[Enjeux] Agir pour la prise en compte des aidants

Publié le 17/07/2017 à 14H51
Le 30 juin, la CFDT Île-de-France a organisé, pour la première fois, une rencontre sur le rôle des aidants et les leviers de l’action syndicale pour améliorer leur qualité de vie. Une rencontre au coeur des enjeux d’un phénomène en explosion.

© Patrick ALLARD/REA

Les « aidants familiaux » viennent en aide à une personne de leur famille ou de leur entourage ayant une déficience, une incapacité, en situation de handicap ou de dépendance. Ils assurent de nombreuses tâches suivant les besoins de la personne : aide au ménage, aux courses, à l’hygiène, aux démarches administratives, soutien psychologique, vigilance... On compte 8,7 millions d’aidants familiaux et aujourd'hui ce chiffre ne cesse d’augmenter avec un doublement depuis 2010. L'explosion du nombre d'aidants est aussi une affaire de génération. 37 % des aidants ont entre 35 et 49 ans. On parle de « génération pivot » pour qualifier ces personnes, souvent encore en activité, dont les enfants vivent au domicile familial parce qu’ils poursuivent des études longues et qui ont à gérer leurs parents en perte d’autonomie.

Une reconnaissance par la loi
Pendant longtemps, les aidants familiaux n’avaient pas de véritable statut. La Loi d’adaptation de la société au vieillissement (janvier 2016) reconnaît un statut à celles et ceux qui accompagnent une personne handicapée ou âgée. Elle crée le congé de proche aidant (défini ensuite par la Loi travail d'août 2016), un congé non rémunéré de trois mois renouvelabledans la limite d'un an sur toute la carrière pour s'occuper d'un proche (avec ou sans lien de parenté) devenu dépendant ou gravement handicapé. Ce congé peut être fractionné et le salarié peut cesser totalement son activité ou travailler à temps partiel. Le congé de solidarité familiale créé en 2010 (trois mois maximum renouvelable une fois) permet quant à lui d'assister un proche en fin de vie à domicile. Il donne par ailleurs droit à une allocation journalière d'accompagnement.

Les salariés premiers concernés
46 % des aidants sont toujours en activité et consacrent 20 à 30 heures par semaine à cette aide. Ils souffrent souvent de fatigue physique, de manque de sommeil, de stress, parfois d’épuisement… Ils doivent mettre en place une organisation complexe et ont peu de temps pour leurs loisirs. Tout cela a inévitablement un impact sur leur vie professionnelle. « Les salariés étant concernés au premier chef, les organisations syndicales ont toute leur place pour agir sur ce sujet, soutient Diego Melchior, secrétaire régional en charge de la qualité de vie au travail en introduction de la rencontre régionale du 30 juin. La qualité de vie au travail des aidants familiaux est un sujet de négociation, dans l'entreprise comme dans la branche, ajoute-t-il. Car si la loi est largement insuffisante, elle prévoit des possibilités de négociation sur la durée maximale du congé, sa prise en charge financière, ses modalités... ». L’enjeu de la négociation est d’améliorer la qualité de vie au travail des aidants et leur obtenir un peu de répit. « Dans la fonction publique, précise Luc Michel du Syndicat santé sociaux de Seine-Saint-Denis lors du débat, des autorisations d’absence existent pour accompagner un enfant en situation de handicap ou un parent âgé, mais elles sont souvent très peu connues ».

Rompre l'isolement
L’action syndicale passe d’abord par une meilleure connaissance de la situation, comme l’indique Gérard Despierre, militant à l'Union territoriale des retraités du Val-de-Marne : « La première démarche d’une section est de mesurer le besoin et de connaître le public concerné ». Ce qui n’est pas simple car les aidants ne se reconnaissent pas toujours comme tels. Béatrice Charbonnier et Christel Girard Nkuindji, respectivement responsable grands comptes et chef de produits-prévoyance au sein du groupe de prévoyance Malakoff Médéric, participaient également à la rencontre. « D’une manière générale, les aidants sont isolés, constate Béatrice Charbonnier. Il faut donc d’abord les détecter. Ils ont des attentes très pratiques autour de la flexibilité de leur temps de travail, mais aussi de l’information sur les aides et les démarches. Ils ont aussi et surtout besoin de temps pour eux. » Christel Girard Nkvindji présente ensuite le contrat construit par Malakoff Médéric dans le cadre d’un accord de prévoyance pour un groupe de l'industrie chimique. « L'offre part des besoins. Elle débute par un bilan personnalisé de la situation de l'aidant réalisé par une conseillère sociale au cours d'un entretien téléphonique. Celui-ci donne lieu à une restitution au salarié et à la définition d'un plan d’actions. Puis, nous mettons à disposition de l’aidant des services d'accompagnement : écoute psychologique, formation à domicile par une infirmière sur les bons gestes, orientation vers des solutions d'hébergement de répit, panier de services de 1 000 euros par an (aide ménagère, auxiliaire de vie, livraison de repas...) ».

Poursuivre le débat
Les interventions fusent après cette présentation : comment négocier, notamment dans des entreprises de petite taille ? Comment convaincre les employeurs d’agir ? La deuxième table ronde de la rencontre (voir prochain Solidaires) porte sur la prise en charge des personnes âgées accueillies en établissement et la nécessité de partager les visions des professionnels et des usagers. S'il fallait s’en convaincre, cette rencontre a montré que l’acteur syndical a toute sa place sur ces sujets, pour informer et valoriser ce qui existe, négocier dans les entreprises et les branches, et agir sur les territoires. Mais la prise en charge de la qualité de vie au travail des aidants est aussi une question de responsabilité sociale des entreprises.

Il est souvent difficile de se repérer sur les droits des aidants. Les différences dans le statut de l’aidant tiennent au type d’aide perçue par la personne aidée, notamment si elle est reconnue ou non en situation de handicap (Allocation adulte handicapé ou Prestation de compensation du handicap) ou de perte d’autonomie (Allocation personnalisée d’autonomie). « Le premier réflexe à avoir est de contacter la caisse de retraite et de prévoyance de la personne aidée, ou celle de son conjoint », suggère Béatrice Charbonnier du groupe Malakoff-Médéric. Les collectivités territoriales proposent également des services. La CFDT retraités a développé une forte expertise sur ces sujets, conçu des guides et plus récemment mené une enquête sur les aidants (cfdt-retraités.fr).