[Portrait] Dominique, pour la cause des femmes

Publié le 17/12/2019

Les questions d’égalité femmes/hommes et de santé au travail auront jalonné son parcours de militante syndicale. À l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) d’abord, mais aussi dans différents mandats interprofessionnels, Dominique Hénon aura donné corps aux valeurs d’émancipation et de progrès social chères à la CFDT.

Dominique est âgée de 15 ans quand elle fait ses premiers pas dans la vie active en tant que préparatrice en pharmacie. Du travail, elle n’en verra pourtant que la partie la plus laborieuse. « C’était une forme d’esclavage moderne. Je ne faisais que de la manutention et nettoyais le sol. En trois ans d’apprentissage, je n’ai absolument rien appris, juge-t-elle, cinglante. Et puis je travaillais pour un patron qui avait une vision très personnelle de mes droits à congé et ne voyait dans l’apprentissage qu’une opportunité d’avoir une employée à bas coût. Au final, c’est lui qui a déclenché ma vocation syndicale », s’amuse-t-elle à rappeler. Pourquoi donc la CFDT ? « Il y avait dans les années 70 des revendications qui me plaisaient autour de la réduction du temps de travail ou encore du combat pour la place des femmes dans la société. J’ai toujours pensé que notre liberté passait par le travail, argue-t-elle. Il faut aussi se souvenir qu’à l’époque, les femmes craignaient en permanence les grossesses non désirées et leurs conséquences. D’où mon engagement au MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, NDLR) ».

Premiers mandats à l’AP-HP
Après quatorze ans en pharmacie d’officine, « fatiguée du bruit permanent des tiroirs-caisses », elle est embauchée, en 1983, dans le service de pharmacie de l’hôpital Henri Mondor. Non loin de son domicile de Créteil. Divorcée et mère de trois enfants, Dominique trouve là un moyen de concilier vies professionnelle et personnelle. Tant et si bien que, six mois après son arrivée, elle est nommée membre du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). « Pendant les années sida ; période où l’épidémie se propageait sans qu’on n’en connaisse précisément les modes de transmission, resitue-t-elle. Il s’agissait alors de trouver comment protéger les personnels soignants. » À défaut d’avoir accompli son rêve de devenir soignante, Dominique aime alors à « prendre soin du personnel ». Dans son syndicat, elle assume par ailleurs très vite des responsabilités sur la formation ou encore le développement. Avec ses premiers mandats, Dominique est amenée à se former à l’Irefe, l’institut de formation syndicale de la CFDT Île-de-France. Avant de devenir elle- même formatrice sur des sujets aussi variés que la santé au travail, l’égalité femmes-hommes – elle construit notamment une séquence sur l’histoire du syndicalisme féminin chrétien – ou la négociation des 35 heures.

En 2004, à la suite d’une formation à l’école des cadres de l’AP-HP, aucune pharmacie n’accepte de la recruter comme cadre. « J’avais organisé une grève dans la pharmacie d’Henri Mondor et m’étais retrouvée en photo dans Le Moniteur des pharmaciens », glisse-t-elle, non sans fierté. Qu’importe : elle est finalement embauchée à l’hôpital Paul Brousse comme responsable des conditions de travail.

L’appel du Conseil économique
En 2008, Dominique se voit proposer de siéger au Conseil économique, social et environnemental (Cese). Une proposition qu’elle accepte. Au sein de la délégation égalité femmes/hommes, on lui confie la réalisation d’une ‘communication’ sur la santé des femmes. Pendant un an, elle multiplie les auditions. Et constate d’abord que les femmes sont rarement intégrées aux panels de recherche sur la santé, « sous prétexte... qu’elles peuvent être enceintes ». Aussi et surtout, ce travail alerte sur le lien entre cancer du sein et travail de nuit et contribue à lancer la première expérimentation de prise en charge financière du dépistage du cancer du col de l’utérus, aussi appelé le « cancer de la femme pauvre ». Une avancée importante !

En 2012, elle quitte le Cese pour finaliser son diplôme de psychologue du travail et développer son activité, « toujours au service de la santé des professionnels ». Pour autant, Dominique continue d’assurer occasionnellement des formations à l’Irefe. Début 2018, elle reprend aussi du service au Ceser Île-de-France, dans les commissions environnement et tourisme. « Un beau mandat, assure-t- elle. Ici, la proximité est le maître-mot. On part en permanence d’exemples concrets. Et c’est une façon pour moi de continuer de faire vivre notre syndicalisme de transformation sociale, qui s’étend au-delà de la vie des entreprises et des administrations ».