David Clair, Directeur général de la Cramif
Composée de 1 539 salariés, la Caisse régionale d’assurance maladie d’Île-de-France (Cramif) a pour mission de prévenir, accompagner et réparer les fragilités liées à la santé, tant sociales que professionnelles. Elle intervient dans le domaine des prestations, de l’action sanitaire et sociale, de l’autonomie et de la prévention. Son directeur général, David Clair, revient sur le rôle de l’organisme.
Quel bilan tirez-vous des déclarations d’accidents du travail ?
En 2022, l’Île-de-France a dénombré 84 064 accidents du travail (une baisse de 4,39 % par rapport à 2021), 21 491 accidents de trajet (- 6,25 %), et 6 015 maladies professionnelles (+ 6,23 %). Les disparités sont fortes selon les secteurs et les régions. L’indice de fréquence des accidents du travail, c’est-à-dire le nombre d’accidents du travail en 1er règlement pour 1 000 salariés, s’élève à 16,3 en Île-de-France – et 15,6 en 2023 – contre 27,3 à l’échelle nationale. Malgré cette tendance favorable, certains secteurs demeurent très exposés. Le secteur de la santé a l’indice de fréquence le plus élevé, 31,3 pour 337 000 salariés, avant le transport et la logistique (25,2). Parmi les « codes risques » présentant les indices de fréquence les plus élevés, on trouve les Ehpad (70,6), l’hébergement de personnes en situation de handicap (57,4), les services d’aide à domicile (51,6) et les transports aériens (48,3). Cette sinistralité a un coût social, humain et financier. La prévention est donc un investissement qui bénéficie aux salariés comme à l’entreprise.
“La prévention, un investissement qui bénéficie aux salariés comme à l'entreprise.”
Votre mission s’articule autour de deux axes principaux : prévenir les risques et fixer les cotisations des entreprises. Quelle est la finalité de la tarification ?
L’objectif est d’inciter les entreprises à supprimer, ou du moins réduire, le nombre et la gravité des sinistres qui peuvent mettre en péril la santé et la sécurité de leurs salariés. Les cotisations sont déterminées en fonction des risques et de l’activité des entreprises. Pour 100 euros cotisés, 96 permettent de couvrir les coûts liés à l’indemnisation des salariés victimes. Les 4 € restants sont destinés à financer les actions de prévention.
Comment agissez-vous dans ce domaine ?
Notre service prévention, composé de 223 salariés, dont des ingénieurs conseils, contrôleurs de sécurité, ergonomes et psychologues du travail, accompagne les entreprises en ciblant en priorité les secteurs et entreprises les plus à risque. Cela passe d’abord par des visites sur site pour observer les conditions de travail puis établir des recommandations. Chaque entreprise est ensuite suivie dans la mise en oeuvre de solutions concrètes.
Quelles sont vos actions prioritaires ?
Nous déployons un ensemble d’actions pour encourager les entreprises à adopter des mesures de prévention adaptées à leurs besoins et à leur taille. Nous mettons d’abord en oeuvre des programmes nationaux tels que TMS pros (1 266 établissements accompagnés entre 2019 et 2023), Risques chutes pros BTP (364 maîtres d’ouvrage accompagnés), ou Risques chimiques pros (869 établissements). Nous concevons aussi des programmes adaptés aux particularités de la région, comme les programmes Déchets avec les collectivités, Restauration collective, ou encore Logistique, l’Île-de-France étant la première région pour son parc de plateformes et entrepôts. Les TPE/PME peuvent prétendre à différentes aides qui financent le diagnostic, l’acquisition de matériel et la formation notamment face aux troubles musculosquelettiques, aux risques chimiques ou aux chutes. Il faut y ajouter désormais la Subvention prévention des risques ergonomiques. Dotée d’un budget de 23 millions d’euros pour 2025 en Île-de-France, elle est ouverte à toutes les entreprises, et cible des risques identifiés, comme les manutentions manuelles de charges, les postures pénibles, ainsi que les vibrations mécaniques. La prise en charge peut aller jusqu’à 70 % des investissements dans la limite de 25 000 euros pour les entreprises de plus de 200 salariés et de 75 000 euros pour les entreprises de moins de 200 salariés.