Face à l’extrême droite, gagner la bataille culturelle

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À un peu plus de trois mois des élections municipales, la CFDT Île-de-France a réuni, le 26 novembre, son réseau de militants référents « lutte contre les idées d’extrême droite ». Objectif : analyser la progression des idées d’extrême droite et renforcer les outils militants pour y faire face. Deux intervenants étaient invités à nourrir les échanges : Thibaud Kurtz, délégué démocratie et lutte contre les idées d’extrême droite à la Confédération et Christophe Bertossi, directeur de l’Institut pour la démocratie (IDEM).

Face à l'extrême droite, gagner la bataille culturelle

Badiaa Souidi, Olivier Clément, Thibaud Kurtz et Christophe Bertossi.

 

En ouverture de la matinée, organisée dans les locaux de la CFDT Paris, la secrétaire générale de la CFDT Île-de-France, Badiaa Souidi, a donné le ton. « La progression de l’extrême droite s’intensifie à l’approche des élections municipales. Il est plus que jamais nécessaire de réaffirmer nos valeurs démocratiques et de nous structurer pour endiguer cette dynamique, que nous constatons jusque parmi nos propres sympathisants », a-t-elle souligné. Créé il y a un an, le réseau francilien « lutte contre les idées d’extrême droite » vise précisément à outiller les militants face à ce constat. Car les chiffres sont préoccupants. Le dernier baromètre du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) montre que plus de 40 % des Français se disent prêts à « essayer une solution autoritaire » et que 68 % estiment l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir inéluctable. Lors des dernières élections législatives, 17 % des sympathisants de la CFDT ont voté pour le Rassemblement national.

Résister

Pour autant, pas question de céder au fatalisme. « On essaie de nous faire croire que la bataille culturelle est déjà perdue, que nous sommes isolés. Ce n’est pas vrai », a insisté Thibaud Kurtz. Le délégué confédéral a rappelé l’importance de l’organisation collective et de la formation. Des outils existent déjà sur l’espace ARC, ressources appelées à être enrichies dans les prochaines semaines à l’approche des échéances électorales.
Thibaud Kurtz a également alerté sur une dérive progressive du débat public. « Nous franchissons des étapes “illibérales” sans presque nous en apercevoir : quand on débat de l’accès aux soins conditionné à la nationalité, quand on réduit les budgets des autorités indépendantes comme le CESE ou lorsque des associations perdent leurs subventions dans certaines régions. » Pour lui, il est essentiel d’identifier ces signaux faibles, mais aussi de documenter précisément les attaques de l’extrême droite contre le syndicalisme afin d’y répondre efficacement. Sans oublier de « prendre soin des militants pour tenir dans la durée. »

Le décrochage démocratique français

Christophe Bertossi a élargi l’analyse en soulignant le rôle central de la culture démocratique dans la solidité d’un régime politique. Or, selon l’indice de démocratie publié par le magazine The Economist, la France stagne depuis 2017 à 5,8 sur 10 en matière de culture démocratique. Un score comparable à celui du Cambodge, de la Biélorussie, de la Turquie ou de la Libye.
Pour le sociologue et directeur de l’IDEM, ce décrochage est en grande partie lié aux choix politiques opérés depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. « On n’a pas besoin de l’extrême droite au pouvoir pour reculer démocratiquement. Le bloc central met en œuvre des politiques inspirées de l’extrême droite, comme la loi immigration, dans l’espoir de freiner la progression du RN », analyse-t-il. Une stratégie qu’il juge contre-productive, s’appuyant notamment sur l’ouvrage de l’historien Johann Chapoutot, Les irresponsables, qui rappelle que le parti nazi n’a jamais remporté d’élections majoritaires en Allemagne : « Il a été porté au pouvoir par le centre pour être neutralisé. C’est l’inverse qui s’est produit. »

Un « barrage républicain » fragilisé

Dans ce contexte, la notion même de barrage républicain apparaît profondément fragilisée. Depuis les dernières législatives, la parole se libère à droite tandis que certaines voix intellectuelles sont disqualifiées au nom de « valeurs républicaines » souvent détournées de leur sens. « L’extrême droite utilise des tech-niques rhétoriques parfois redoutables, comme l’inversion accusatoire », expliquaient plusieurs militants lors des échanges, très riches à la suite des interventions.
Face à une extrême-droitisation diffuse du débat public, au-delà d’un seul parti, la lutte doit désormais se situer sur le terrain des valeurs. « Ce n’est pas toujours facile mais il faut rester droit dans ses bottes face aux assauts », notaient d’autres militants. « Un plan d’action se met en place en interne, notre engagement se renforce, et ce travail nourrira le projet de résolution du congrès confédéral », a conclu Thibaud Kurtz devant des militants franciliens déterminés à mener la bataille culturelle sur le long terme.

Des ressources pour agir concrètement

Des guides pratiques CFDT

  • Prévenir et combattre le racisme et les discriminations raciales au travail

    PDF — 1.61Mo

  • Agir contre les discriminations lgbt dans le monde du travail - 2e edition

    PDF — 1.18Mo

  • Prévention des violences sexistes et sexuelles au travail

    PDF — 1.51Mo

Une fiche ressource dédiée aux adhérent·es

  • Pourquoi combattre les idées d’extrême droite est une priorité en tant qu’adhérent·e ?

    PDF — 218Ko

Un guide pour les journalistes

  • Face à l’extrême droite, plus que jamais journalistes

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Un flyer régional engagé

  • 8 affirmations contre l'extreme droite

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