Jeux olympiques et paralympiques en Île-de-France: où en est-on ?

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Les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 vont-ils transformer durablement l’Île-de-France ? Permettront-ils, notamment, de créer des infrastructures pérennes et utiles pour la population et des emplois de qualité et de proximité ? Le point sur les aspects sociaux et environnementaux de la préparation de cet événement.

Visite de l’Arena Porte de la Chapelle par les membres du comité  de suivi de site de Paris

Visite de l'Arena Porte de la Chapelle par les membres du comité de suivi de site de Paris.

 

C’est le rendez-vous sportif par excellence ; il a lieu seulement tous les quatre ans, dans un endroit du monde choisi par un jury après de longues délibérations : les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris se tiendront en juillet 2024 dans différents lieux d’Île-de-France et notamment en Seine-Saint-Denis. Ce département accueillera, entre autres, le cluster des médias (Le Bourget, La Courneuve) et le village des athlètes (Saint-Ouen, Saint-Denis).
Dès 2018, pour préparer cet événement dans le respect de la qualité de l’emploi et de l’environnement, une charte sociale a été signée par les organisateurs, Paris 2024 (Comité d’organisation des Jeux olympiques) et les partenaires sociaux.

Héritage social et transition écologique

La CFDT, aux côtés de la CFTC, la CFE-CGC, la CGT et FO et des trois organisations patronales « est rentrée dans l’opération avec la volonté qu’il y ait un avant et un après. Il s’agit de montrer que l’on peut organiser un grand événement en respectant le social et l’environnement, de manière à laisser une sorte d’héritage social, qui profitera aux nouvelles générations », souligne Luc Martinet, secrétaire confédéral, membre du comité de suivi de la charte sociale.
L’idée est donc de « produire » un événement exemplaire : la qualité de l’emploi est ainsi examinée sous l’angle territorial, des conditions de travail, du développement des compétences ou encore de la sécurisation des parcours professionnels des salariés et des bénévoles. Côté environnement, deux vecteurs sont essentiels : l’écoconstruction d’une part et la pérennité des bâtiments après la fin de l’événement, de l’autre. « Il s’agit d’utiliser le sport comme moteur du développement social et solidaire », explique Michel Cadot, délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques (propos recueillis dans le cadre de son interview ).

Des comités de suivi

Cinq comités de suivi de site ont été mis en place : village olympique et paralympique ; installations de la plaine Saint-Denis ; cluster des médias ; installations de Paris et marina de Marseille, site, avec Tahiti pour le surf, dédié aux épreuves en mer.
Sur l’ensemble de ces sites, « les engagements pris par la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques) sont applicables à tous les porteurs de projet et aux maîtres d’ouvrage publics et privés », note Diego Melchior, secrétaire général de l’Union régionale Île-de-France. Des indicateurs très concrets doivent être respectés par l’ensemble des entreprises : 10 % des heures de travail réalisées doivent l’être en insertion. Encore un autre indicateur : 25% des marchés doivent être confiés à des TPE de proximité.
Ces chiffres seront contrôlés à partir d’une cartographie des emplois établie par le centre de droit et d’économie du sport et le cabinet Amnyos en 2019. Selon cette cartographie, les JOP permettront de mobiliser 150000 emplois directs et entre 119000 et 247000 emplois indirects.

Points de vigilance

S’il est trop tôt pour mesurer avec précision le respect des indicateurs sociaux, la CFDT a déjà alerté sur certains points auxquels il faudrait prêter une attention particulière : « malgré la cartographie des emplois établie, certains métiers sont en manque d’effectifs, notamment dans l’événementiel, l’hôtellerie-restauration et la sécurité. Nous sommes donc particulièrement vigilants sur l’appel à des prestations internationales. Il ne faudrait surtout pas qu’elles se substituent au travail local », poursuit Diego Melchior.
Concernant l’environnement, le regard d’ensemble n’est pas non plus évident, d’autant plus que les entreprises doivent faire face à une pénurie de certains matériaux. « Certains projets ont d’ores et déjà été abandonnés comme la passerelle éco-conçue à Saint-Denis, dont le budget a été revu à la baisse », précise Raphaël Breton, secrétaire général de la CFDT de l’Est francilien.
Léger brouillard sur la vision à long terme, certes, mais bonne nouvelle au présent : tous les partenaires sociaux travaillent main dans la main sur ces dossiers. « La dimension sociale et environnementale est fondamentale pour les organisations de salariés. Pour les patronales, c’est la dimension économique qui prévaut, mais l’ambition est partagée, tout le monde a intérêt à ce que la charte soit respectée », note Luc Martinet.

Karima Mohand et Raphaël Breton, représentants CFDT dans les comités de suivi des sites de Paris et de Seine-Saint-Denis

Interview

Karima Mohand et Raphaël Breton, représentants CFDT dans les comités de suivi des sites de Paris et de Seine-Saint-Denis.

Quand ces comités ont-ils été mise en place ?
Karima : Pour le site de Paris et du village des athlètes, la première réunion a eu lieu en novembre 2021. La CFDT était la seule organisation syndicale présente. La Solideo nous fait parvenir des informations qui nous permettent de vérifier certains paramètres. Nous effectuons également des visites de sites, notamment celui d’Arena Porte de Chapelle. La prochaine réunion aura lieu avant la fin de l’année. 
Raphaël : Les comités de suivi du département se sont mis en place début 2021. Nous y sommes nombreux : partenaires sociaux, entreprises impliquées… 

C’est une gigantesque revue de chantier. Quels sont les sujets abordés ? 
Karima : À Paris, l’emploi est prioritaire car les infrastructures sont déjà en place, et doivent simplement être rénovées. Nous vérifions la sécurité et le temps de travail des salariés. Les heures d’insertion sont recensées par un organisme tiers, l’Epec (Ensemble Paris emploi compétences).
Raphaël : Nous examinons les clauses d’insertion, les contrats avec les entreprises de l’économie sociale et solidaire, les causes des accidents du travail. Nous surveillons aussi la dimension environnementale de la construction des bâtiments destinés à devenir à terme un nouveau quartier de 10000 habitants. 

Sur quels points êtes-vous particulièrement vigilants ? 
Karima : Les futurs recrutements m’inquiètent. Les métiers de l’insertion sont en déficit. Alors, qui va faire le recrutement, et comment, notamment dans la sécurité et l’hôtellerie-restauration ? 
Raphaël : Certains employeurs voudraient avoir recours à des entreprises étrangères, en s’appuyant sur les difficultés de recrutement dans notre région. Nous leur répondons que s’ils offrent de bonnes conditions de travail, ce problème n’existera pas. Nous sommes d’ailleurs soutenus par la préfecture de Saint-Denis et le délégué interministériel, qui s’opposent eux aussi au recours à des entreprises détachées.

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