[Dossier] Apprentissage : où en est-on en Île-de-France ?

Publié le 21/03/2017 à 17H07
Pour les jeunes, il constitue le plus souvent une voie de succès dans la recherche d’un emploi. Pourtant, l’apprentissage reste confronté, dans la région comme ailleurs, à des freins pour se développer. Que préconise la CFDT Île-de-France pour lever ces freins ? Bilan de la situation et présentation des propositions.

Crédit photo : Richard DAMORET / REA

Ils sont près de 80 000 apprentis en Île-de-France. Soit 20% des effectifs nationaux. Mais entre 2012 et 2015, leur nombre a baissé de manière inquiétante (- 6 %). Et ce, malgré l’objectif fixé par le Conseil régional de 100 000 apprentis d’ici la fin 2015. Une baisse qui se révèle plus marquée pour les niveaux IV (Bac) et V (CAP ou BEP) avec -18,2 %. Plusieurs raisons expliquent cette baisse du nombre d’apprentis : complexité du financement et des démarches administratives, concurrence d’autres dispositifs comme le contrat de génération, conjoncture économique en berne dans certains secteurs… Surtout, l’apprentissage reste décrié et mal connu par beaucoup de jeunes et de familles, qui le perçoivent comme une voie d’échec.


APPRENTISSAGE : MODE D’EMPLOI


Avec le contrat de professionnalisation, le contrat d’apprentissage constitue l’une des deux voies de la formation en alternance. Il est ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans ainsi qu’aux jeunes de 15 ans en fin de 3e et aux plus de 25 ans, sous certaines conditions (accès jusqu’à 30 ans pour certaines régions dont l’Île-de-France). L’apprentissage prépare à un diplôme professionnel de l’enseignement secondaire (CAP, Bac Pro, Brevet professionnel), de l’enseignement supérieur (BTS, DUT, Licence pro, Master) ou à un titre à finalité professionnelle. Il peut être effectué dans le secteur privé comme dans la fonction publique. Cette dernière s’est d’ailleurs engagée à recruter davantage d’apprentis ces prochaines années. Un apprenti a le statut de salarié d'entreprise et les mêmes droits que les autres salariés. Le salaire de l’apprenti correspond à un pourcentage du SMIC (de 25% à 78%), qui évolue en fonction de l’âge et de l’ancienneté dans l’entreprise.


Pourtant, d’après l’enquête annuelle sur l’insertion professionnelle des apprentis en Île-de-France, en 2014, sept mois après la fin de leur formation, 67 % des apprentis diplômés étaient en emploi (2/3 en CDI et 1/3 en CDD). À titre de comparaison, le taux d’emploi des titulaires d’un Bac général était de 47 %. De quoi donc conforter l’idée que l’apprentissage est bien un tremplin vers l’emploi. Une comparaison à mener toutefois avec précaution, tant les différences sont grandes entre niveaux de qualification (taux d’emploi des jeunes sortants de niveaux I et II de 73% contre 54% pour les niveaux V) ou territoires (taux d’emploi des apprentis formés à Paris et dans les Hauts-de-Seine de 70 et 71 %, contre 54 % pour la Seine-Saint-Denis).

Une politique nationale peu lisible
À l'issue de la 3e grande conférence sociale et des assises de l'apprentissage en 2014, puis avec la loi Travail en 2016, plusieurs mesures ont été prises par le gouvernement : extension de la prime régionale d’apprentissage aux entreprises de moins 250 salariés (jusqu’ici réservée aux entreprises de moins de 50 salariés) ; accès élargi jusqu’à 30 ans pour certaines régions dont l’Île-de-France dans le cadre d’une expérimentation ; campagnes de communication ; développement de l’accès aux titres professionnels par la voie de l’apprentissage, etc. Mais cette politique a eu un impact assez limité, en raison notamment des messages contradictoires envoyés en début de quinquennat, avec par exemple la suppression de l’aide à l’apprentissage (la principale aide de l’État), finalement remplacée par une aide spécifique aux TPE.

Une politique régionale axée sur les entreprises
De son côté, le Conseil régional a engagé, début 2016, un plan d’action en faveur de l’apprentissage. Avec quelques orientations phares comme l’optimisation du fonctionnement des Centres de formation des apprentis (CFA) ou encore la refonte de la carte des formations. Le tout s’est traduit par quelques mesures concrètes comme l’augmentation du nombre de places conventionnées en CFA (+ 4 800 à la rentrée 2016) ; la mise en place dans les CFA d’un référent Pôle emploi ; le recrutement de nouveaux développeurs en CFA chargés de la médiation entre jeunes et entreprises ; l’ouverture de l’apprentissage à de nouveaux métiers ou encore l’adaptation des formations aux évolutions professionnelles et sectorielles. Un plan partagé, dans les grandes lignes, par la CFDT Île-de-France, qui a toutefois émis quelques réserves. « Sur les ‘contrats de performance’ avec les CFA, nous avons des interrogations, souligne Marinette Soler, secrétaire générale adjointe de l’Union régionale. Nous préférons la notion de qualité et de réussite car la performance, vue sous l’angle des enjeux de formation, pourrait créer des inégalités entre CFA et territoires. Le plan met en avant des indicateurs comme le taux de réussite et le taux de rupture, mais rien sur la qualité de l’accompagnement de l’apprenti, de la formation ou encore de la relation du CFA avec l’entreprise ».

Le tuteur doit avoir une place spécifique, reconnue et rémunérée
Renforcer l’accompagnement des jeunes
La CFDT Île-de-France a par ailleurs regretté que ce plan ne parle pas davantage d’engagement des entreprises et des conditions d’apprentissage pour le jeune. « L’ apprentissage est un contrat quadripartite entre l’apprenti, l’entreprise, le maître d’apprentissage et le CFA, rappelle Marinette Soler. L’ entreprise doit donc jouer pleinement son rôle dans l’accueil et le respect des apprentis et dans la valorisation de la fonction de tuteur qui, à notre avis, doit avoir une place spécifique, reconnue et rémunérée ». L’Union régionale se félicite toutefois que, sur les conditions de logement des apprentis, le plan du Conseil régional cherche à renforcer la proximité des lieux de formation avec le lieu de résidence des apprentis. Car l’éloignement des transports et la difficulté d’accès à un logement proche du CFA sont souvent invoqués par les jeunes qui arrêtent leur formation. En Île-de-France, 22% des contrats sont rompus en cours de route par les employeurs ou les apprentis. Un chiffre qui met en avant la nécessité de mieux sécuriser le parcours des apprentis. C’est pourquoi la CFDT revendique – en plus de la valorisation de l’apprentissage et de l’adaptation des formations aux besoins du marché du travail – un accompagnement de qualité tout au long du contrat : d’une part pour les apprentis, avec l’aide des CFA, et d’autre part pour les entreprises et notamment les TPE, en s’appuyant sur les plateformes RH qui existent dans les territoires. La CFDT milite aussi pour une rénovation du statut de l’apprenti, afin de lier la rémunération au diplôme et non à l’âge et de renforcer les aides au transport et au logement. Elle s’oppose par ailleurs à un abaissement de l’âge légal d’entrée en apprentissage.

Nous insistons sur la nécessité d’une répartition équitable des fonds au profit des CFA les moins dotés.
Le rôle de la CFDT dans les instances et entreprises
Ces positions, la CFDT les défend tout d’abord au sein de la commission apprentissage du Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle (Crefop). « Cette commission, pilotée par le Conseil régional, traite d’abord des ouvertures et des fermetures de classes de formation des CFA mais aussi de l’affectation des fonds correspondant à la « part libre » de la taxe d’apprentissage, explique Vincent Pigache, mandaté CFDT. Les enjeux financiers sont considérables. Et la concurrence est rude entre les établissements. Nous insistons sur la nécessité d’une répartition équitable des fonds au profit des CFA les moins dotés. Nous souhaiterions aussi pouvoir aborder les conditions d’accueil et de travail des apprentis ou encore les motifs de rupture ». Outre sa présence au Crefop, la CFDT a aussi, à travers ses unions départementales, des mandatés dans les conseils de perfectionnement des CFA (voir interview en pièce-jointe). Elle agit au sein d’organismes paritaires collecteurs (Opcalia, Agefos…) ou encore dans la Commission paritaire régionale interprofessionnelle de l’artisanat, où elle a notamment contribué à élaborer un guide à destination des apprentis. Tout ce réseau, l’Union régionale entend aujourd'hui mieux le coordonner, tout en facilitant les échanges avec les mandatés des champs professionnels. Enfin, les équipes syndicales ont aussi un rôle à jouer dans le développement de l’apprentissage, en négociant dans leurs entreprises et administrations des objectifs d’embauche de jeunes ou encore en insistant sur la qualité de l’accompagnement.

REPÈRES

  • Près de 80 000 jeunes suivaient une formation en apprentissage en 2016 en Île-de-France
  • 170, c’est le nombre de CFA dans la région, préparant à plus de 800 métiers. À l’Éducation nationale, il existe un CFA public dans chaque académie
  • 5 secteurs attirent le gros des apprentis : le web, la métallurgie, le bâtiment, le transport-logistique et la restauration-hôtellerie
  • 45% des apprentis suivent une formation de niveaux IV ou V – les moins qualifiés – contre 67% au niveau national. Les formations de niveau I représentent 22% des effectifs d’apprentis, contre 11% au niveau national
  • 58% des apprentis préparent une formation dans le secteur des services, contre 40% au niveau national.

Source : Enquête IPA 2014