[Interview] "Nous ciblons moins de quartiers pour y concentrer tous les moyens"

Publié le 23/07/2015 à 12H32
Entretien avec Myriam El Khomri, secrétaire d’État chargée de la politique de la Ville, qui revient sur les mesures du gouvernement pour désenclaver et dynamiser les quartiers défavorisés, notamment en Ile-de-France.

Quelles sont vos grandes priorités en matière de politique de la Ville ?
Myriam El Khomri : Nous signons actuellement de nouveaux « contrats de ville » pour mobiliser tous les services publics et arrimer les quartiers prioritaires aux dynamiques des agglomérations. La politique de la Ville repose sur trois grands piliers. D’abord, en matière de cohésion sociale, nous accompagnons les structures – sociales, culturelles, sportives – et confortons voire renforçons nos investissements sur l’éducation, la justice, la sécurité et la santé. Ensuite, nous intervenons pour améliorer concrètement et durablement le quotidien des habitants à travers notamment le nouveau programme de renouvellement urbain. Nous devons redonner de la dignité aux quartiers et aux habitants en favorisant notamment la mixité sociale. Enfin, nous avons fait du développement économique et de l’emploi, une priorité. Le contexte du chômage – et notamment des jeunes – dans les quartiers est particulièrement préoccupant. Les leviers de la politique de la Ville nous permettent d’accompagner à la fois le développement du commerce de proximité, d’aider les créateurs d’entreprises à s’installer et enfin de soutenir l’emploi : 30 000 jeunes des quartiers bénéficient d’ores et déjà des emplois d’avenir. Mais nous avons également renforcé plusieurs dispositifs : le parrainage, le pack 2ème chance ou même le nouveau contrat starter qui bénéficiera dès 2015 à 13 000 jeunes.

Nous faisons le choix de cibler moins de quartiers (1500 quartiers à l’échelle nationale) pour y concentrer tous les moyens de la politique de la Ville : c’est la nouvelle géographie prioritaire.
Pouvez-vous nous parler des orientations prises ces derniers mois ?
M.E.K.: Les 5,5 millions d’habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville ont trop longtemps bénéficié de moins de moyens publics de droit commun que le reste de la population. Il fallait en finir avec le « saupoudrage » des aides de l’État qui a présidé jusque-là dans les quartiers qui relevaient de la politique de la Ville. Désormais, nous faisons le choix de cibler moins de quartiers (1500 quartiers à l’échelle nationale) pour y concentrer tous les moyens de la politique de la Ville : c’est la nouvelle géographie prioritaire. Cette orientation s’accompagne de moyens nouveaux mobilisés pour les quartiers, avec 27 millions d’euros de plus dès 2015 (+ 8 % de crédits d’action). Dans un contexte de redressement des finances publiques, c’est le signe clair des priorités du Gouvernement. Par ailleurs, notre action doit se nourrir des préoccupations des habitants. Le contrat de ville est un outil au service de ceux pour qui nous agissons : avec lui, nous portons l’exigence de remettre les habitants au coeur de notre action publique et de la co-construire. C’est un préalable et c’est la raison pour laquelle nous avons créé les « conseils citoyens ». Tous les contrats de ville devront se doter d’un ou de plusieurs conseils citoyens. Et je le dis très simplement : les collectivités qui ne s’empareraient pas de ces conseils citoyens, ne bénéficieront pas des subventions de l’ANRU.

Comment ces orientations se déclinent-elles en Île-de-France ?
M.E.K.: 15 % des Franciliens vivent dans un territoire qui relève de la politique de la Ville, soit 1,6 million d’habitants. L’enjeu est considérable. L’Île-de-France est l’une des régions les plus riches d’Europe. Pourtant les inégalités territoriales y sont très importantes. Ces richesses doivent être mieux réparties. C’est un principe de justice sociale. La Région Île-de-France, avec le concours de son Président Jean-Paul Huchon, bénéficie à plein de la nouvelle politique de la Ville. 59 sites ont été retenus sur l’Île-de-France pour un investissement d’environ 1 milliard d’euros de l’ANRU. Le programme de l’ANRU à l’échelle francilienne est un programme ambitieux. La mobilisation du gouvernement et des acteurs locaux y est totale. Une enveloppe de 190 millions a par ailleurs été complétée pour les projets régionaux franciliens. D’ici quelques années, le paysage urbain et le quotidien des habitants vont être transformés.

59 sites ont été retenus sur l’Île-de-France pour un investissement d’environ 1 milliard d’euros
Comment voyez-vous l’articulation entre développement économique et politique des quartiers ?

M.E.K.: Nous devons éviter deux impasses. L’enclave : attirer des entreprises dans un quartier sans que ses habitants n’en bénéficient. L’autarcie : penser le développement d’activités économiques dans un quartier sans lien avec les dynamiques du territoire francilien. C’est l’enjeu, plus récent et plus complexe qu’ailleurs en Île-de-France, d’intégrer la question du développement économique des quartiers à un projet de territoire à l’échelle intercommunale et celle du Grand Paris.