Collège : une réforme pour quoi faire ?

Publié le 27/10/2016 à 16H50
La réforme du collège, dont l’objectif est de lutter contre l’échec scolaire, s’est mise en place à la rentrée. En Île-de-France, son impact est d’autant plus attendu que notre région – qui compte près de 600 000 collégiens, répartis dans 1 100 établissements – figure parmi les plus inégalitaires du pays. Le point sur cette réforme qui bouscule les pratiques et invite toute la communauté éducative à réfléchir.

Crédit photo : Réa

Il ne sert à rien de lutter contre les inégalités et la précarité si on ne s’attaque pas aux mécanismes qui leur permettent de se reproduire de génération en génération. Ce credo de toute la CFDT a permis l’émergence dans les années 60 d’une revendication majeure pour l’école : la discrimination positive. Soit une éducation prioritaire pour les populations qui en ont le plus besoin. Cinquante ans après les premières expérimentations – par des équipes du Sgen-CFDT dès 1966 en Île-de-France – de ce que deviendront, en 1981, les Zones d’éducation prioritaire (ZEP), les inégalités socio-spatiales en éducation sont toujours plus préoccupantes et notre collège est l’un des plus inégalitaire. On constate que trop d’élèves sont en échec et le système scolaire a même tendance à amplifier les inégalités, comme le révèle une récente étude sur le sujet.

ACCOMPAGNER ET ECHANGER
La réforme du collège qui entre en vigueur cette année doit permettre aux équipes de s’emparer de nouveaux programmes et de nouveaux outils pour faire face à ce terrible constat. Elle prévoit aussi de donner la possibilité d’imaginer des solutions locales qui sont à construire en fonction du public attendu. Pas moins d’une année de préparation a été nécessaire pour échanger sur les choix à opérer. Des temps de formation – qui n’ont pas toujours été très efficaces – ont été observés un peu partout. Des inquiétudes se sont exprimées, voire des oppositions. « Le choix que nous soutenons, précise Frédéric Sève, secrétaire général de la fédération Sgen-CFDT, c’est de mettre l’organisation de la scolarité au service du projet éducatif, et non l’inverse. C’est aussi de donner aux équipes éducatives la capacité de déterminer l’organisation des enseignements et de choisir les contenus. C’est enfin de déterminer la politique éducative collectivement dans les établissements et instances. Une mutation qui n’est encore qu’initiée, parce qu’elle demande un changement réel de la culture de l’institution scolaire ».

La réforme octroie des moyens nouveaux pour accompagner les élèves en fonction de leurs besoins, à travers notamment l’accompagnement personnalisé. Elle renforce également les échanges entre enseignants et la mutualisation, ce qui n’est Pas forcément habituel. Il est ainsi prévu une co-construction entre collègues des nouveaux Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Pour la CFDT, une pédagogie qui fait jouer les disciplines entre elles et se concrétise par la réalisation de travaux a toutes les chances de permettre aux élèves de trouver plus facilement le chemin du plaisir d’apprendre.

PRAGMATISME
Parmi celles et ceux qui ont pu expérimenter ces approches, beaucoup ont fait preuve de pragmatisme, comme en ont témoigné plusieurs enseignants et chefs d'établissements adhérents Sgen-CFDT en Île-de-France. Des dynamiques de travail en équipes se sont enclenchées. Un exemple parmi d’autres : la séquence d’enseignement « Devenir un citoyen européen responsable ». Conçu pour une classe de 4ème du collège Maison Blanche de Clamart, cet EPI associe enseignement moral et civique, allemand et espagnol, avec comme objectif de rédiger une charte – en langue vivante 2 – du vivre-ensemble et de comprendre les fondements démocratiques des États européens.

CONCERTATION
Cette réforme nécessite une mise en oeuvre partagée par les équipes. L’autonomie de Létablissement devient alors un élément central de la dynamique engagée. Pour approfondir les échanges et produire des outils pédagogiques pour aider les enseignants à intégrer les éléments de la réforme, le Sgen-CFDT a décidé de s’organiser en mettant en place, voici un peu plus d’un an, un nouveau réseau de militants du collège. Les vraies difficultés, au-delà de l’important travail pour intégrer de nouveaux programmes et des pratiques nouvelles, ce sont les temps de concertation ou de travail collectif lorsqu’ils ne sont pas programmés. Il faut aussi un bon équipement informatique et des locaux adaptés pour pouvoir innover. Mais surtout, il faudra du temps et de la souplesse pour échanger, analyser et réévaluer les dispositifs. Un suivi précis et un vrai accompagnement de cette réforme seront la clé de sa réussite. Sans oublier d’associer les parents d’élèves qui sont des membres à part entière de la communauté éducative.

LES NOUVEAUTÉS DE LA REFORME

• Nouveaux programmes scolaires du CP à la troisième - mise en oeuvre par cycle du socle commun - Nouveau brevet des collèges pour 2017 ;
• Les dispositifs : Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) – 2 à 3h hebdomadaires ; Accompagnement pédagogique personnalisé (AP) dans le cadre des enseignements dispensés. Le choix des priorités est laissé à l’appréciation des établissements. Un projet annuel est construit par les équipes, des co-interventions sont possibles, par exemple en français/maths/ sciences.
• Innovation : possibilité d’évaluation par compétences pouvant remplacer les notes.
• Instances : les choix pédagogiques de chaque collège et l’utilisation des marges horaires attribuées pour la mise en oeuvre de la réforme sont discutés en conseil pédagogique et validés en conseil d’administration

Retrouvez en pièce-jointe l'article de "Solidaires" avec l'interview de Thierry Moncey, principal du collège Henri Sellier à Bondy (93).

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