Formation des chômeurs : nouveau plan, nouveaux défis !

Publié le 22/07/2016 à 15H33
Annoncé par le président de la République en début d’année, le plan « 500 000 formations supplémentaires » pour les demandeurs d’emploi se met peu à peu en place dans les régions. Que prévoit-il en Île-de-France ? Comment la CFDT s’est-elle engagée dans cette déclinaison ? Le point sur ce dispositif ambitieux.

Le 14 avril dernier, l’État, la Région et le Comité paritaire régional pour l’emploi et la formation professionnelle (Coparef*) ont signé une convention régionale prévoyant près de 65 000 formations professionnelles supplémentaires pour les demandeurs d’emploi. Dans le détail, 34 000 places de formations seront prises en charge par le Conseil régional et 30 212 par Pôle Emploi. Un nombre auquel s’ajoutent les quelque 40 000 formations prévues initialement pour 2016. Dans un contexte où la situation de l’emploi reste préoccupante, la CFDT Île-de-France a été dès le départ moteur de la mise en oeuvre de la déclinaison de ce plan. Que ce soit en donnant l’impulsion au sein du Coparef mais aussi en interpellant la nouvelle Présidente de Région, Valérie Pécresse, ainsi que l’État.

Pour une GPEC territoriale
Plusieurs raisons ont conduit la CFDT à s’engager dans la mise en oeuvre du plan. « Tout d’abord, c’est la première fois que les partenaires sociaux sont reconnus comme des acteurs incontestables dans le champ de la formation professionnelle et qu’il y a une concertation régionale sur le choix des critères de formations », explique Vincent Pigache, co-président du Coparef au titre de la CFDT (voir photo).

Aussi, la CFDT se félicite que le Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle (Crefop*) ait été associé à l'étude du conseil régional pour un zonage, par bassin d’emplois, du territoire francilien. Avec un objectif : identifier les besoins en compétences et en formations au regard des enjeux et réalités économiques. Pour échanger sur le sujet, l'Union régionale a d’ailleurs organisé une rencontre début juillet avec les équipes CFDT du Syndicat national des métiers de l’insertion (Synami) et de Pôle emploi, ainsi qu’avec les mandatés du Ceser, du Fongecif, des instances paritaires régionales de Pôle emploi, des missions locales ou encore des CFA. Une rencontre qui a permis d’évaluer les conséquences de ce zonage sur l’activité et l’organisation des acteurs de l’insertion et de la formation professionnelles. À cet égard, la CFDT a proposé qu’une évaluation de l’impact du découpage soit réalisée au sein du Ceser. « Pour la CFDT, c’est vers une véritable Gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC) sur le territoire qu’il faut aller, ajoute Marinette Soler, secrétaire générale adjointe de l’Union régionale, qui poursuit. Il nous faut mieux articuler les lieux d’emplois et de formation avec les bassins de vie, mais aussi anticiper le plus possible les reconversions ».

Plus de moyens pour les chômeurs
À travers ce plan, les partenaires sociaux ont aussi doublé l’enveloppe allouée aux demandeurs d’emploi, qui est passée de 15 millions d’euros en 2015 à 31 millions en 2016 dans notre région. « Au niveau national, la CFDT a insisté pour que l’argent de la formation géré par les partenaires sociaux à travers le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP), bénéficie davantage aux demandeurs d’emploi. Car traditionnellement, les organisations patronales mettent la pression pour qu’il soit surtout destiné aux salariés… », éclaire Vincent Pigache. De son côté, la Région a maintenu son budget de formation et bénéficié d’une compensation financière de l’État sur la base d’un coût moyen unitaire de 3000 euros par formation.

Autre victoire pour la CFDT : les demandeurs d’emploi avec un bas niveau de qualification pourront désormais voir leur compte personnel de formation abondé jusqu’à 200 h (contre 100 h aujourd’hui) ! Un vrai plus pour les chômeurs qui ne disposent pas d’assez d’heures pour se former et qui pourront ainsi accéder à des formations de plus longue durée… « C’était une vraie priorité pour nous, assure Marinette Soler. Nous nous sommes d’ailleurs battus pour que les formations ne concernent pas uniquement les métiers en tension, comme la sécurité ou la restauration, mais qu’elles servent aussi à préparer aux métiers d’avenir, dans des secteurs comme le numérique, les éco-activités ou encore l’industrie (aéronautique, automobile, photonique, mécanique) ».

CLÉA, UN SOCLE COMMUN DE COMPÉTENCES

Pour les salariés et chômeurs peu ou pas diplômés, les partenaires sociaux ont conçu une nouvelle certification interprofessionnelle : CléA. Concernant montage-cleapotentiellement 4 millions de personnes, elle permet de valider un socle commun de connaissances et compétences professionnelles reconnu dans tous les secteurs d’activité. Véritable porte d’entrée dans la formation et l’emploi, CléA se décompose en sept domaines à maîtriser : expression en français, calcul et mathématiques, techniques de l’information et de la communication numérique, capacité à travailler en équipe, aptitude à être autonome, capacité d’apprendre à apprendre tout au long de la vie, maîtrise des gestes et postures et respect des règles d’hygiène, de sécurité et environnementales élémentaires.

Plus d’infos : www.certificat-clea.

INTERVIEW
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Jérôme Chartier, vice-président du Conseil régional en charge de l’économie et de l’emploi, revient ici sur la CHARTIER Jerômemise en oeuvre et le suivi de cette déclinaison du "plan 500 000 formations supplémentaires".

Quel est le rôle de la Région en matière de formation et d’emploi ?
Jérôme Chartier : La loi de 2014, qui pousse un peu plus loin le processus de décentralisation initié il y a une vingtaine d’années, a renforcé les compétences de la Région en matière de pilotage des politiques de formation et d’orientation. Nous avons ainsi hérité du Service public régional de l’orientation (SPRO), composé de quelque 700 acteurs. Notre mission est désormais de coordonner ces acteurs et de donner de la cohérence à l’orientation professionnelle, pas seulement initiale, mais aussi tout au long de la vie. Pour cela, une première discussion sur le rôle de la Région en matière de coordination a été engagée. La Région a aussi un rôle plus important à jouer sur le Conseil en évolution professionnelle (CEP) puisqu’elle peut choisir des opérateurs régionaux en plus des opérateurs nationaux.

Comment voyez-vous la mise en oeuvre du plan de formation des demandeurs d’emploi ?
J.C. : Nous avons obtenu de l’État que le coût unitaire des formations prises en charge soit convenable. De même, nous avons insisté pour que les financements supplémentaires aillent bien vers les publics les plus éloignés de l’emploi et les moins qualifiés. Toujours en ce qui concerne l’insertion des demandeurs d’emploi, nous avons mis en avant plusieurs axes de travail. Il nous faut mieux évaluer la situation des personnes les plus éloignées de l’emploi pour améliorer leur employabilité mais aussi faire évoluer les structures d’aide et d’accompagnement.

Comment comptez-vous assurer le suivi du plan ?
J.C. : Il est prématuré de répondre dans la mesure où les discussions se poursuivent sur le rôle de l’autorité organisatrice. D’ici septembre, nous allons proposer, avec les rectorats, une carte unique des formations et, avec les services de l’État, une carte des bassins d’emplois. Le plan sera ensuite évalué au sein du Crefop à l’aune de son efficacité. Aujourd’hui, 2 chômeurs sur 3 retrouvent un emploi après une formation. Il faudra donc évaluer le plan à partir du taux de retour à l’emploi.

* Le Crefop et le Coparef ont été créés fin 2014 avec la réforme de la formation professionnelle. Le Crefop est une instance quadripartite (État, Région, organisations patronales et syndicales) de coordination des politiques d’emploi, de formation et d’orientation professionnelles. Il a notamment en charge le suivi et l’évaluation du plan. Le Coparef donne de son côté les grandes orientations régionales des partenaires sociaux en matière de formation et choisit, notamment, les formations éligibles au CPF.