Jeux olympiques : premiers retours d’équipes

  • Transport et territoire

Les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) ont mobilisé un grand nombre de travailleurs cet été en Île-de-France. Les conditions de travail ont-elles été correctes pour eux ? Ont-ils obtenu des primes ou des bonus pour leur engagement ? Avant de pouvoir tirer un bilan social complet, des représentants syndicaux du Comité d’organisation des JOP, de la police municipale, des chauffeurs VTC et de la propreté, témoignent.

© Simone Perolari

Organisation des Jeux olympiques et paralympiques
Deux élus CFDT au CSE du Comité d’organisation des jeux olympiques et paralympiques (Cojop) expliquent comment ont eu lieu les négociations dans une entreprise à durée de vie limitée.

“Lorsque nous avons été élus au CSE en 2022, personne n’était syndiqué mais nous avons choisi la CFDT pour nous accompagner car nous partagions ses positions. C’est d’ailleurs la seule organisation qui était présente à Paris 2024. Nous étions conscients que nous devions faire vite : les salariés savaient que l’aventure prendrait fin en 2025 au plus tard et nous posaient des questions. Nous sommes passés de 100 salariés en 2018 à 1500 en 2022 et 4200 fin 2023 ! Toutes les embauches avant mars 2023 ont été faites en CDI. Nous avons négocié les accords d’entreprise classiques sur le temps de travail et les congés en juillet 2022. Nous avons réussi à obtenir une prime inflation en décembre 2022, créé des commissions égalité femmes-hommes, santé au travail, formation, une association sportive, monté un service de conciergerie… Le dialogue social était de qualité, ce qui nous a aidé lorsque, très rapidement, il a fallu se pencher sur le Plan de sauvegarde de l’emploi, dès début 2023.Nous avons été accompagnés par des avocats qui nous ont aidés à éplucher les documents comptables et financiers, à comprendre les enjeux. Nous nous réunissions tous les 15 jours mais la pression montait. Alors, fin 2023, nous nous sommes enfermés avec la direction pendant trois jours pour parvenir à un accord satisfaisant, dont nous sommes fiers. Il a été présenté aux salariés en janvier 2024. Dans les grandes lignes, l’accompagnement se fait selon deux typologies de besoins : pour ceux qui ont peur de ne plus trouver du travail ou qui veulent être reclassés, un accompagnement individuel par un cabinet spécialisé sera mis en place toutes les semaines pendant six mois. Pour les autres, l’accord prévoit un départ classique sans obligations ou avec des aides spécifiques pour des formations, la création d’entreprise…Nous avons également été préparés au départ grâce à un cycle de conférences d’experts. Le départ demeure un moment difficile – nous ne sommes plus que 700, les derniers départs auront lieu en 2025 – mais il faut savoir tourner la page. Nous gardons la satisfaction du travail bien fait, au niveau professionnel comme syndical. Cela a été intense, parfois ingrat, toujours passionnant. Et nous avons été très souvent remerciés.”

Police municipale
Thierry Nicolazo, représentant CFDT de la police municipale de Paris, témoigne du vécu des agents pendant la période des JOP.

La période s’est très bien passée pour l’ensemble des agents mobilisés, environ 1800 sur les 2500 agents opérationnels et 50% des agents administratifs. Seul moment un peu compliqué : la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques car les agents sont restés statiques sous la pluie pendant huit heures, sans relais ni de quoi boire, et ils n’en ont pas l’habitude.
Beaucoup d’entre eux toucheront la prime, négociée en amont, de 1900 euros brut pour la plus élevée jusqu’à 600 euros pour la plus basse. La prime de 1900 euros brut sera attribuée aux agents remplissant un ensemble de conditions : avoir été présents du 15 juin au 15 septembre, sans prendre de RTT et aucun jour de congé pendant la tenue des JO d’abord et des JP ensuite, mais aussi avoir effectué des heures supplémentaires sur des retours hebdomadaires (les jours de repos, ndlr).
Malheureusement, certains agents ont voulu faire des heures supplémentaires mais ils n’ont pas été acceptés car le nombre d’agents volontaires était suffisant. Or ils remplissent presque toutes les conditions. Les agents administratifs attendent aussi des éclaircissements sur leur droit à cette prime. Nous irons ensuite négocier pour quelques cas particuliers.

Chauffeurs VTC
Ali Lemmouchi, représentant d’Union-Indépendants, souligne les grandes difficultés rencontrées par les chauffeurs VTC durant les Jeux.

Les Jeux ont été une catastrophe pour nous. Nous avons perdu entre 40 et 60% de notre chiffre d’affaires. Paris s’est vidé de ses habitants mais les touristes n’étaient pas au rendez-vous pour compenser. Les quelques touristes qui étaient là avaient dépensé beaucoup d’argent pour acheter les places et ils ont opté pour les transports en commun.
La préfecture ne nous a pas aidés non plus. En dépit d’un ordre préfectoral qui nous donnait accès aux sites de compétition, sur place, les forces de l’ordre ne nous ont pas laissé circuler. Je peux en témoigner personnellement car j’ai dû déposer mes clients loin des sites, pour la cérémonie d’ouverture, mais aussi lors de la finale des 100 mètres ou pour les compétitions équestres à Versailles. Mes clients n’ont pas eu d’autre choix que de marcher, parfois sous la pluie, d’autres sous le cagnard. Évidemment, ça les a dissuadés d’emprunter à nouveau des VTC pour se déplacer.
Tous les chauffeurs sont mécontents. Certains d’entre eux sont venus d’autres régions pour travailler. Ils ont loué des chambres d’hôtel ou des appartements pour se loger. Pour eux la perte financière est énorme. Ils ne savent pas s’ils pourront s’en remettre. Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation, les taxis et les hôteliers n’ont pas eu de bons résultats. Nous espérons donc obtenir un dédommagement de la part de l’État, mais rien n’est moins sûr…

Propreté
Mustapha Sacko, délégué syndical dans une entreprise du secteur de la propreté, insiste sur le recours aux intérimaires et aux heures supplémentaires.

Pendant les JO, j’ai été responsable du nettoyage d’un des dépôts de bus, à Aulnay-sous-Bois, d’où partaient plus de 1000 bus. Globalement, pour les salariés, cela s’est bien passé. Mais nous n’étions que deux ou trois CDI par site, et notre rôle a surtout été d’encadrer les nombreux intérimaires qui ont été embauchés pour les JO.
Nous avons beaucoup travaillé, avec des horaires de 21h à 4h du matin, quand d’habitude, mes horaires sont plutôt de 19h à 2h. Nous avons fait des heures supplémentaires et travaillé par roulement les samedi et dimanche. Nous avons aussi reçu une prime, sachant que nos salaires sont bas.

Ces articles peuvent également vous intéresser