L’action sociale fragilisée en Île-de-France

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Alors que la précarité touche de plus en plus de ménages en Île-de-France et que les besoins sociaux augmentent, des coupes budgétaires dans les dotations des collectivités territoriales fragilisent l’action sociale et font augmenter les inégalités et les risques d’exclusion. Syndicats et mandatés de la CFDT dans la région mènent de concert un combat contre cet état de fait. Pour la CFDT, l’action sociale n’est pas un coût mais un investissement.

Notre région est sans doute riche, mais elle peut présenter aussi de grandes disparités territoriales et inter-générationnelles : 17 % des Franciliens de moins de 65 ans et 24 % des moins de 20 ans sont en situation de précarité financière d’après une étude de l’Institut Paris Région en 2017. La précarité énergétique touche 25 % des ménages franciliens qui dépensent plus de 8 % de leur budget dans l’énergie (Énergies Demain, 2022). Le taux de pauvreté varie du simple au triple selon les départements.
L’action sociale territoriale, c’est-à-dire l’ensemble des interventions, publiques ou associatives, menées pour répondre aux besoins sociaux des populations, vise à atténuer ces disparités pour permettre à la majorité des ménages de vivre dignement. Or elle traverse aujourd’hui de grandes difficultés.

Coupes budgétaires, baisse des subventions…

Considérée trop souvent comme un coût, l’action sociale fait partie des dépenses auxquelles on renonce en priorité lorsque des politiques d’austérité sont mises en place : Loi de finances 2025 avec une baisse globale des dotations aux collectivités territoriales, Loi de finances 2026 avec une baisse de financement de la mission Travail et emploi de 11,5 % et du contrat d’engagement Jeune de 5 %, une baisse des subventions pérennes aux acteurs de l’aide sociale en provenance de collectivités ter-ritoriales… Les politiques d’austérité nationales et locales se cumulent.
Indirectement, ces coupes budgétaires touchent aussi les associations engagées dans l’action sociale. Selon l’étude « Santé financière des associations » du Mouvement associatif publiée en avril 2022 (voir interview ci-dessous), 45 % des subventions renouvelées en 2025 sont en baisse et 20 % ont vu leur montant chuter de plus de 20 %. Les petites structures locales sont les plus touchées notamment parce qu’elles manquent de ressources pour répondre à des appels à projets de plus en plus complexes.
Un problème important quand on sait, par exemple, que le Fonds de développement des valeurs de l’action sociale (FDVA 2), géré par la Région Île-de-France, repose désormais sur des appels à projets avec des critères stricts, remplaçant progressivement les subventions de fonctionnement.
Ce type de dispositif qui privilégie les financements ponctuels dépendant d’un appel d’offre plutôt que les subventions pérennes a été critiqué par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui, dans son avis « Renforcer le financement des associations : une urgence démocratique », adopté à l’unanimité le 28 mai 2024, alerte sur l’urgence de réformer le financement associatif pour le rendre pérenne, notamment via une pro-grammation pluriannuelle des subventions.

Retards, débordements et surchauffe

Les services sociaux sont impactés par les restrictions financières de plusieurs manières. Tout d’abord, ils manquent de moyens, alors que la demande ne cesse d’augmenter. « Depuis 2005, la pauvreté en Île-de-France n’a cessé de progresser, notamment chez les jeunes, les familles monoparentales et les travailleurs pauvres. Les aides sociales, bien que renforcées ponctuellement, ne suivent pas le rythme de l’explosion des besoins. Les budgets alloués aux services sociaux locaux stagnent ou baissent, alors que les coûts de l’accompagnement augmentent », explique Aurélie Lagaville, secrétaire générale adjointe de la CFDT Île-de-France, en charge du dossier protection sociale.
« En Île-de-France, les 59 missions locales sont déjà sous pression, soumises à des modes de financement “à la performance”. Nous sommes très inquiets, notamment parce que la qualité de l’accompagnement des jeunes de 16 à 25 ans se dégrade », déplore de son côté Maryam Maman, mandatée au conseil d’administration et salariée depuis 2005 de la mission locale de Paris. Les agents et salariés eux-mêmes ont des conditions de travail dégradées : plans de réduction d’effectifs, services interrompus, surchauffe, burn-out… Sous-payés, ils réclament une réelle revalorisation de leurs salaires et une reconnaissance de leurs métiers d’éducateurs, responsables de l’insertion, travailleurs sociaux… Pour la CFDT Île-de-France qui accompagne ces équipes, « l’action sociale n’est pas un coût, c’est un investissement ». Sans elle, la précarité devient une bombe à retardement sociale.

Ce que demande la CFDT Île-de-France

  • Renforcer les effectifs dans les services sociaux publics et associatifs
  • Revaloriser les salaires des travailleurs sociaux, souvent en dessous de la moyenne nationale
  • Réformer les indicateurs de performance : priorité à la qualité de l’accompagnement, pas à la quantité de dossiers traités
  • Soutenir les associations locales avec des financements stables et prévisibles
  • 550-Mickaël Huet,Délégué général, Le Mouvement associatif

    Interview

    Mickaël Huet, Délégué général, Le Mouvement associatif

    Quels sont les défis les plus urgents ?

    Les associations du champ social font face à une tension croissante. Les besoins augmentent, avec davantage de précarité, d’isolement et de difficultés d’accès aux droits. En Île-de-France, elles sont souvent en première ligne pour y répondre. Dans le même temps, leurs conditions d’action se fragilisent. Les enquêtes du Mouvement associatif montrent que près d’une association sur deux se dit aujourd’hui en difficulté financière et, parmi les associations employeuses, près d’un tiers n’ont pas plus de six mois de visibilité sur leur trésorerie.
    À cela s’ajoute une préoccupation qui monte dans beaucoup de réseaux : celle des libertés associatives. On voit apparaître des situations de mise sous pression ou de conditionnement de financements. Or les associations ne sont pas seulement des opérateurs de politiques publiques. Elles font aussi vivre le débat démocratique. Leur capacité à agir et à s’exprimer librement fait partie de l’équilibre de notre démocratie.

    Comment votre mouvement accompagne-t-il les structures ?

    Les travaux que nous menons montrent une transformation progressive du financement des associations. La part des subventions publiques a nettement reculé : plus d’un tiers des ressources au début des années 2000, autour d’un quart aujourd’hui. Les logiques d’appels à projets se sont développées, avec des financements souvent plus courts et plus incertains.
    Notre rôle, au Mouvement associatif, est de rendre cette réalité visible et de porter un plaidoyer pour sécuriser les modèles économiques associatifs. Nous cherchons aussi à mieux faire comprendre au grand public ce que les associations apportent à la société. Avec près de 1,5 million d’associations et plus de 20 millions de bénévoles, elles font vivre la solidarité au quotidien dans les territoires. L’enjeu est aujourd’hui de passer d’une évidence silencieuse à une force visible.

    Comment travailler ensemble ?

    La première chose est de reconnaître la place des associations dans notre modèle social. Avec 160 000 associations employeuses et près de 1,8 million d’emplois, elles constituent un acteur majeur de la cohésion sociale. Renforcer l’action sociale suppose donc de renforcer les associations : par des financements plus stables, des relations de confiance avec les pouvoirs publics et une meilleure reconnaissance de leur capacité d’innovation. Face à l’accumulation des défis sociaux, la réponse ne peut être que collective. Elle suppose de renforcer encore les alliances entre associations, pouvoirs publics, fondations, entreprises et l’ensemble des acteurs engagés. Les associations ont depuis longtemps montré leur capacité à inventer des solutions et à construire des coopérations durables. Encore faut-il leur donner les moyens d’agir dans la durée.

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