Emploi : l’Île-de-France à la relance

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Alors que la situation de l’emploi se dégrade en Île-de-France, avec près de 180 000 emplois détruits au cours du premier semestre, les équipes CFDT s’activent pour limiter la casse au sein des entreprises et préserver les intérêts des travailleurs.

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Salon de l’emploi Jeunes d’Avenirs, septembre 2020 à Paris  © Marta Nascimento/REA

En cet automne, c’est la question qui angoisse tous les militants syndicaux : comment limiter la vague de licenciements et de faillites qui déferle ? Durement frappée par la crise en raison notamment de sa dépendance au tourisme international, l’Île-de-France a vu des pans entiers de son économie mis à l’arrêt. « Nous avons, dès la fin du confinement, interpellé l’État et le Conseil régional pour être associés aux décisions concernant les filières les plus touchées comme la restauration, l’hôtellerie, l’événementiel, le transport aérien ou les arts et spectacles, rappelle Marinette Soler, secrétaire générale adjointe de la CFDT Île-de-France. Nous demandons désormais que se tienne une concertation régionale sur l’emploi et la sécurisation des parcours professionnels ».

« Pour l’heure, le redémarrage de l’économie francilienne est très hétérogène, précise un bilan de la Chambre de commerce et d’industrie Paris Île-de-France. Dans l’industrie manufacturière, le taux d’utilisation de l’outil de production n’était que de 62 % en juin contre une moyenne de long terme proche de 80 % ; dans les services marchands, le transport de marchandises a quasiment retrouvé ses niveaux d’avant-crise tandis que l’hôtellerie-restauration et plus globalement le tourisme affichent toujours des perspectives très incertaines, notamment les hôtels qui attendent encore la reprise du tourisme d’affaires. Dans le BTP, la reprise des chantiers, y compris ceux du Grand Paris Express, s’est avérée lente du fait des difficultés à appliquer les nouvelles normes, même si le rebond a été marqué en juin. »

Un plan de relance pour la région

Le 11 juin, la Région présidée par Valérie Pécresse a voté l’acte 1 de son « plan de relance économique, écologique et solidaire ». Un plan qui mobilise un budget de 1,3 milliard d’euros pour la seule année 2020 (689 millions d’euros de redéploiement de crédits et 592 millions de crédits supplémentaires). Dans le détail, 640 millions d’euros doivent être alloués à l’aide aux entreprises, 230 millions à la lutte contre le chômage et le retour à l’emploi, 190 millions au pouvoir d’achat des familles et 238 millions à la relance écologique et aux transports.

Parmi les mesures prioritaires, la Région a promis de soutenir massivement l’apprentissage et de doubler à partir de septembre l’offre globale de formation – qui passerait ainsi de 20 000 à 40 000 places – dans les secteurs d’avenir ou en tension (BTP, sécurité, sanitaire et social, numérique, agriculture et environnement, etc.). En outre, la Région prévoit d’accorder une incitation financière de 1 000 euros aux chômeurs les plus éloignés de l’emploi qui se formeraient à ces métiers. Des mesures d’urgence qui devraient être complétées d’ici la fin d’année par l’acte 2 du plan de relance : un « programme d’investissements publics pluriannuels » consacré notamment aux transports, à la culture, à la recherche et à la construction.

« Ces premières mesures d’urgence du Conseil régional vont dans le bon sens, assure Marinette Soler, qui met toutefois en perspective les sommes en jeu. La relance repose surtout sur le plan national de 100 milliards d’euros. Un plan qui va se décliner en région et dans le suivi duquel la CFDT va s’investir pleinement. La CFDT est par ailleurs mobilisée pour que les Comités sociaux et économiques (CSE) au sein des entreprises puissent demander des contreparties aux employeurs en matière d’emploi et de formation ». Car comme le rappelait de façon imagée Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, « il n’est pas question d’arroser le sable » et il faudra pour cela être vigilants face aux effets d’aubaine.

Au sein du Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser), assemblée de la société civile, la CFDT Île-de-France a par ailleurs développé une série de propositions, reprises dans la contribution intitulée ‘Pour une prise en compte de la sécurisation des parcours professionnels’. « Nous proposons que les partenaires sociaux soient associés, au plus près du terrain et en lien avec les branches professionnelles, à la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, soutient Philippe Lengrand, président CFDT de la commission emploi au Ceser. Nous demandons par ailleurs une évaluation rapide des métiers amenés à évoluer ou à disparaître ainsi que la création d’un abondement régional du compte personnel de formation ».

Un accompagnement au plus près du terrain

Au-delà de ses prises de position dans les instances régionales, la CFDT est aussi en première ligne pour accompagner militants et salariés. « Avec des cabinets d’experts partenaires, nous organisons des webinaires et rencontres où les équipes CFDT peuvent solliciter des éclairages et appuis juridiques », précise Yann Frioux, délégué régional. Le dernier en date, le 9 octobre, était justement axé sur les diverses formes de restructuration : Plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), Accords de performance collective (APC), Rupture conventionnelle collective (RCC)... Une autre rencontre est prévue d’ici la fin de l’année autour du dispositif d’Activité partielle de longue durée (APLD). Via l’institut de formation de la CFDT Île-de-France, l’IREFE, des formations syndicales sont par ailleurs proposées aux responsables syndicaux afin de mieux les préparer dans la période.

Enfin, avec la hausse des faillites de petites entreprises, les conseillers du salarié sont plus sollicités qu’à l’accoutumée. « À Paris, on observe pour l’heure beaucoup de demandes d’accompagnement individuel de salariés. Mais nous n’avons pas encore de vague de licenciements collectifs », souligne Éloïse Rousseau, secrétaire générale de la CFDT Paris, qui redoute toutefois la montée inexorable du chômage, notamment chez les jeunes. Il faut dire que les perspectives s’annoncent sombres : au moins 750 000 jeunes sont attendus cet automne sur le marché de l’emploi, dont une grande partie en Île-de-France. Les mesures du plan Jeunes adoptées cet été – compensation de charge de 4 000 euros pour tout jeune recruté entre août 2020 et janvier 2021, aide exceptionnelle de 5 000 euros pour tout recrutement d’un alternant mineur et de 8 000 euros pour un majeur, etc. – apparaissent d’autant plus indispensables. « Dans ce contexte, le forum de l’emploi des jeunes que la CFDT Île-de-France organise à Paris le 2 décembre aura une résonance particulière », avance Nadia Bosc, secrétaire régionale CFDT en charge des jeunes.

Geoffrey Caillon, délégué syndical central CFDT
Geoffrey Caillon, délégué syndical central CFDT Geoffrey Caillon : “Trouver un équilibre entre préservation de l’emploi et enjeu écologique”

Interview

Après l’annonce par Total de la reconversion de la raffinerie de Grandpuits (77), Geoffrey Caillon, délégué syndical central CFDT
au sein de la branche raffinage et pétrochimie du groupe, appelle à des mesures fortes d’accompagnement social.

Quelles sont les perspectives sur le site de Grandpuits ?

La direction a annoncé vouloir transformer le site en arrêtant le raffinage de pétrole brut pour développer la production de biocarburant et bioplastique, le recyclage de plastique et l’exploitation de deux centrales solaires. Pour l’heure, environ 250 emplois sur 400 seraient préservés à Grandpuits et au dépôt pétrolier associé de Gargenville (78). La direction exclut tout licenciement sec et entend privilégier les départs anticipés à la retraite et les mutations géographiques, le tout assorti de conditions financières intéressantes.

Que revendique la CFDT ?

Notre objectif, dans la période, va être de sauver un maximum d’emplois. Sur le site, bien sûr, mais aussi chez les sous-traitants. La direction veut investir 530 millions d’euros dans la reconversion du site. Ce qui est une somme conséquente. Pour autant, la CFDT estime que le compte n’y est pas en matière sociale. En nous appuyant sur les expériences de réorganisation industrielle qui ont eu lieu à Carling (Moselle) ou La Mède (Bouches-du-Rhône), nous espérons pouvoir parvenir à un accord sécurisant l’avenir de tous les salariés. Personne ne doit être laissé sur le bord du chemin.

Comment se positionne la CFDT face au virage stratégique de la direction ?

Nous avons l’impression que cette réorientation vers des activités plus propres et moins émettrices de CO2 va dans le bon sens, alors qu’à la CGT, on voit cette démarche comme du « greenwashing » (procédé de marketing consistant à se donner une image écologique trompeuse, NDLR). Mais la confiance n’excluant pas le contrôle, on sera par exemple très vigilants sur l’empreinte carbone des biocarburants produits sur le site. Nous devons trouver un équilibre entre préservation de l’emploi et enjeu écologique. Cela doit s’inscrire dans une stratégie cohérente, engageant la responsabilité sociétale du groupe et développant l’emploi sur le site de Grandpuits.

TÉMOIGNAGES

Secrétaire général du Syndicat national des artistes et des professionnels de l’animation, du sport et de la culture (Snapac-CFDT), qui regroupe près de 1 200 adhérents dont une grande partie en Île-de-France, Jean Garcia nous fait part de ses craintes pour l’emploi dans les champs culturels et sportifs.
“Le plan de relance de 2 milliards d’euros proposé par le ministère de la Culture nous semble être une première étape nécessaire. Mais ce plan manque de fléchages clairs et surtout d’une stratégie globale. Nous craignons qu’il ne profite qu’aux plus grosses entreprises et que les salariés les plus précaires – comme les salariés intermittents, dont la grande majorité gagne à peine plus de 1 000 euros par mois – en soient les grands perdants.
L’année blanche, que nous avons obtenue, prolonge les droits des intermittents jusqu’au 31 août 2021. Elle devait permettre aux artistes et techniciens de garder un filet de sécurité pour rechercher du travail et reconstituer leurs droits. Mais l’interdiction de travailler, par la force des choses, empêche de faire ses heures.
Combien de temps restera-t-il pour effectuer ses 507 heures minimum (seuil à partir duquel se déclenche l’indemnisation d’aide au retour à l’emploi, NDLR) en 2021 ? Huit, six, quatre, deux mois ? Nous savons déjà qu’une reprise à grande échelle se ferait au mieux au printemps prochain, voire à l’été. 270 000 travailleurs concernés par l’intermittence sont menacés de perdre leur emploi durablement. Et parmi eux, près de 150 000 travailleurs n’ont pas fait leurs heures et ne sont donc pas indemnisés.
Les artistes-mandataires – qui avancent les frais de transport, de matériel et les loyers – sont les autres grands oubliés du plan de relance. En plus d’avoir connu un été morose, ils se retrouvent à payer des crédits alors qu’ils n’ont quasiment plus de revenus. Pour eux, nous demandons des suspensions ou allègements de crédits. Sans quoi, beaucoup ne pourront plus exercer leur activité.”

Laure Beaumanoir, mandatée CFDT au sein de l’Instance paritaire territoriale (IPT) de Paris, nous éclaire sur le rôle de cette instance interprofessionnelle sollicitée par les agences de Pôle emploi afin d’examiner certaines situations de demandeurs d’emploi.
“Composée de deux collèges réunissant organisations syndicales salariales et patronales, l’IPT examine tout d’abord les situations de demandeurs d’emploi en cas d’allocations indûment perçues. Après examen du dossier, nous pouvons alors voter pour ou contre une remise de dette partielle ou totale. L’IPT peut aussi statuer sur l’ouverture d’un droit à indemnisation après un départ volontaire (démission ou rupture conventionnelle). On regarde dans ce cas le projet du demandeur d’emploi et ce qu’il a entrepris dans les 180 jours consécutifs 
à son départ de l’entreprise. 
À Paris, et c’est une spécificité, nous examinons aussi beaucoup de dossiers d’intermittents qui ont mal déclaré leurs heures de travail et se retrouvent en difficulté.  L’IPT de Paris se réunit tous les quinze jours, avec une centaine de dossiers à gérer. En raison de la crise liée au Covid-19, nous constatons une augmentation du nombre de situations complexes. Par exemple, certains ont quitté leur emploi avec une promesse d’embauche, mais se retrouvent sans rien une fois leur emploi quitté ! Heureusement, avec le collège employeur, nous parvenons souvent à nous mettre d’accord pour accompagner ces demandeurs d’emploi et nous veillons à être bienveillants dans notre mission.”

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