Education populaire: pour une société émancipée et citoyenne

Publié le 05/01/2024

L’éducation populaire est-elle encore un vecteur de solidarité et de démocratie ? Pour tenter d’apporter un éclairage sur cette question, la CFDT de l’Ouest francilien a organisé une soirée-débat à Suresnes, le 7 novembre. Retour sur l’événement qui a rassemblé une centaine de personnes.

Les participants à la table ronde sur l'éducation populaire

Mardi 7 novembre, 17h30 : des militantes et militants syndicaux et associatifs affluent à la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville de Suresnes (Hauts-de-Seine). Au programme : une soirée-débat autour de l’éducation populaire organisée par la CFDT de l’Ouest francilien dans le cadre du Pacte du Pouvoir de Vivre, groupement de plus de soixante associations et organisations oeuvrant pour un nouveau modèle de société écologique, social et démocratique.
Le contexte ? Une Île-de-France encore sous le choc de l’assassinat du jeune Nahel par les forces de police au mois de juin. « Un événement qui a été à la fois un cataclysme et un “slow motion car crash” (accident de voiture regardé au ralenti). On le voyait venir mais on a été stupéfaits. Comment, à partir de là, réparer le vivre-ensemble ? », s’interrogeait Nora Hamadi, journaliste- présentatrice, militante associative engagée dans l’éducation populaire aux médias et à l’information qui animait le débat.

Cohésion sur le territoire

Pour Badiaa Souidi, secrétaire générale de la CFDT de l’Ouest francilien, « dans ce territoire impacté, le tissu associatif local a renforcé le pouvoir d’agir ». De son côté, Jean-Luc Borg, metteur en scène et directeur de l’association Théâtre par le bas à Nanterre estime que l’éducation populaire « permet de canaliser la rage ou de donner la parole à celles et ceux qui ont le moins l’occasion de s’exprimer ».
Anna Ljubic, membre active de l’association Part’âges 92 Suresnes, est en contact avec de nombreuses familles de la commune grâce aux ateliers intergénérationnels sur l’écologie qu’elle organise. Pour elle, « transmettre le savoir par le faire crée du lien social et de l’ouverture d’esprit ». À l’instar du sport « qui cadre les jeunes et favorise leur prise de responsabilité », comme le faisait remarquer Claude Mondet, coach au sein du club d’athlétisme suresnois White Harriers.

Hormone du plaisir

Yasmina Mahha est une jeune militante de 17 ans. Elle est membre de l’association Celije et élue au conseil communal de la jeunesse de Suresnes. « M’engager était une évidence. Cela m’occupe à plein temps, mais j’ai le sent ment d’être utile. Je participe aux décisions, je fais des maraudes… J’ai toujours besoin d’en faire plus, l’engagement produit chez moi l’hormone du plaisir », témoigne-t-elle. Des paroles qui ont fait réagir Laurent Berger, secrétaire gé néral de la CFDT jusqu’en juin dernier et ancien militant de la Jeunesse ouvrière catholique, association d’éducation populaire : « On n’insiste pas assez sur cette dimension essentielle du militantisme : ça rend heureux,
ça change la vie, la sienne et celle des autres. On se bat pour quelque chose et au passage, on apprend à dialoguer, à faire des compromis, à ne pas être seul », reconnaît-il.
« Il y a 1,4 million d’associations en France. Quoi qu’on dise, nous vivons dans une société engagée. Mais comment passe-t-on d’une société engagée à une société politisée ? C’est ce qu’on essaye de faire avec le Pacte
du pouvoir de vivre », souligne Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif membre fondateur du Pacte.

Corps intermédiaire

Pour y parvenir, les associations doivent être reconnues. « Parfois, nous, militants, ne nous sentons pas légitimes car nous ne sommes pas des professionnels. Mais les associations sont une pierre angulaire de la démocratie. Nous devons revendiquer le caractère amateur de ce que l’on fait et ne pas avoir de complexe », estime-t- elle. Cela passe aussi, selon Pierre Bernadet, directeur de la Ligue de l’enseignement dans les Hauts-de-Seine, par une mise en réseau des associations « qui permettrait de recréer l’envie de faire ensemble ».
Légitimes ou non, organisés ou non, pour Laurent Berger, « il faut partir de la réalité et des besoins qui existent.
Dans un monde idéal les maraudes ne devraient pas exister car il ne devrait pas y avoir de gens dans la rue, mais en attendant, on fait quoi ? »