Lutter contre l’extrême droite : un plan d’action régional CFDT
La séquence politique inédite des européennes puis des législatives a créé une véritable onde de choc. Avec une extrême droite aux portes du pouvoir, la responsabilité de chacun est grande, celle des organisations agissant pour le renforcement de la démocratie encore davantage. La CFDT Île-de-France a donc démarré, ce mois-ci, la mise en oeuvre d’un vaste plan d’action contre les idées et le vote d’extrême droite. Premiers éléments.
Tractage contre le vote d'extrême droite le 21 juin à la gare de Melun.
Pendant toute la campagne des élections européennes, confisquées au profit d’enjeux nationaux, puis lors des semaines qui ont précédé le second tour des élections législatives, la CFDT Île-de-France s’est mobilisée pour faire barrage à l’extrême droite et à son projet, en allant à la rencontre des habitants sur plusieurs bassins de vie et d’emploi, et notamment là où le risque de victoire d’un candidat Rassemblement national était grand.
Dans notre région, quatre députés RN ont été élus, deux de plus que lors de la précédente législature : deux en Seine-et-Marne, un dans le Val-d’Oise et un en Essonne. Si le RN réalise son score le moins élevé dans notre région en comparaison au reste de la France, il progresse néanmoins sensiblement en voix par rapport aux dernières élections (voir interview ci-contre). La CFDT Île-de-France a donc rapidement réagi en organisant deux réunions d’instances extraordinaires – un comité régional et un bureau régional – pour recueillir l’avis des responsables franciliens. L’idée s’est rapidement imposée de s’engager à faire de la lutte contre l’extrême droite un fil conducteur des projets de la CFDT Île-de-France et de construire un plan d’action allant de septembre 2024 jusqu’aux prochaines échéances de 2027.
Un plan en quatre axes
« Combattre l’extrême droite, c’est d’abord regarder la société telle qu’elle est et comprendre ses transformations, explique Badiaa Souidi, secrétaire générale de la CFDT de l’Ouest francilien et responsable de la rédaction et de la mise en oeuvre du plan. Notre première mission doit être de poser un diagnostic large, avec l’aide d’experts. » Comprendre à la fois les résultats des votes et leurs motivations dans notre région, et réfléchir aux explications possibles, sans hésiter parfois à tordre le cou aux idées reçues. Parce que l’Île-de-France est une vaste région, il faudra ensuite choisir les territoires et les secteurs professionnels ciblés pour multiplier les initiatives et les débats d’appropriation (deuxième axe).
L’essentiel de la démarche repose ensuite sur une stratégie de proximité et d’association des équipes syndicales (axe 3) basée notamment sur la formation syndicale, « parce que, précise Badiaa, sur le terrain, nos militantes et militants manquent parfois d’arguments pour contrer les idées d’extrême droite et il faut aussi rappeler, s’il en est besoin, les fondements de notre syndicalisme. »
Ici, l’objectif est également de débattre en interne, au plus près des adhérents et militants, dans le cadre de collectifs ou d’assemblées. En s’appuyant, quand cela sera possible, sur des « référents extrême droite » désignés dans les équipes syndicales. Pour débattre et mener des actions de terrain, la CFDT Île-de-France comptera également des actions communes avec les associations qui agissent pour renforcer le lien social et l’éducation populaire, notamment celles engagées dans le Pacte du pouvoir de vivre en Île-de-France. La lutte contre l’extrême droite nécessite de retisser des liens et de favoriser la parole. Le dernier axe propose un suivi, un ajustement et une évaluation régulière du plan.
Repartir du travail
« Une étude récente montre le lien existant entre le manque d’autonomie au travail et l’abstention mais aussi entre le manque d’expression au travail ou encore le travail de nuit et les horaires atypiques et le vote RN, explique Diego Melchior, secrétaire général de la CFDT Île-de-France. Faire reculer le vote RN passe donc bien sûr par une action renforcée de la CFDT dans l’entreprise, sur les lieux de travail et en particulier sur l’autonomie au travail, donc sur le management mais aussi sur le partage réel de la valeur et de la décision collective ». Quand le sentiment d’abandon ou de perte de contrôle, le manque de services publics, sont constatés dans certains territoires, le coeur du combat sera d’offrir des perspectives dans le domaine qui est le nôtre.
Le Sgen-CFDT de l’académie de Créteil s’est engagé, dans l’entre-deux tours
Trois questions à Florent Ternisien, membre de l’équipe.
Pourquoi avoir fait ce choix ?
Ce que porte l’extrême droite s’oppose diamétralement aux valeurs et à la vision de la société que défend la CFDT. Dans notre champ de l’Éducation nationale, l’arrivée du RN au pouvoir aurait des conséquences désastreuses, tant pour les personnels que pour les élèves, et remettrait aussi profondément en cause notre capacité à agir en tant qu’organisation syndicale.
Quelles actions avez-vous menées ?
Nous avons réalisé un tract sur le programme du RN en matière d’éducation et les risques qu’il représente. Il a été adressé à l’ensemble des personnels de l’académie. Ensuite, nous avons pris contact avec les adhérentes et adhérents qui habitent dans les circonscriptions où une victoire du RN était à la fois possible et évitable, en leur proposant notre aide et des ressources pour aller à la rencontre
de leurs collègues ou proches.
Comment allez-vous poursuivre ?
Nous comptons bien nous inscrire dans le plan d’action de la CFDT Île-de-France. Nous sommes persuadés que la lutte contre l’extrême droite passe à la fois par l’information et par notre capacité à organiser réellement des espaces d’échange et de dialogue apaisés. C’est un vaste chantier !
Interview
Badiaa Souidi, Responsable régionale du plan de lutte contre l’extrême droite
Pourquoi un plan de lutte contre l’extrême droite ?
En tant qu’organisation syndicale, la CFDT participe à la vie de la cité et défend un projet de société qui combat les inégalités sociales et toute discrimination. Quand la CFDT défend les droits de tous les travailleurs, femmes et hommes, l’extrême droite les divise. J’en veux pour exemple les déclarations récentes d’une porte-parole de l’extrême droite soutenant l’idée qu’il y a trop de fonctionnaires pour justifier une réduction de la dépense publique. Une fois les élections passées, l’imposture sociale de ce parti qui prétend être du côté des travailleurs est manifeste.L’extrême droite est un danger pour la démocratie, pour ses institutions mais aussi pour les contre-pouvoirs que nous sommes. Il suffit de regarder le passé ou d’échanger avec nos camarades syndicalistes des pays européens où l’extrême droite est au pouvoir pour comprendre les menaces qui pèsent sur le syndicalisme.
Pourtant, le vote RN est moins élevé en Île-de-France…
Le vote RN représentait 3,58 % des voix en Île-de-France en 2022 et 17,02 % au second tour des législatives de 2024. Il ne faut pas minimiser cette progression ! Le RN a également gagné deux circonscriptions par rapport à 2022 et a été au coude-à-coude avec d’autres candidats dans certains territoires. Il a conforté son électorat notamment en grande couronne. En tant que première région de France, nous avons la responsabilité et l’obligation d’agir. L’Île-de-France a contribué à renforcer ce parti en nombre de députés mais aussi en moyens financiers car chaque voix est une ressource financière.
Comment comptes-tu associer les équipes syndicales et les accompagner ?
Après une phase d’analyse du vote, nous associerons les syndicats en leur demandant de désigner des référents ou personnes-ressources dédiés à cet engagement. Nous sommes conscients que cela peut être perçu comme une charge de travail supplémentaire pour les équipes, mais ce combat est indispensable. L’accompagnement se fera avant tout par la formation syndicale, qui est l’un des axes stratégiques de notre plan d’action. Il est indispensable de sensibiliser aux risques et aux dangers de l’idéologie de l’extrême droite, mais aussi renforcer nos argumentaires, notamment sur les questions du travail.