[Enjeux] Ruralité : un autre visage de l'Ile-de-France

Publié le 29/05/2015 à 12H49
En Île-de-France, la Tour Eiffel fait figure d’arbre qui cache la forêt ! Beaucoup l’ignorent en effet : malgré une forte urbanisation, le territoire francilien se compose pour moitié de terres agricoles et pour un quart d’espaces boisés et de forêts. Décryptage des enjeux syndicaux que soulève cette ruralité francilienne.

La Seine-et-Marne, dont la superficie représente la moitié de l’Île-de-France, est de loin le département francilien le plus rural : 60 % de sa surface est agricole et 20 % forestière avec notamment la célèbre forêt de Fontainebleau. Mais, on le sait moins, trois autres départements sont également fortement ruraux : les Yvelines, l’Essonne et le Val-d’Oise. Au total, ce sont ainsi 1 038 000 Franciliens répartis sur 839 communes qui vivent dans l’espace francilien à dominante rurale. Ces territoires regroupent ainsi 8,5 % des ménages soit 9,7 % de la population francilienne (contre 17 % de moyenne nationale) et 72 % des communes de la région.

Entre culture céréalière et produits de terroir
Les grands plateaux et plaines fertiles de la région regroupent diverses cultures – pour l’essentiel, céréalières – telles que blé, orge, colza ou betterave à sucre. Si ces cultures représentent les neuf dixièmes de la surface agricole utile régionale, l’agriculture francilienne doit aussi sa renommée à des produits de terroir, qu’ils soient maraîchers (asperges d’Argenteuil, haricots d’Arpajon, pommes de terre Belle de Fontenay, champignons de Paris…) ou arboricoles (cerise de Montmorency, prunes Reine-Claude de Chambourcy, poires de Groslay, jus de fruits…). De son côté, l’élevage, bien que marginal, n’est pas en reste avec la volaille de Houdan ou la production de fromages comme les bries de Meaux et de Melun et autre Coulommiers. Si les terres agricoles cèdent régulièrement du terrain à l’exploitation industrielle ou au logement, elles restent malgré tout très présentes et jouent un rôle essentiel dans l’équilibre environnemental francilien.

Enjeux syndicaux de la ruralité

Que ce soit dans leur activité professionnelle ou leur cadre de vie, les salariés de ces territoires sont confrontés à diverses problématiques : desserte insuffisante en transports publics, retrait de certains services publics, manque de services à la personne, éloignement des commerces, tendance à la désertification de certaines zones, offre de logements inadaptée, mauvaise couverture internet à haut débit etc. En Essonne, le territoire peut être délimité en deux zones : au Nord, la partie urbaine où se concentrent les villes et les entreprises les plus importantes ; au Sud, la partie rurale couvrant plus de la moitié du département et regroupant petites et moyennes communes, plutôt tournées vers le monde des petites et moyennes entreprises (PME) et des petites structures de services. « Le travail syndical est plus difficile à mener en zone rurale en raison de l’éparpillement des petites entreprises et la faible implantation syndicale, explique ainsi Marie Leprêtre, secrétaire générale de l’union départementale de l’Essonne, qui poursuit : « Notre défi est donc de nous organiser pour renforcer au mieux l’action de proximité, que ce soit au sein des entreprises mais aussi dans les instances paritaires du territoire ».

Des préoccupations… Et des pistes d’action
Michel Brault, secrétaire général d’Interco Seine-et-Marne, confirme également la difficulté de mener une action syndicale sur un territoire rural éclaté. « La Seine-et-Marne compte quelques 400 communes comprenant entre 1 et 50 agents, souligne-t-il. C’est pourquoi nous avons dû répartir le territoire entre plusieurs référents CFDT, tout en menant des actions transversales de défense et d’accompagnement des salariés ». La principale préoccupation du syndicat pour les années à venir réside dans le transfert des services communaux vers les intercommunalités, qui se sont agrandies et ont même parfois fusionné avec la mise en place d’ici fin 2015 du ‘schéma de mutualisation des moyens’. À terme, Michel craint ainsi « une évaporation » de nombreux emplois vers les intercommunalités réduisant fortement les missions des communes. Dans le secteur agricole francilien, composé essentiellement de PME (dont les plus grosses se situent dans l’aménagement paysager), la CFDT est aujourd’hui la première organisation syndicale. Et si elle doit faire face là encore à un éparpillement des équipes, elle a néanmoins su s’adapter à la situation pour obtenir des avancées, comme le confirme Stéphane Gresset, secrétaire territorial à la Fédération générale de l’agroalimentaire (FGA) en charge de l’agriculture en Île-de-France. « Malgré l’immensité de la tâche, on parvient à mener des actions syndicales. En polyculture par exemple, nous avons signé une convention collective régionale instaurant notamment un accord sur la prévoyance santé familiale. Nous avons également mis en place une Commission paritaire d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CPHSCT), dont le rôle est de représenter les salariés des petites entreprises agricoles au niveau d’un territoire ».

Bien que constituant de loin la majeure partie du territoire francilien, l’espace rural de l’Île-de-France reste sous-estimé. Alors que l'on parle plus que jamais de développement durable, la grande couronne francilienne aura un rôle majeur à jouer dans l’équilibre spatial, économique et écologique de la région capitale.

En pièce-jointe, retrouvez l'intégralité de l'article avec en supplément des chiffres clés et une interview de Patrick Gapenne, membre de la commission « agriculture, environnement et ruralité » du CESER Île-de-France au titre de la CFDT.