? Capgemini annonce son premier plan social. Emmanuel prend part à la grève, rencontre le secrétaire de section de la CFDT, majoritaire depuis toujours, puis adhère. Le plan social ne peut être évité. « 500 salariés ont été licenciés. Nous avons repris le boulot avec une impression mitigée. Pourtant, la direction s’est ensuite montrée très prudente dans ses décisions pendant une dizaine d’années. » Dans la foulée, Emmanuel devient élu du personnel.

La casquette du CHSCT

Après le comité d’entreprise, Emmanuel devient mandaté au CHSCT. « On y parlait beaucoup d’aménagement de locaux, expliquet- il. Puis les questions de risques psychosociaux sont devenues plus prégnantes. Quand on faisait nos visites d’établissements, on rencontrait des salariés qui n’allaient pas bien. La direction niait la dimension collective des problèmes mais on s’apercevait vite que le mal-être était d’abord dû à des projets mal ficelés. » Devenu secrétaire du CHSCT, Emmanuel accompagne de près les expertises décidées dans le cadre de réorganisations, « parce que le pilotage doit rester à la main des représentants du personnel ».

Prévenir plutôt que guérir

En 2005, on lui propose un premier mandat au comité technique régional consacré aux activités de service de la Caisse régionale d’assurance maladie Île-de-France (Cramif). Il en est récemment devenu le président. « Nous construisons des guides de bonnes pratiques et des recommandations, préparées au niveau régional puis diffusées au niveau national. Tout ceci permet de faire avancer les choses. Les recommandations constituent d’abord un référentiel de bonnes pratiques et peuvent motiver des injonctions des contrôleurs vis-à-vis des employeurs, lorsque ces derniers ne les respectent pas. » Dans ce domaine, la prévention est le maître-mot. «C’est un travail de longue haleine, une école de patience. D’autant que, en France, la prévention n’est pas suffisamment intégrée par rapport à d’autres pays, et qu’il faut toujours parler d’obligation ou d’interdiction pour qu’il se passe quelque chose. On n’est pas assez pédagogues et même à l’université, ces questions ne sont pas enseignées. »

Un dialogue indispensable

Les missions d’Emmanuel ne s’arrêtent pas là. En 2012, il intègre un service de santé et de prévention en Île-de-France, le CMIE, devenu le deuxième de la région, avec plus de 500 000 salariés couverts. « Avec la nouvelle loi, la prise en charge est en train d’être repensée, précise-t-il. Nous cherchons des alternatives au rendez-vous avec le médecin, prévu désormais tous les cinq ans. Une des pistes est de revoir l’articulation entre les actes confiés aux infirmières et ceux qui relèvent des médecins, dans le cadre d’une équipe pluridisciplinaire. » Il siège également à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) et à son agence régionale.

Lorsqu’il évoque ses différents mandats, Emmanuel met toujours en avant « leur richesse liée à la grande variété des métiers et des situations à appréhender, notamment dans une région comme l’Île-de-France ». Mais il insiste aussi sur l’importance du paritarisme, dont le « fonctionnement nous oblige à discuter, à nous écouter pour nous mettre d’accord ». Un processus certes long, mais source de progrès.