Interview d'Amélie Verdier, directrice générale de l’ARS Île-de-France

  • Protection sociale et santé

Créées en 2010, les Agences régionales de santé (ARS) assurent le pilotage de la santé à l’échelle régionale. Parmi leurs volets d’intervention, la perte d’autonomie. Amélie Verdier, directrice de l’ARS Île-de-France, nous explique comment est structurée cette prise en charge.

Comment comptez-vous faire face à la perte d’autonomie ?
Si l’Île-de-France est une région plus jeune que la moyenne, elle compte près de 850 000 habitants de plus de 75 ans et leur part dans la population francilienne augmente chaque année. Le nombre de personnes âgées dépendantes devrait augmenter de 23 % d’ici à 2030. C’est un immense défi de se préparer à cette évolution, avec un secteur médico-social dédié aux personnes âgées qui connaît des problèmes structurels, notamment du fait du manque de ressources humaines et des difficultés d’accès aux soins.
L’ARS Île-de-France est engagée dans la structuration des parcours en santé des personnes âgées pour apporter une réponse graduée et adaptée aux différentes pathologies et aux différents âges, en structurant la coordination des professionnels et en favorisant la continuité des parcours notamment entre le domicile, l’hôpital et les maisons de retraite. Nous soutenons également des dispositifs
d’appui à la coordination des parcours complexes pour favoriser le maintien à domicile et faciliter les relations entre les différents professionnels qui interviennent auprès des personnes âgées. Les dispositifs d’appui à la coordination (DAC), ce sont près de 400 professionnels médicaux, paramédicaux et sociaux dédiés et financés à hauteur de 34 millions d’euros annuels par l’ARS. L’Agence a aussi contribué au renforcement et à la structuration de l’action des filières de soins et des équipes mobiles gériatriques intervenant au domicile des personnes et en Ehpad pour limiter les passages aux urgences. Les missions des Ehpad évoluent d’ailleurs vers un appui aux professionnels et le déploiement d’un accompagnement renforcé au domicile. L’Agence est engagée dans cette évolution avec la désignation récente d’Ehpad territoriaux et de services renforcés à domicile.

“Attirer, former et fidéliser les professionnels de santé”

Quelle place prend la perte d’autonomie dans le plan régional de santé ?
Fruit d’un travail collectif mené par l’ARS en collaboration avec nos partenaires institutionnels et les professionnels de santé, le Plan régional de santé (PRS) 2023-2028 est en cours d’élaboration. L’autonomie y occupera une place centrale. Attirer, former et fidéliser les professionnels de santé sera également l’une des priorités de ce PRS et se traduira concrètement dans nos actions avec le Conseil régional, l’Assurance maladie et Pôle emploi.

L’ARS pilote la Conférence régionale de la santé et de l’autonomie (CRSA). Quel est l’objectif poursuivi ?
La CRSA a vocation à porter la voix des usagers et à donner un avis sur les politiques menées par l’ARS, fruit des échanges entre tous les acteurs impliqués dans le système de santé. Deux actions emblématiques : la création d’une commission dédiée à la santé mentale, qui anime la réflexion entre les représentants de la CRSA et organise un événement régional annuel pour favoriser la déstigmatisation et l’implication des usagers. L’ARS a également mobilisé la CRSA en amont des actions de soutien aux établissements de santé durant les épisodes de tensions.

Vous avez pris vos fonctions un peu avant le scandale Orpéa. Comment agissez-vous pour le contrôle des établissements ?
Dès la parution du livre de Victor Castanet, Les Fossoyeurs, j’ai diligenté une inspection de l’Ehpad mis en cause. En 2022, l’ARS a réalisé 130 inspections et contrôles dans le cadre du programme entamé en février 2022, en étroite collaboration avec les conseils départementaux. D’ici à fin 2023, 50 % des établissements franciliens auront été contrôlés, sur la base d’un ciblage élaboré avec les conseils départementaux. Nous avons par ailleurs engagé un plan d’investissement immobilier de 127 millions d’euros entre 2021 et 2024 pour humaniser les Ehpad et renforcer l’accès aux soins. L’Agence a par ailleurs été la première à co-financer la création de solutions de logement pour les soignants, en incluant celles et ceux exerçant en établissements médico-sociaux. C’est un levier de fidélisation. 1 600 solutions de logements ont d’ores et déjà été cofinancées sur l’enveloppe de 50 millions d’euros sanctuarisée par l’ARS dans le cadre du Ségur investissement.

Ces articles peuvent également vous intéresser