Grand Paris des transports : ce qui va changer à l’horizon 2040

  • Transport et territoire

Plus de quarante ans après la création des RER et des villes nouvelles, les transports et les mobilités se réinventent dans la région à l’aune de la transition énergétique et de la lutte contre le réchauffement climatique. Le Grand Paris Express est sur les rails, tandis que les usages se diversifient avec le recours accru à des modes de transport moins polluants. Tour d’horizon des bouleversements qui pourraient remodeler le visage de la région dans les 20 ans à venir.

© Société du Grand Paris / Laurent Villeret

Imaginez aller de Clichy-Montfermeil à La Défense en à peine plus d’une demi-heure, contre plus d’une heure actuellement. Se rendre d’Issy-les-Moulineaux à Cachan en neuf minutes au lieu de quarante-six, ou relier Boulogne-Billancourt à Champs-sur-Marne en trente sept minutes contre une heure actuellement. Avec le Grand Paris Express (GPE), projet de super métro capable de pointes de vitesse à 110 km/h, les temps de trajet de banlieue à banlieue vont se réduire considérablement à partir de 2024.

Grand Paris Express, « le chantier du siècle »

Issu de la fusion en 2011 des projets Arc express (financé par la Région) et du Grand Paris (subventionné par l’État), le GPE va profondément transformer le quotidien de millions de Franciliens à l’horizon 2030-2040. Surnommé le « chantier du siècle », il est considéré comme le plus grand projet urbain en Europe. Et pour cause : il prévoit la création de 4 nouvelles lignes de métro autour de Paris (15, 16, 17 et 18) et le prolongement de la ligne 14 au nord et au sud. Au total, ce ne sont pas moins de 200 km de lignes, essentiellement en souterrain, qui vont être créées. Soit… l’équivalent du réseau de métro existant ! Ce à quoi s’ajoute la construction de 68 nouvelles gares.
Estimé à environ 35 milliards d’euros, le GPE est désormais entré dans sa phase opérationnelle. Les travaux battent leur plein sur le premier tronçon de la ligne 15, au sud, où 10 tunneliers vont creuser les 33 km de lignes qui relieront Pont de Sèvres à Noisy-Champs. Avec un objectif : être prêt pour les Jeux olympiques de 2024. À l’instar de la ligne 15 sud, le tronçon de la ligne 16 Saint-Denis Pleyel / Le Bourget et ceux de la ligne 14 au nord et au sud doivent également être mis en service avant le début des JO.
Si le GPE doit permettre à terme de désengorger le réseau parisien en facilitant le transport de banlieue à banlieue, il soulève aussi des interrogations. Sur certains tronçons, n’aurait-il pas fallu favoriser des modes de transport nécessitant des infrastructures moins lourdes et onéreuses, comme les bus ou les tramways ? Comment limiter l’inflation immobilière observée dans les zones des futures gares du GPE ? Pour la CFDT Île-de-France, il est indéniable que le GPE va permettre de désenclaver certaines villes et quartiers défavorisés et contribuer ainsi à réduire les inégalités territoriales. Certains territoires – à l’instar du Val-d’Oise ou de la Seine-et-Marne – ne seront en revanche que peu ou pas concernés par le GPE. Ce qui pose la question du bénéfice qu’en tireront les Franciliens habitant en grande couronne…
                  
Voiture thermique : vers une interdiction dans la métropole en 2030

Si la voiture reste selon l'Insee le premier mode de transport (tous types de déplacements confondus), son avenir dans la région s’écrit désormais...en pointillé. Pour réduire la pollution de l’air, responsable selon l’agence nationale de santé publique de près de 2 500 morts prématurés par an dans la capitale, la Mairie de Paris a pris plusieurs mesures pour interdire aux véhicules les plus polluants de rouler en semaine, entre 8h et 20h. Pour l’heure, sont concernées les voitures diesel immatriculées avant 2006 (vignettes Crit’air 4 et 5). D’ici 2024, ce sont toutes les voitures roulant au diesel qui seront bannies de la capitale puis, d’ici 2030, toutes celles roulant à l’essence. 
La Métropole du Grand Paris suit le même chemin puisqu’elle a d’ores et déjà proscrit la circulation des véhicules Crit’air 5 sur le territoire situé dans le périmètre de l’A86. Prochaines étapes : l’interdiction en 2021 des véhicules estampillés Crit’air 4 puis Crit’air 3 en 2022. De son côté, la Région a décidé de bannir à l’intérieur de ses frontières la circulation des véhicules à motorisation diesel à l’horizon 2030. Dans la zone à faible émission délimitée par l’A86, elle veut même aller plus loin en interdisant, à la même date, tous les véhicules à motorisation thermique. Un objectif qui concernera à terme, en 2040, toute la région. 
Si ces politiques sont ambitieuses en terme environnemental, elles génèrent aussi leur lot d’angoisses et de difficultés pour les habitants les plus modestes de la région. Sans un accompagnement puissant pour aider à l’achat de véhicules plus propres et une amélioration du maillage du territoire au niveau des transports en commun, cette politique pourrait voir se multiplier les résistances. Et puis, reste une question de fond absolument centrale à laquelle il faudra répondre: quelle est la motorisation alternative qui parviendra à supplanter le moteur thermique ? Si beaucoup soutiennent le développement des moteurs électriques, n’émettant aucun CO2 à l’usage, ces moteurs posent toutefois de vraies problématiques (pollution générée par les batteries depuis l’extraction des matières premières jusqu’au recyclage final, autonomie limitée, etc.). 

L’essor des mobilités durables

Au-delà du super métro et de ces premières mesures restrictives pour les moteurs thermiques, la région Île-de-France devrait aussi voir son visage évoluer avec l’émergence de nouveaux modes de déplacement. Les récentes grèves à la SNCF et à la RATP l’ont montré : les équipements favorisant la « micro-mobilité », c’està- dire les trottinettes, vélos et autres mono-roues – pratiques pour les petits déplacements – ont le vent en poupe. Et ils s’avèrent d’autant plus nécessaires que le futur réseau de transport en commun ne suffira pas à absorber l’ensemble des voyageurs qui utilisent aujourd’hui leur voiture.
S’il n’est pas nouveau, cet essor de nouvelles mobilités s’accélère depuis quelque temps, bien aidé par des politiques publiques volontaristes : développement d’aménagements cyclables (+35 % dans la région entre 2016 et 2019), instauration d’un forfait mobilité durable remplaçant l’indemnité kilométrique vélo (indemnité désormais plafonnée à 400 € par an et étendue aux trajets domicile-travail en covoiturage), renforcement des moyens de transport en libre-partage (« Vélib », trottinettes, automobiles et scooters…) et des parkings aux abords de Paris, aide à l’acquisition de vélo électrique, etc. 
De nouveaux modes de transport pourraient aussi voir le jour dans les années à venir. On pense par exemple aux navettes électriques et autonomes (sans chauffeur) déjà expérimentées à La Défense et à Rueil-Malmaison ou encore aux taxis volants sur la Seine « Sea Bubbles ». D’autres solutions, comme le télétravail et les espaces de co-working aux abords des gares, devraient aussi se développer et rendre la région Île-de-France plus verte, en désengorgeant son réseau de transport en commun tout en limitant la pollution atmosphérique. Autant de défis dont, il y a fort à parier, on reparlera d’ici 2040...

CHIFFRES-CLÉS

  • 1h24, c’est le temps moyen passé par les actifs dans leurs trajets domicile-travail.
  • 41 % des trajets domicile-travail sont réalisés en transport en commun, contre 36 % en voiture. L’usage de la voiture pour les trajets domicile-travail est plus élevé en grande couronne (55,1 %) qu’à Paris (10 %), où le réseau de transport en commun est plus dense.
  • 600 km de voies sont dédiées aux RER et 903 km aux trains, 206 km aux lignes de métro et 116 km aux tramways.
  • Près de 7 000 places « Véligo » sont disponibles dans une centaine de gares.
  • 640 000 voyageurs circulent en moyenne aux heures de pointe sur la ligne A du RER, la ligne la plus dense d’Europe. Soit plus que la population de la ville de Lyon !
  • 27%, c’est la contribution des voyageurs au budget de fonctionnement des transports franciliens depuis la mise en place du pass Navigo toutes zones.

Sources : Commissariat général au développement durable (Chiffres clés du Transport, 2019), enquête globale transport pour IDF Mobilités (EGT, 2010)

Fabian Tosolini, chargé de mission à l’Union régionale, est président CFDT  du Comité des partenaires du transport public en Île-de-France (CPTP)

interview

Fabian Tosolini, chargé de mission à l’Union régionale, est président CFDT du Comité des partenaires du transport public en Île-de-France (CPTP).

Quel est le rôle de ce comité ?

Le CPTP est une instance consultative qui réunit des organisations syndicales et patronales, des associations d’usagers ou encore des représentants de collectivités. Son rôle est d’émettre des avis pour le conseil d’administration d’Île-de-France (IDF) mobilités. Ces avis peuvent concerner l’offre et la qualité des services de transport mais aussi les orientations en matière de politique tarifaire ou de développement du réseau.

Que défend la CFDT au sein du CPTP ?

Depuis que nous avons la présidence et ce pour 18 mois, notre objectif est de dynamiser cette instance, avec des débats plus participatifs et des avis plus détaillés. Sur le fond, nous avons quelques gros chantiers avec l’ouverture à la concurrence des réseaux ferré et routier de transport de voyageurs (c’est-à-dire le réseau privé de bus en petite et moyenne couronnes). Un dossier sur lequel nous avons associé le Syndicat général des transports centre francilien (SGTCF-CFDT). Notre volonté est de promouvoir un label social, ce qui a été obtenu par la CFDT en Bretagne, afin que les opérateurs qui fournissent une prestation pour le Conseil régional s’engagent socialement pour les travailleurs du secteur comme pour les usagers.

Sur le GPE, le CPTP est-il consulté ?

Dans le cadre du GPE, IDF Mobilités n’est pas le maître d’ouvrage des nouvelles lignes du réseau et n’a donc pas voix au chapitre, mais il l’est en revanche, avec la RATP, pour le prolongement de la ligne 14. Pour la future liaison « CDG Express » entre Paris et Roissy, le CPTP a aussi demandé que le RER B ne soit pas impacté par les travaux et qu’une fois le chantier terminé, la ligne reste prioritaire en cas de perturbations. Un avis fort qui a été suivi par IDF Mobilités !
Dans le futur, le CPTP sera par ailleurs invité à se positionner sur les appels d’offres pour l’exploitation des nouvelles lignes de métro, qui ne seront pas forcément gérées par la RATP ou la SNCF.

tunnelier-champigny-sur-marne
tunnelier-champigny-sur-marne Au cœur du chantier de Champigny-sur-Marne, où un tunnelier, gigantesque train-usine de près de 100m de long et 10 m de diamètre, est chargé de creuser le tunnel de la future ligne 15. © Société du Grand Paris / Gérard Rollando

ZOOM SUR UNE INITIATIVE LOCALE

Regroupées depuis septembre dernier dans le collectif «vélotaf CFDT», une dizaine de sections CFDT issues des principales entreprises de Vélizy-Villacoublay, Châtenay-Malabry, Clamart et Le Plessis-Robinson ont décidé d’unir leurs efforts pour développer les déplacements doux au sein de ce bassin d’emploi, à cheval entre les Yvelines et les Hauts-de-Seine. En résonance avec le Pacte du pouvoir de vivre, ce collectif entend défendre les intérêts des quelque 2 000 « vélo-taffeurs » et autres adeptes de trottinette de la zone. «Si les employeurs, avec la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), les communes et intercommunalités, ont développé des ‘clubs d’entreprise’ pour coordonner leurs actions sur les thèmes des déplacements, du logement ou des services aux entreprises, les représentants de salariés n’ont pour l’heure la parole qu’au sein de leur entreprise et sur un nombre de sujets restreints, explique Hervé Mangeol, élu CFDT dans l’entreprise MBDA et militant au sein du collectif. Ainsi, il est difficile de savoir qui fait quoi. C’est pourquoi nous avons décidé d’interpeller les candidats aux élections municipales dans les villes concernées – soit plus de 80 listes au total – pour connaître leurs engagements en faveur des mobilités douces».

Trois axes de revendications ont déjà été identifiés par le collectif :

  • la sécurisation des cyclistes et de leurs vélos avec notamment la création de pistes cyclables sûres et de parkings couverts ;
  • la mise en place de douches au sein des établissements pour pouvoir se changer en arrivant ;
  • Le développement des flottes de vélos à disposition des salariés, d’aides financières pour l’achat d’un vélo traditionnel ou électrique et l’incitation à utiliser ce mode de transport (via la généralisation du forfait mobilité durable).

    Plus d’infos 

    sur le compte Twitter @VelotafCFDT ou par email cfdt.velos.velizy@gmail.com

Ces articles peuvent également vous intéresser