Le Ceser, maillon essentiel de la démocratie régionale

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Menacés de devenir « facultatifs » dans le cadre du projet de loi de simplification de la vie économique, les conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux (Ceser) ont frôlé une remise en cause majeure. Si la proposition a été retirée de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale en janvier dernier, l’alerte demeure. Au Ceser Île-de-France, quatre conseillères et conseillers défendent le rôle irremplaçable de cette assemblée consultative.

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Ceser Île-de-France ©Sabrina Budon

 

«Le Ceser n’est pas facultatif.» D’emblée, Philippe Lengrand, chef de file de la délégation CFDT (deuxième collège) et président de la commission Emploi, formation, parcours professionnels, pose le cadre. «Créé il y a plus de 50 ans, le Ceser est une assemblée consultative chargée de rendre des avis et d’évaluer les politiques publiques. Un maillon essentiel de la démocratie sociale.»
Pour lui, démocratie politique et démocratie sociale ne s’opposent pas : elles se complètent. Si les décisions reviennent aux élus régionaux, leurs choix s’appuient sur des travaux nourris par la société civile organisée. Rendre les Ceser optionnels reviendrait, selon lui, à fragiliser cet équilibre.

Une intelligence collective issue des territoires

Sylvaine Baehrel, représentante de la FCPE régionale (fédération de parents d’élèves, troisième collège) et présidente de la commission Éducation, insiste sur la diversité qui fait la force de l’institution. «Nos avis sont le fruit d’expériences variées, d’expertises multiples. Ils sont élaborés en commission, puis adoptés en séance plénière dans la recherche du consensus.» Les auto-saisines, explique-t-elle, naissent souvent de problématiques remontées du terrain. «Nous travaillons sur de grands sujets de société en lien direct avec les réalités des territoires franciliens.» 
Même conviction chez Élise Lachaume, représentante de la Fédération des jeunes chambres économiques d’Île-de-France (premier collège) : «Le Ceser permet de prendre de la hauteur par rapport aux activités quotidiennes de nos organisations et de réfléchir au bien commun régional.» Aménagement du territoire, transports, logement, développement économique : autant de domaines où s’exprime cette intelligence collective transversale.

Des avis qui comptent

Loin d’être théoriques, ces travaux ont des effets concrets. Les avis sur le logement du futur ou la rénovation énergétique ont contribué à faire évoluer les politiques régionales. En commission Santé-solidarités, des préconisations sur la prévention contre le VIH ont été reprises. Un rapport consacré à l’insertion des jeunes a également été salué par les élus. Géraldine Carbonell, mandatée par la CFDT, qui présentera le 30 mars 2026 un avis s’intitulant : «Comment redynamiser l’accès au logement privé en Île-de-France ?», rappelle que nombre d’avis sont sollicités par le Conseil régional sur ses grandes orientations stratégiques : schémas d’aménagement, plans de mobilité, formations professionnelles. «Nos travaux figurent dans les visas des délibérations régionales et donnent lieu à des échanges avec les élus concernés.» 
L’avis sur le budget régional constitue même une obligation légale : sans lui, le budget ne peut être voté. « Sur plusieurs dossiers, nos remarques ont été prises en compte », souligne Philippe Lengrand. En juin 2025, la Région a d’ailleurs saisi le Ceser sur les conséquences du vieillissement de la population en Île-de-France – preuve, selon les conseillers, de la place reconnue à l’expertise de l’assemblée.

Un enjeu de visibilité démocratique

Reste un défi majeur : la reconnaissance publique. Face à la légitimité issue du suffrage universel et à l’influence croissante des groupes d’intérêt, les Ceser peinent parfois à faire connaître leur action. Pour Sylvaine Baehrel, «nous avons un rôle à jouer dans la reconnaissance de notre assemblée et de nos travaux auprès des organisations que nous représentons, mais également au sein de notre entourage professionnel, familial, amical.» «Être un relais d’opinion en tant qu’instance est une bonne pratique pour se faire connaître auprès des citoyens», ajoute Élise Lachaume. 
Pour les conseillères et conseillers, l’avenir passe aussi par une meilleure diffusion des travaux – dans les médias, sur les réseaux sociaux, mais aussi au sein des organisations représentées. «Si la société civile s’empare pleinement de cet outil pour proposer et peser, alors sa notoriété suivra», estime Philippe Lengrand. Au-delà de leur statut, c’est donc la place de la société civile organisée dans la fabrique des politiques publiques régionales qui se trouve posée.

Le Ceser Île-de-France : quelle composition ?

Deuxième assemblée de la Région Île-de-France, le Ceser réunit 190 membres issus de la société civile organisée, répartis en 11 commissions et une section prospective.

  • Collège 1 : Entreprises et activités professionnelles non salariées - 61 membres
  • Collège 2 : Organisations syndicales de salariés représentatives - 61 membres
  • Collège 3 : Organismes et associations participant à la vie collective régionale - 61 membres
  • Collège 4 : Personnalités qualifiées - 7 membres

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