[Dossier] Zone aéroportuaire de Roissy: trois ans de secousses pour l'emploi

Publié le 24/06/2022

Avions cloués au sol, restaurants, hôtels et commerces fermés, RER et trains à l’arrêt, la pandémie de Covid-19 a réduit l’activité de Roissy-Charles-de-Gaulle de 75 % en 2020, entraînant des conséquences lourdes pour l’emploi. À l’heure où l’activité reprend, où en sont les travailleurs ? Quelles sont les revendications de la CFDT pour les accompagner au mieux dans la reprise, dans l’un des bassins d’emploi les plus importants de la région ?

Inauguré en 1974, l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle est le plus vaste d’Europe, avec ses 32 km2 de superficie. À cheval sur les départements du Val-d’Oise, de la Seine-Saint-Denis et de la Seine-et-Marne, il recevait, en 2019, 76 millions de passagers et employait directement, dans les différents métiers représentés, plus de 90000 personnes,

C'est le deuxième aéroport en Europe en termes de trafic.

Roissy est aussi la première porte d’entrée vers la France pour de nombreux étrangers. Mais le Covid-19 est arrivé et, avec lui, un arrêt presque total de l’activité : 22 millions de passagers en 2020, soit -75% par rapport à l’année précédente.
L’activité semble reprendre en 2022, plus tôt que les entreprises, prises de court, ne le prévoyaient. À la fin du premier trimestre, sur certains terminaux, le trafic est déjà à plus de 80% du niveau de 2019. Si le terminal 1 ne rouvrira qu’à la fin de l’année, tous les autres sont aujourd’hui en activité.

Nettoyer coûte que coûte

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Jamal Ettouhami, élu CFDT dans une entreprise de propreté sous-traitante d'Air France. Photo: Simone Perolari. 

Les travailleurs de la zone aéroportuaire n’ont pas tous été logés à la même enseigne durant la pandémie. Les uns ont dû redoubler d’efforts, tandis que les autres ont été mis au chômage partiel. Certains ont été forcés au télétravail, tandis que d’autres n’ont eu d’autre choix que de se déplacer. « Pendant la pandémie, nous n’avons jamais cessé de travailler dans les aéroports, les gares, les hôpitaux, explique Hamid Kalloua, responsable des permanences à Roissy pour le syndicat francilien de la propreté. Nous avons ensuite touché des primes de 200 euros en moyenne parce que nous avons été en première ligne. »

 Turbulences aux douanes

Aux douanes, les agents n’ont pas chômé non plus. « Les services des douanes chargés des opérations commerciales sur le fret ont connu une surcharge de travail liée à l’acheminement des dispositifs médicaux tels que les masques FFP2, chirurgicaux, etc. Les brigades des douanes responsables de la surveillance, basées dans les aérogares, ont été fortement impactées en raison de la fermeture des terminaux. Environ 180 agents ont été déplacés vers des brigades en province, notamment dans les Hautsde-France impactés par le Brexit. Cela a impliqué d’importantes réorganisations personnelles et professionnelles », note Corinne Saint-Martin, secrétaire générale adjointe de la section CFDT des douanes. Aujourd’hui, tous les agents sont retournés à leur poste.

Réduction des effectifs

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Photo: Simone Perolari

Mais la plupart des travailleurs de Roissy CDG se sont retrouvés à la maison, avec ou sans travail. « L’assistance (bagagistes, NDLR) est sous-traitée par Air France à six entreprises différentes. Une seule a mis les employés au chômage partiel, les autres en ont profité pour dégraisser. L’effectif est passé de 1 000 personnes en 2020 à 600 aujourd’hui », explique Manuel Araujo, coordinateur CFDT des salariés de l’assistance au sein du syndicat CFDT Groupe Air France. De son côté, Air France Industrie en a profité pour réorganiser ses services et laisser partir des salariés (lire l’interview de Philippe Pebeyre et Mélody Guiheneuf). La restauration rapide, qui a d’abord été confrontée au confinement puis à la fermeture obligatoire des lieux de restauration pendant la longue période de couvrefeu, a de son côté tenté de préserver l’emploi en mettant les travailleurs au chômage partiel (lire l’interview de  Sébastien Guignant).

Dossier Itw Pebeyre-Guiheneuf 

 

Un retour difficile

Le paysage de l’emploi dans la zone aéroportuaire s’est modifié en profondeur depuis. Tous les métiers sont en sous-effectif, ce qui va bientôt poser des problèmes importants de fonctionnement. D’autant que le manque de travailleurs ne semble pas pouvoir être résorbé sur le moyen terme et qu’il y a des Jeux olympiques en perspective. On peine à recruter à cause de salaires peu attractifs ou de reconversions dans des métiers plus valorisés et/ou avec des horaires non décalés, par exemple. Chez les bagagistes, « ce sont les personnes avec le plus d’expérience et les salaires les plus élevés qui ont été licenciées. Elles doivent être réembauchées en priorité mais refusent car on leur propose des salaires de débutants. Or il faut être formé à la sûreté, posséder le permis piste… Cela prend du temps ! », poursuit Manuel Araujo. 

Les conditions de travail de ceux qui sont en poste se dégradent, la surcharge de travail menant à des accidents physiques ou des burn-out…

Dossier Itw Guignant 

 

CDD et alternance

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Photo: Simone Perolari

Côté agents d’escale, le sous-effectif se fait déjà ressentir. « Air France recrute à tour de bras des intérimaires, des CDD et des élèves en alternance, cela devrait compenser un peu le manque de salariés, mais l’été sera compliqué quoi qu’il arrive », note Sidi Mohamed El Foddi, agent d’escale chez Air France. Le moindre grain de sable peut enrayer un travail qui se réalise à flux tendu. Il faudra s’attendre à des prises en charge compliquées des passagers en correspondance, des retards dans la livraison de valises et peut-être même des avions qui resteront au sol, faute d’une maintenance à jour.

Une occasion pour négocier ?

Cela devrait être l’occasion pour renégocier des accords plus favorables, mais Air France a fait en sorte de sous-traiter des petits marchés avec un très large panel d’entreprises, ce qui rend le dialogue social presque impossible. Et ces employeurs, tenus de répondre à des appels d’offre extrêmement concurrentiels, ne sont pas prêts à revaloriser salaires et conditions de travail. Ce dont Air France, qui a pourtant une responsabilité sociale en tant que donneur d’ordres, se dédouane. « La CFDT groupe Air France intègre tous les travailleurs d’Air France, des filiales et de la sous-traitance Air France dans un même syndicat », note Manuel Araujo. Cela permet d’avoir une bonne vision d’ensemble de la situation et de se battre plus efficacement. De quoi redonner de l’espoir à des travailleurs essentiels, un peu oubliés.

Dossier Itw Dewatine 

 

Transco à Paris CDG Alliance: Parmi les acteurs territoriaux partenaires de la CFDT Île-de-France, la plateforme Paris CDG Alliance œuvre pour l’emploi dans le bassin de Roissy-Le Bourget depuis 1998. Cette structure d’animation territoriale s’est emparée du dispositif de transitions collectives TransCo, l’un des leviers d’action pour redynamiser l’emploi dans le bassin. «La zone CDG-Le Bourget a perdu 20 000 emplois en deux ans. On embauche à nouveau, mais à un rythme moins soutenu, et en CDD. Il y a des secteurs qui se portent mieux que d’autres. La question de la transitionprofessionnelle est prégnante ici », explique Sandra Le Goascogne, directrice des opérations. TransCo est mis en place à l’initiative des entreprises : une entreprise qui décrute et une autre qui recrute se mettent d’accord pour proposer une transition de l’une vers l’autre à des salariés intéressés. Le travailleur conserve son salaire et sa formation pour changer de métier est prise en charge. Ce dispositif pourrait donc être très utile dans la zone aéroportuaire où de nombreux secteurs ont du mal à recruter. Et devrait éviter des plans sociaux dans d’autres en décroissance. Encore faut-il bien comprendre comment TransCo fonctionne et faire en sorte que les employeurs s’en saisissent.
Plaquette de présentation de TransCo