Karine Léger, directrice générale d’Airparif
En Île-de-France, la qualité de l’air est un enjeu environnemental de premier ordre et une véritable question de santé publique. Karine Léger, directrice générale d’Airparif, association en charge de son observation et de son contrôle, revient sur le rôle de l’organisme et sur les principaux leviers d’action.
Quelles sont les missions de votre association ?
En France, la loi sur l’air de 1996 a confié le rôle réglementaire d’observation et de suivi de la qualité de l’air à des associations indépendantes. Il s’agit de poser un diagnostic et de partager l’information sur ce sujet très technique et parfois très sensible qui a un impact sur la santé, l’économie, la politique, le droit… Le pilotage de notre organisme intègre l’ensemble des parties prenantes : État, collectivités locales, Île-de-France Mobilités, entreprises du secteur, associations de protection de l’environnement, personnes qualifiées. Airparif s’attelle aussi à anticiper les problématiques émergentes : liens entre pollution de l’air et changement climatique, particules ultrafines ou pesticides…
Quels constats faites-vous sur la qualité de l’air en Île-de-France ?
La particularité de l’Île-de-France, à la fois en France et en Europe, réside dans sa densité de circulation et d’urbanisation. Si la pollution industrielle y a considérablement baissé, les deux sources de pollution principales sont le trafic et le chauffage au bois résidentiel. La pollution liée au trafic concerne surtout l’agglomération parisienne où le niveau de pollution est soutenu, avec toutefois des améliorations notables depuis quelques années. Mais il faut savoir qu’un après-midi de chauffage au bois équivaut à cinq allers-retours Paris Marseille en voiture diesel!
Au sein de la région, les densités urbaines varient également considérablement. Notre région est, avec la région Lyonnaise, la seule à être en contentieux avec le Conseil d’État pour non-respect des valeurs limites de qualité de l’air en dioxyde d’azote préconisées par l’OMS.
“Les politiques publiques permettent d’obtenir rapidement des résultats.”
Dans une étude récente menée en partenariat avec l’Observatoire régional de la santé (ORS), vous publiez des chiffres alarmants sur les maladies liées à la pollution. Pouvez-vous nous en dire plus ?
La pollution est responsable de 8000 morts par an en Île-de-France. Entre 10 et 20% des nouvelles pathologies vasculaires et 5% des affections respiratoires sont liées à la pollution. Ces pathologies dont le coût est de 2,1 milliards d’euros chaque année, pourraient être évitées si l’on respectait le seuil de pollution indiqué par l’OMS. L’étude ne tient pas compte d’autres maladies du système neurologique ou des troubles du spectre autistique du fait de l’absence de données sanitaires disponibles mais elle estime que les politiques mises en place pour améliorer la qualité de l’air, notamment pour poursuivre la baisse des émissions du trafic routier, pourraient permettre, à l’échéance de 2030, d’éviter une partie de maladies chroniques.
Quelles sont les actions à conduire pour réduire la pollution atmosphérique ?
Il faut d’abord rester mobilisés sur le sujet car la pollution est à la source d’importantes inégalités sociales. L’Europe peut porter ce message dans un contexte mondial de remise en cause profonde des questions environnementales. C’est aussi un enjeu d’attractivité pour la région elle-même. Les politiques publiques permettent d’obtenir rapidement des résultats : les normes européennes et françaises ont entraîné la baisse de 50 % des substances polluantes en 50 ans. Établir des zones à faibles émissions, favoriser les transports en commun… Toutes ces mesures vont dans le bon sens.
La transparence de l’information et les actions d’accompagnement sont essentielles. Il est indispensable aussi de sensibiliser les acteurs : entreprises, pouvoirs publics, citoyens et, bien sûr, partenaires sociaux.