Cancer du sein : face au risque du travail de nuit

Publié le 09/01/2024

Le cancer du sein est la tumeur maligne la plus fréquente chez les femmes, avec 60 000 nouveaux cas chaque année. L’hérédité, l’obésité ou le tabac sont le plus souvent évoqués parmi les facteurs de risque. Mais on parle peu des causes professionnelles, parmi lesquelles le travail de nuit. Le lien avéré du travail de nuit posté avec la survenue de la maladie a pourtant été reconnu voilà plus de quinze ans. Retour sur l’initiative régionale du 20 octobre organisée autour des témoignages de militantes CFDT qui se sont battues pour faire avancer ce sujet.

L'initiative de sensibilisation était organisée dans le cadre d'octobre rose, mois de la prévention du cancer du sein

«Les femmes qui vont s’exprimer ici sont la preuve éclatante de l’utilité de notre syndicalisme pour accompagner et soutenir les salariées victimes de leur travail. » C’est avec ces paroles que Badiaa Souidi, secrétaire générale de l’Union territoriale interprofessionnelle de l’Ouest francilien et responsable régionale du dossier santé au travail, a introduit cette rencontre de sensibilisation des équipes syndicales à partir du travail réalisé dans plusieurs unions régionales. Josiane Clavelin et Brigitte Clément sont toutes deux militantes CFDT de la région Grand Est. L’une et l’autre ont été élues du personnel dans des secteurs exposés à de nombreux risques professionnels, l’hôpital pour la première et la mine pour la seconde. « Dans les années 2000, raconte Josiane, une dizaine de mes collègues infirmières ont été atteintes de cancer du sein. La plupart travaillaient de nuit. J’ai commencé à organiser des “cafés gâteaux” pour parler de ce sujet difficile. »

Brigitte, quant à elle, est familière des questions liées à l’amiante, à la silicose… Avec Josiane, elles se rapprochent de l’Union régionale Grand Est et commencent à y tenir des permanences, avant de s’engager, en 2017, au sein d’un comité de pilotage national. « On a d’abord recensé toutes les études sur les facteurs de risques, poursuit Brigitte. Puis on a commencé à monter des dossiers. »

solidaires n°541 déc2023-BD14

Reconnaître l’exposition au risque

Élue du personnel à Air France, Monique Rabussier est aussi porte-parole de l’action CFDT sur le cancer du sein. « Chez nous, les facteurs de risques sont multiples : travail de nuit, rayonnements ionisants… Après avoir mené une enquête-action auprès des hôtesses de l’air de la compagnie qui a recueilli 500 réponses que nous avons analysées avec l’aide d’un médecin, nous avons lancé un groupe de travail. »

Monique explique l’importance du combat actuel de la CFDT, au niveau national : « La première décision de justice reconnaissant le lien entre le cancer du sein et le travail de nuit d’une infirmière de Sarreguines (Moselle) est tombée en mars 2023. Aujourd’hui, nous nous battons pour faire inscrire le travail de nuit parmi les facteurs de risque dans un tableau de maladies professionnelles. Car si le cancer peut être pris en charge comme maladie professionnelle, il faut à chaque fois démontrer le lien direct entre la maladie et le travail de nuit et écarter les facteurs de risques propres à chaque femme. C’est fastidieux mais l’action collective a permis de faire aboutir plusieurs dossiers. »

Réparer et favoriser le maintien dans l’emploi

Le travail des militantes et des militants consiste aussi à monter des dossiers de reconnaissance de handicap pour faire en sorte que les salariées puissent continuer à travailler. Sans compter la prévention et l’action en matière d’organisation du travail, quelques mesures simples peuvent diminuer les risques, notamment la prise de pauses pour dormir une heure à l’abri de la lumière comme le rappelle une participante dans la salle. « Il faut aussi sensibiliser les médecins du travail et tous les acteurs de la prévention », ajoute Badiaa Souidi. « Dans nos hôpitaux, indique Clotilde Chantrenne, infirmière et militante du syndicat Santé Sociaux Ille-et-Vilaine qui participait à la table ronde, on se heurte à un pouvoir administratif et médical qui considère qu’on met aux femmes des bêtises dans la tête, quand on fait le lien entre cancer du sein et travail de nuit ! » Charlotte Courtecuisse du groupe VYV, a également montré qu’il existait des leviers collectifs de prévention relatifs à l’organisation du travail.

Prévenir et faire connaître

La CFDT revendique une véritable prise en charge des cancers du sein sur le plan professionnel. Ce qui passe, comme l’explique Isabelle Taniou, déléguée femmes à la confédération, par « la prise en compte des risques dans un véritable plan de prévention et la reconnaissance des handicaps résultant des cancers. N’oublions pas non plus que le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), depuis 2014, doit être genré. Il est important d’avoir des stats pour agir ! »