[Grand angle] Crise du logement: quelle action syndicale en Île-de-France ?

Publié le 08/01/2024 (mis à jour le 09/01/2024)

La CFDT revendique le droit à un logement digne, à un coût abordable et à proximité du lieu de travail pour tous les travailleurs de la région. Elle souligne également le fait que l’accès au logement favorise l’emploi. Face à la crise actuelle, la CFDT Île-de-France redouble d’efforts : cahier revendicatif, accompagnement des équipes, engagement dans les instances paritaires et de concertation. Il est plus que jamais essentiel de prendre le sujet à bras-le-corps et de réduire les tensions qui se répercutent sur le marché du travail.

Vue depuis la salle de concerts de la Philarmonie de Paris à la Porte de Pantin. Photo: Paul LECROART/L'institut Paris Région. 

 

Guerre en Ukraine et hausse brutale des taux d’intérêt, passés de 2 % à 5 % en un an, inflation galopante, tenue des JOP à l’été 2024 et spéculation locative subséquente, transformation d’appartements en meublés touristiques, manque de logement étudiant, augmentation des prix des matériaux et baisse des mises en chantier… L’alignement des planètes n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, favorable à celles et ceux actuellement à la recherche d’un logement en Île-de-France, que ce soit en location ou à l’acquisition.
« Se loger dans le parc privé en Île-de-France coûte très cher. Le niveau des loyers y est supérieur de 43 % à celui observé en Provence-Alpes-Côte d’Azur, deuxième région la plus chère de France métropolitaine. À l’achat également, le prix médian du mètre carré y est plus élevé de 30 %. Et la situation se tend. Entre 2002 et 2020, les loyers du parc privé ont augmenté de 56 % et les prix immobiliers de 185 % quand les revenus des Franciliens ne progressaient que de 33 % », peut-on lire dans une note de l’Institut Paris Région parue en novembre 2023.

Quels logements abordables ?

Si, avec une forte concentration urbaine et de bassins d’emploi, la région a toujours été à part, aujourd’hui, sans certains dispositifs compensatoires, des segments entiers de population, dont les actifs de la classe moyenne gagnant entre 1 900 et 2 800 euros net, se retrouveraient exclus de l’accès au logement en zone tendue (étude du conseil Algoé, avril 2023). Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la demande de logement social – dont les loyers sont trois fois inférieurs à ceux du marché privé – explose. 76 % des Franciliennes et Franciliens y sont éligibles.
Pour répondre aux besoins de logement de la région, la loi sur le Grand Paris de 2010 fixe un objectif annuel de 70 000 logements, dont une part de production sociale. Cet objectif est ensuite décliné dans différents documents de planification, dont le Schéma directeur de la région Île-de-France-Environnemental (SDRIF-E). La production de logements sociaux et intermédiaires devrait être de 30 %, afin de répondre notamment aux obligations de l’article 55 de la Loi de solidarité et de renouvellement urbain de 2000 (dite loi SRU) qui impose un taux de 25 % minimum de logements sociaux par commune.

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Si jusqu’à récemment, la promotion immobilière privée, boostée par la forte demande et le faible coût du crédit, atteignait les objectifs de la loi sur le Grand Paris, la production de logements sociaux, qui a néanmoins augmenté (367 000 logements supplémentaires depuis 2000), reste, elle, insuffisante, nombre de communes ne remplissant pas les obligations de la loi SRU malgré les pénalités, et compte tenu de la baisse de la rotation au sein du parc social et de l’augmentation des demandes.
Même son de cloche pour les logements abordables du parc privé : Action Logement s’est fixé un objectif ambitieux de 35 400 logements par an, qui sera toutefois difficile à atteindre selon Caroline Perriot, directrice régionale
Île-de-France d’Action Logement Services, « dans la situation complexe que nous vivons ».

Un impact réel sur l’emploi

La pénurie de logements abordables a de nombreuses conséquences et constitue un réel frein à l’emploi. Les entreprises franciliennes sont de plus en plus à la merci des aléas quotidiens que subissent les salariés dans les transports. Elles ont parfois du mal à recruter et fidéliser les salariés. Certains employeurs essayent d’agir, telles la SNCF, qui propose une garantie logement en région parisienne, ou la RATP qui a signé en juillet un accord avec Action Logement pour augmenter sa participation à l’effort de construction (PEEC) en échange de davantage de logements pour ses salariés.

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Sur le terrain, les militants et les mandatés de la CFDT en Île-de-France le voient bien : lors d’opérations comme Réponses à emporter mais aussi en entreprise, ils sont souvent interpellés par les travailleurs sur les questions de logement. Ceux exerçant des métiers essentiels, avec des horaires décalés ou hachés et dans l’impossibilité de télétravailler, sont particulièrement impactés, car il est vital pour eux de disposer d’un logement qui ne soit pas trop éloigné. Si 25 % d’entre eux occupent un logement social, les difficultés de recrutement que connaissent certains secteurs, comme l’aide à la personne, s’expliquent en partie par ces tensions.

Prise en charge syndicale

En 2020, La CFDT Île-de-France a lancé l’enquête « Causons logement », au terme de laquelle a été recueilli l’avis de 1 500 répondants sur leurs conditions de logement et leurs aspirations. « Les résultats de cette enquête ont mis en évidence cinq thématiques prioritaires : le logement et le télétravail, le logement des jeunes, le logement pour les travailleurs précaires, les salariés de TPE ou les travailleurs indépendants, les parcours résidentiels et la prise en charge syndicale. Des groupes de travail se sont ensuite tenus début 2023 avec les équipes syndicales, afin de partager un diagnostic, les pratiques ainsi que les attentes des militants », explique Géraldine Carbonell, chargée de mission sur le dossier logement. À partir de ce travail, la CFDT Île-de- France a élaboré un cahier revendicatif pour l’accès au logement des travailleurs en Île-de-France. Il reprend 21 revendications, sur trois axes : le soutien à l’offre de logement, le soutien aux travailleurs et la prise en charge syndicale. « Notre rôle désormais est de faire en sorte que les équipes syndicales s’emparent de cet outil sur le terrain pour mettre en place des actions dans les entreprises », note de son côté Olivier Clément, secrétaire régional en charge du logement. C’est le but de l’initiative qui a eu lieu le 8 décembre au cours de laquelle le cahier revendicatif a été présenté à une trentaine de militants et responsables de syndicats. « Le cahier revendicatif pourra être partagé avec d’autres structures de la CFDT. La CFDT Normandie a d’ailleurs déjà frappé à notre porte », poursuit Olivier Clément.
Parmi les mesures du document, la réinstauration des commissions d’information et d’aide au logement (Cial), là où elles sont obligatoires, est un levier essentiel. Pour rappel, ces commissions issues des Comités économiques et sociaux (CSE), sont obligatoires dans les entreprises de plus de 300 salariés. Elles ont pour mission d’informer et de faciliter l’accès au logement mais ne sont pas suffisamment valorisées.

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Un réseau de mandatés

Outre ce travail de terrain et la mise à disposition d’outils, la CFDT Île-de-France agit en faveur du logement par le biais de ses mandatés dans les instances paritaires. Géraldine Carbonell assure la vice-présidence du comité régional d’Action Logement, ce qui permet à la CFDT de se saisir des grands enjeux de la politique de construction du logement social. L’Union régionale est également présente au sein des conseils d’administration des filiales du groupe Action Logement telles que l’APAGL et Solendi Expansion. Elle prend part aux conseils d’administration des Offices publics de l’habitat (OPH) et des Entreprises sociales de l’habitat (ESH) et réunit ses mandatés en moyenne deux fois par an pour suivre les évolutions du secteur du logement social.

 

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Hébergement d’urgence

L’hébergement d’urgence devient, de fait, une préoccupation majeure de certains militants et responsables de syndicats qui constatent des situations de l’ordre du « jamais-vu » : « Il est arrivé dans une maternité de Seine-Saint-Denis que des femmes venant accoucher doivent y rester car elles n’ont pas de solution d’hébergement », explique par exemple Mirella Déluge, secrétaire générale de la CFDT Santé Sociaux de Seine-Saint-Denis. Investie dans les instances du Comité régional de l’habitat et de l’hébergement (CRHH), qui organise la concertation, au niveau régional, de l’ensemble des acteurs, la CFDT Île-de- France participe, avec les associations d’insertion sociale, à l’évaluation et la révision du schéma régional de l’habitat et de l’hébergement 2017- 2023. Ces associations, souvent signataires du Pacte du pouvoir de vivre, s’inquiètent à l’heure actuelle de la « relocalisation » de personnes en difficulté dans le cadre de la tenue des JOP : « Avec le Secours Catholique et l’Uriopss (Union régionale interfédérale des oeuvres et organismes privés sanitaires et sociaux), nous avons adressé un courrier aux élus, pour les alerter sur les discriminations qui pouvaient exister, note Olivier Clément. Nous allons encore renforcer notre action avec les organisations du Pacte contre le mal-logement. »