Forums de l’emploi des jeunes : agir dans les quartiers prioritaires
Parmi les nombreux obstacles à l’insertion dans l’emploi des jeunes, les discriminations du fait de l’âge, d’abord, mais aussi de l’origine ou du lieu de vie persistent… Le 28 novembre, la CFDT Île-de-France a organisé son neuvième forum de l’emploi des jeunes à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). Ce rendez-vous est destiné à favoriser l’accès à l’emploi des jeunes, en particulier les moins qualifiés, dans des territoires où le taux de chômage est souvent élevé. Le point sur cette action originale qui agit concrètement contre les discriminations.
C’est en 2014 qu’a germé l’idée d’agir concrètement pour rapprocher les jeunes du monde du travail dans les quartiers les plus défavorisés de la région en activant les réseaux de la CFDT Île-de-France, mais aussi ceux de ses représentants syndicaux dans les entreprises. La première édition a eu lieu à Créteil. Ont suivi Bagnolet, Villiers-le-Bel, Trappes, Nanterre, Évry et Paris. « Dans les quartiers très touchés par le chômage, nous savons qu’il existe un vrai problème d’accès à l’emploi, explique Diego Melchior, secrétaire général, à l’origine du projet en 2014. Les jeunes y sont souvent peu qualifiés, parfois victimes de discriminations liées à leur origine et leur lieu de vie. Ils manquent aussi cruellement de réseaux sur lesquels s’appuyer. »
Un salon professionnel
Pour monter un forum, il faut d’abord trouver les entreprises qui acceptent de proposer des emplois, des stages ou des contrats d’alternance, s’assurer qu’elles disposent des outils de communication nécessaires. « Je pense que nous sommes tout à fait dans notre rôle d’organisation syndicale, fait remarquer Hassan Mohamed, secrétaire régional en charge de l’emploi. C’est cohérent avec le type de syndicalisme que nous portons que de vouloir agir concrètement pour ne pas laisser au bord de la route toute une partie des jeunes. »
Les forums s’appuient aussi sur les équipes de terrain de la CFDT, et en particulier les délégués syndicaux des entreprises du bassin d’emploi. L’équipe CFDT de Monoprix, par exemple, a convaincu dès 2015 sa direction d’y participer. « Notre enseigne faisait face à de gros problèmes de recrutement, explique Patricia Virfolet, déléguée syndicale centrale. Alors, j’ai convaincu la DRH de tenir un stand. Et elle n’a pas regretté. Syndicalement, cela nous permet de mettre en avant le fait que nous sommes dans le dialogue mais aussi à la recherche de solutions pour des métiers où il est parfois difficile de pourvoir les postes. »
L’ancrage territorial
Le choix du lieu se fait le plus souvent en partenariat avec l’équipe CFDT d’une collectivité locale. Cette année, Mimia Boumghar, secrétaire générale du syndicat Interco de Seine-Saint- Denis et responsable de la section de Noisy-le-Sec, a pris contact avec les responsables de la mairie. « Ça n’a pas été compliqué car nous sommes déjà très actifs. Il nous a suffi d’expliquer la démarche au maire, puis de nous engager dans l’organisation concrète. » Le maire de la ville, Olivier Sarrabeyrouse, a accepté de jouer le jeu. « J’ai trouvé la démarche de la CFDT pertinente pour notre territoire où le taux de chômage des jeunes est élevé, notamment dans les quartiers politique de la ville (QPV). Certains jeunes ont été déscolarisés très tôt. Alors, même si l’emploi n’est pas de la compétence de la commune mais d’Est ensemble, l’établissement public territorial, nous sommes très impliqués aux côtés du point info jeunes, de la maison des droits, de l’agence locale d’insertion. »
Acteurs de l’emploi et de l’insertion
Pour faire venir les jeunes, France travail s’est engagé dès le début dans l’aventure aux côtés de la CFDT. Sabrina Sapotille est la responsable d’équipe de l’agence France travail de Noisy en charge de l’accompagnement des jeunes. « Pour ce forum, précise-t-elle, au-delà des invitations envoyées à nos fichiers de demandeurs d’emploi, nous avons sollicité en priorité les jeunes qui bénéficient d’un accompagnement intensif en contrat d’engagement jeune. Ils ont besoin de rencontrer des entreprises, de découvrir des emplois… Les conseillers d’agences ont inscrit près de 300 jeunes et les ont préparés. » France travail a également sélectionné directement des entreprises ayant des besoins de recrutement, comme la BNP, SNCF Réseau, le Conseil départemental et des structures proposant un accompagnement aux jeunes recherchant des contrats en alternance. Les autres services publics de l’emploi, Apec ou missions locales, ont participé au salon.
Ces forums proposent aussi un espace aux acteurs socio-économiques du territoire ainsi qu’aux associations et aux institutions pouvant accompagner ces jeunes dans leurs démarches. « C’est important d’avoir une démarche globale. Nous permettons aux jeunes de rencontrer des entreprises mais aussi de réfléchir à leur projet », indique Olivier Leclercq, délégué régional en charge du forum. Parmi ces partenaires, Solidarités nouvelles face au chômage accompagne chaque année 4 000 personnes. Sa représentante, Françoise Dussert, explique un des rôles de l’association : « Au cours de rencontres, qui ont toujours lieu dans un café ou un lieu public, aussi souvent que de besoin, nous aidons les chômeurs à préciser leur projet, repérer leurs compétences, rédiger un CV et se préparer aux entretiens. Nous leur proposons également des formations. » Le prochain forum aura lieu en 2026.
LES QPV EN ÎLE-DE-FRANCE
- 272 quartiers politique de la ville (QPV) dans lesquels vivent 1 570300 habitants, soit 13% de la population.
- Une proportion deux fois plus élevée qu’en province, et la plus forte de France métropolitaine.
- Un taux de chômage nettement plus élevé (23%, contre 13 %pour la métropole du Grand Paris).
- C’est en Seine-Saint-Denis que la part de la population vivant en QPV est la plus élevée (87% de la population à Aubervilliers et La Courneuve).
Source : Insee analyses Île-de-France, n°189 - sept. 2024.
interview
Irène FASSEU
Mozaïk RH
Directrice du développement et de l’inclusion économique
Quelle est votre action pour l’emploi des jeunes issus des quartiers prioritaires ?
Le taux d’emploi dans les quartiers prioritaires est inférieur de 20 points à celui de la moyenne des 15-64 ans. Le taux de chômage des bac+2 y est 2,5 fois plus élevé qu’ailleurs. La mission de Mozaïk RH, depuis sa création il y a seize ans, est de faciliter la rencontre entre recruteurs et candidats de ces territoires. Nous développons de nombreux programmes avec nos entreprises et associations locales partenaires. Notre plateforme de recrutement inclusif, Mozaïk Talents, dispose de plus de 120 000 offres collectées dans différents secteurs économiques.
Quels sont les principaux freins à l’emploi de ces jeunes ?
Les discriminations liées à l’origine, au lieu de résidence et à la classe sociale contribuent largement au phénomène de « décote » des personnes issues des QPV, y compris quand elles sont diplômées. Il n’y a pas de pénurie de talents dans ces quartiers mais une pénurie de confiance. Selon notre étude de mars 2024, 73% des 18-24 ans déclarent s’autocensurer quand il s’agit de postuler. Ils n’y croient plus. Pis, ils camouflent parfois leurs singularités afin de conserver toutes leurs chances. On doit créer les conditions d’un recrutement plus inclusif en formant et en sensibilisant les managers pour faire évoluer les pratiques RH et diversifier les équipes. Le management doit être plus ouvert et chacun doit pouvoir s’exprimer et faire émerger des solutions partagées, innovantes. C’est donc une politique globale qui implique toute l’entreprise, du sommet à la base, qu’il faut mettre en place.
Pourquoi avoir participé à ce forum ?
C’était une évidence car nous organisons tout au long de l’année des jobdatings au sein même des territoires, tels que les Meet’Up Emploi et Formation en partenariat avec la Région Île-de-France et un consortium d’associations locales. Les partenaires sociaux, la CFDT notamment, ont un énorme rôle à jouer car les délégués syndicaux sont des acteurs de l’inclusion au sein des organisations et peuvent contribuer à la mise en place d’actions concrètes en matière de recrutement inclusif.