Michèle, pugnace au grand coeur

Publié le 13/07/2017

Michèle Boulez est assesseure CFDT au Tribunal du contentieux de l'incapacité (TCI), juridiction de la Sécurité sociale qui délibère sur les litiges concernant l’état et le degré d’invalidité ou d’incapacité liés aux accidents de travail et aux maladies professionnelles. Un mandat au service de vies brisées et en lien avec ses autres engagements. Rencontre.

« Au TCI, t’es dans la vraie vie, balance Michèle, cash. Nous sommes dans la réparation des préjudices que peut causer le travail sur la santé… Lorsqu’en tant que juge assesseur, tu parviens à persuader le président de faire augmenter un taux d’incapacité permanente partielle (IPP), le salarié peut ensuite toucher une rente. On peut donc changer concrètement la vie des gens ». Depuis 2011, date à laquelle elle a pris son premier mandat au TCI, Michèle a défendu des dizaines de travailleurs, usés et parfois en grande détresse.

Lorsqu’en tant que juge assesseur, tu parviens à persuader le président de faire augmenter un taux d’incapacité permanente partielle (IPP), le salarié peut ensuite toucher une rente.
Première injustice
Née à Paris dans un milieu social modeste, Michèle effectue sa scolarité primaire à l’école privée religieuse de la rue Saint Roch. L’établissement accueillait alors jusqu’à 20 % d’enfants défavorisés sélectionnés au mérite. Brillante élève, fantaisiste et férue de lectures, Michèle se voit contrainte, en 4e, de quitter le collège quand la direction change les règles et demande à ses parents de payer pour qu’elle poursuive sa scolarité en internat. « C’est la première injustice que j’ai vécue et elle m’a marquée », commente-t-elle.

Ambitieuse et orgueilleuse, la jeune femme rêve à l’époque d’être neurochirurgienne. « Pour soigner le cerveau des gens », précise-t-elle, sans rire. Mais, cherchant un point de chute après sa sortie prématurée de l’école, elle s’oriente vers un CAP d’aide comptable. Entrée au Crédit Lyonnais à 17 ans, elle suit en parallèle une formation professionnelle bancaire et obtient les CAP et BP Banque. Avant d'enchaîner trois ans au CNAM, où elle décroche la certification de l'institut technique de banque. Une fierté. « Je n’avais pas pu m’inscrire en études supérieures de banque car il fallait être parrainé. Et comme j’étais une femme… », grommelle-t-elle. Au travail, en équipe ‘volante’, Michèle s’essaie à tous les postes de la comptabilité et démontre un véritable appétit d’apprendre ; ce qui lui permet ensuite d'accéder à divers postes dans la boîte.

Grande gueule
Si elle se tient au début de sa vie active à l’écart de l’action syndicale, elle participe, à partir des lois Auroux promulguées en 1982, aux réunions d’expression des salariés. Grande gueule, cette ancienne « coco » adhère à la CFDT en 1998. Pour les valeurs d’abord. Et comme souvent, suite à une rencontre. Aux élections, la CFDT fait un carton et Michèle est catapultée suppléante DP, puis DP titulaire. Elle sera élue au CE en 2007. Devenue cadre en 2000, elle observe qu’elle est payée quasiment moitié moins que ses collègues hommes à compétences égales. Elle demande alors une augmentation de salaire. Qui tourne au bras de fer avec son nouveau chef. Michèle doit en passer par la menace d’aller aux prud’hommes pour obtenir satisfaction. L’interprofessionnel, elle le découvrira sur le tard en se formant à l’IREFE. Elle devient rapidement animatrice de formation puis membre du groupe ressource handicap. Elle-même en situation de handicap, la jeune retraitée représente aujourd’hui la CFDT à la commission handicap du Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle (Crefop). Tout en étant référente sur les questions de handicap dans le cadre du service ‘Réponses à la carte’. « Il y a une cohérence dans tous ces engagements », reconnaît la militante aux multiples casquettes.

IL y a un lien entre le syndicalisme et le rugby, qui véhiculent des valeurs de courage, de ténacité, de partage, d’esprit d’équipe et… de combativité avec quelques mêlées et placages au rendez-vous !
Une âme de demie de mêlée
Marraine d’une famille kényane dans le cadre des « Duos de demain » (partenariat entre la CFDT Île-de- France et France terre d'asile), Michèle est aussi – on le sait moins – une vraie mordue d’ovalie ! « J’ai toujours aimé le rugby, confie-t-elle. Je le regardais à la télévision avec mon père et j’ai vécu 26 ans avec un ancien rugbyman anglais ». Engagée depuis 2010 au Comité Île-de-France de rugby en tant que dirigeante, elle encadre et accompagne les sélections féminines de jeunes dans le cadre du championnat de France. « C’est un sport qui gomme les discriminations : il faut des petits, des costauds… C’est aussi le seul jeu où tu avances en passant la balle en arrière, comme un passage de témoin, fait-elle remarquer, l’oeil pétillant. Bien sûr, il y a un lien entre le syndicalisme et le rugby, qui véhiculent tous deux des valeurs de courage, de ténacité, de partage, d’esprit d’équipe et… de combativité avec quelques mêlées et placages au rendez-vous ! »

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