Adapter le bâti scolaire aux enjeux du changement climatique

  • Transition écologique

Le sujet n’est pas nouveau. Mais à l’heure où les canicules précoces comme tardives sont quasiment devenues la règle, il est urgent d’adapter le bâti scolaire au changement climatique. En 2019, le Ceser Île-de-France avait rendu un avis s’appuyant sur des expériences et des travaux de terrain. Celui-ci formulait des propositions précises pour améliorer une situation très dégradée. Les établissements et les collectivités ont-ils pris, depuis, la mesure de ces enjeux ? Témoignages d’acteurs de terrain.

Végétalisation dans un collège parisien

 

Le constat est sans appel : selon les rapports du GIEC et du Haut conseil pour le climat, les périodes caniculaires vont devenir plus fréquentes et s’étendre sur une partie importante de l’année, et plus particulièrement de mai à septembre, période d’épreuves ou de rentrée. Accentués dans les îlots de chaleur des zones urbaines d’Île-de- France, leurs effets se feront notamment sentir lorsque des mesures préventives comme la protection des salles et des fenêtres, la ventilation des locaux, ou encore la conception d’îlots de fraîcheur ou de zones ombrées pour les récréations n’auront pas été prévues.
Du côté du bâti scolaire, les chefs d’établissements et les équipes CFDT consultés soulignent des situations très disparates et la nécessité d’établir un diagnostic partagé pour chaque établissement, avec un engagement de réactivité de la part de la collectivité responsable : les communes pour les écoles, le département pour les collèges et la Région pour les 469 lycées publics franciliens.

Réhabiliter

« Les bons choix commencent à être faits pour les bâtiments nouveaux en construction, mais l’existant constitue l’essentiel du parc, insiste un proviseur de lycée dans le Val-d’Oise. De trop nombreux bâtiments sont des passoires thermiques et nécessitent des travaux de réhabilitation structurels prioritaires : les grandes baies en simple vitrage des années 1990 génèrent des ambiances thermiques dégradées pendant les périodes chaudes ou froides. Certes, le coût est important, mais ça finirait par générer des économies. » Au sujet de la réhabilitation, un proviseur de lycée en Seine-Saint-Denis témoigne : « de lourds travaux de rénovation sont en cours depuis plus d’un an. Ils devaient s’achever d’ici quelques semaines mais devront durer encore plus d’un an. C’est une politique de court terme ou du moindre coût qui a prévalu dans le choix des entreprises. »

Développer la réactivité

La question des délais revient souvent : un lycée polyvalent dans les Hauts-de-Seine a attendu huit ans avant que des travaux de remplacement des fenêtres puissent être engagés, alors même que la direction de l’établissement avait insisté sur les mauvaises conditions d’aération et de ventilation qui nuisaient au bien-être des jeunes. Lorsqu’il devient urgent d’installer une protection afin d’atténuer les effets de chaleur dans une salle (rideaux, volets), les équipes souhaiteraient pouvoir le faire rapidement. « On souffre de la lenteur de réactivité des services de la Région et des cloisonnements entre eux, par exemple le service qui s’occupe du chauffage et celui gère le bâti. Nous sommes résignés à subir des étés transpirants et des hivers grelottants à l’intérieur des bâtiments », précise un autre proviseur francilien.
Une enseignante de l’Essonne s’interroge quant à elle sur le suivi des périodes caniculaires : « La Région ne s’est pas manifestée pour savoir comment se passait cette période difficile de septembre et elle n’était pas représentée lors du conseil d’administration. Les petites réparations sont réalisées par le personnel de notre service technique mais nous attendons très longtemps celles qui doivent être entreprises par la Région. »

Prévention et prise de conscience

À propos de l’aération et de la ventilation des locaux, des enseignants impliqués dans les dossiers de prévention pour la santé et le bien-être des élèves comme des agents précisent que des mesures post-Covid sur la qualité de l’air ont été prises il y a deux ans par la Région, mais que les équipes n’ont jamais vu passer de résultats ou de suites à ces mesures... Il y a aussi de bonnes nouvelles. Au collège, une principale des Hauts-de-Seine fait part de sa satisfaction d’avoir participé à un projet de réhabilitation déployé sur trois années, avec des ateliers où les élèves ont pu échanger avec l’architecte, réaliser des esquisses de plan : une collaboration exemplaire dans le cadre d’une rénovation thermique importante. Elle suit aujourd’hui un projet de réfection des espaces extérieurs de son collège : « il y a une préoccupation forte qui se traduit par des investissements en faveur de la végétalisation. Ces projets sont un atout pour le climat scolaire. Une prise de conscience des élèves émerge aussi. Il faut investir massivement pour l’isolation, orienter les classes vers le nord, arrêter de produire des surfaces vitrées, prévoir des brisesoleil, imaginer une salle polyvalente climatisée, former les personnels aux démarches de prévention. Nous devons aussi adapter nos habitudes de travail et nos horaires : en période caniculaire, à la récréation de 15h, tout le monde est couché et cherche de l'ombre.»

RESSOURCE

Rapport du Ceser adopté le 17 octobre 2019. "Intégrer l'évolution climatique au cadre de vie des lycées franciliens". 
Rapporteure: Joëlle Paris

Joëlle Paris, Membre de la commission Éducation du CESER (représentante des parents d’élèves - collège des associations)

Interview

Joëlle Paris

Membre de la commission Éducation du CESER

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la situation depuis votre rapport de 2019 ?
Nous n’avons pas eu de retour sur nos préconisations mais il semblerait que ces questions soient aujourd’hui relativement intégrées quand il s’agit de concevoir un équipement neuf ou mener une rénovation d’ampleur. Ici et là, on repère des efforts notables, pour réintroduire des surfaces végétales, par exemple, ou installer des panneaux solaires. J’ai aussi en tête quelques exemples intéressants : la préservation d’arbres lors de la conception d’une extension dans un lycée de l’Essonne, la création d’une ombrière en bois abritant un terrain de sport dans un établissement des Hauts-de-Seine… Mais la situation demeure très contrastée et, surtout, l’adaptation des établissements anciens est largement insuffisante.

Quels sont les besoins dans notre région ?
Ils sont très importants au regard de l’évolution démographique. La Région s’est fixée comme objectif de rénover 100 % des lycées d’ici à 2028 et de créer 30 500 places de lycée supplémentaires. 9 700 nouvelles places ont été livrées depuis 2016 (et 1 400 places en 2023) alors qu’il en faudrait en moyenne 4 160 chaque année. On est donc encore loin du compte.

Quels retours avez-vous sur les rénovations des établissements existants ?
Quand les demandes ne sont pas trop complexes, la réactivité est plus forte. Les problèmes de chauffage sont plutôt bien pris en charge mais c’est beaucoup plus difficile pour le confort en été. Les rénovations sont faites en site occupé, ce qui est une énorme contrainte. On attendrait aussi que les responsables d’établissement puissent dialoguer avec la Région lors d’un chantier et que les travaux ne s’accompagnent pas d’une multitude de malfaçons. Mais globalement, l’exécutif est polarisé sur les investissements, certes urgents, alors qu’il faut également maintenir des crédits pour les réparations et le fonctionnement, sans quoi la qualité de l’investissement en pâtira.

Ces articles peuvent également vous intéresser