Jean-Michel, le logement comme boussole

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Depuis plus de trente ans, la question du logement guide le parcours de Jean-Michel Tisseyre. Une trajectoire où responsabilités collectives et choix personnels se croisent, toujours ancrés dans le réel.

Chez les Tisseyre-Tournié, la solidarité n’a jamais été un principe abstrait. Elle se vivait au quotidien. « Mon grand-père maternel, viticulteur très investi dans la vie locale, est devenu maire de son village de l’Aude. Mon grand-père paternel, militant de toujours du parti socialiste, a exercé un mandat du conseiller général jusqu’à un âge avancé dans ce même département. Mes parents, enseignants, portaient des idéaux de gauche et militaient dans des associations de solidarité dans notre commune populaire du Loiret. À la maison, il y avait toujours du monde », raconte Jean-Michel. 
Après des études supérieures de physique à Orsay, il commence à travailler à Paris à la fin des années 1980 et enchaîne les missions d’intérim. Une période fondatrice. « Même avec un bon salaire, se loger était déjà très compliqué. Beaucoup de logements étaient vétustes, insalubres. » Il vit alors dans des hôtels meublés de fortune, à Pantin, Noisy-le-Sec ou au Pré-Saint-Gervais. « Je m’en accommodais car je partais souvent en mission, mais ce qui me gênait le plus, c’était de ne pouvoir accueillir personne. »

Renault, un tournant

Recruté en CDI chez Renault en 1989 comme technicien méthode qualité, il s’installe dans l’appartement qu’un collègue lui propose, à deux pas du trapèze historique du constructeur. L’engagement syndical vient naturellement. « La CGT alors majoritaire à Billancourt me draguait, mais la CFDT s’est imposée, pour une question de valeurs. » Une fois qu’il dit « oui », les responsabilités se multiplient à toute vitesse : délégué du personnel, représentant syndical au comité d’entreprise… au Technocentre le nouveau lieu de travail des « Renault » dans les années 90.
En 2006, une vague de suicides frappe Renault. Quatre ont lieu sur le site même. « L’un d’eux, un collègue proche, s’est jeté devant moi. Il ne voulait pas repartir en mission au Brésil, à peine rentré auprès de sa famille. » Ce drame marque profondément Jean-Michel, alors mandaté au CHSCT. Il s’implique alors pour faire reconnaître les risques psychosociaux, à une époque où le sujet reste largement ignoré.

Agir localement

Parallèlement, il s’engage dans la vie de sa commune, Boulogne-Billancourt. Lors de ses permanences d’élu d’opposition, les demandes reviennent toujours dans le même ordre : un logement, une place en crèche, un emploi. Avec le collectif Un logement pour tous, il organise des actions coup de poing, monte des squats, fait faire le « tour des taudis » pour rendre visibles des situations de mal-logement dans cette commune bourgeoise. « Le mal-logement touche surtout les familles monoparentales, des mères aux revenus modestes, souvent à temps partiel. Cafards, humidité, logements indignes. Ma ville restait dans le déni, le refus des logements sociaux ». Jean-Michel s’investit aussi au niveau syndical, au sein de la commission logement du CE. « Cette commission traitait surtout de restauration et de transport ; le loge-ment était le parent pauvre ».

Du local au régional

En 2023, alors qu’il est toujours engagé dans son entreprise au comité de groupe Monde, son expertise est remarquée lors d’une réunion organisée par la CFDT Île-de-France sur le logement. On lui propose un mandat interprofessionnel.
Aujourd’hui vice-président du comité régional d’Action Logement, il défend des projets concrets autour de la rénovation, de la décarbonation et de l’isolation. « Des projets porteurs de plus de social, de vie citoyenne et de liens. »

Noël en famille

Son engagement, Jean-Michel le vit aussi dans son foyer, sa vie quotidienne. Un soir d’hiver, il y a une dizaine d’années, lors d’une réunion à Nanterre, il accepte, avec sa compagne, d’ouvrir la porte de leur appartement à des jeunes migrants sans logement. « On ne pouvait pas faire autrement. » Depuis dix ans, ils reçoivent ces jeunes sans abri, les accompagnent dans leurs parcours, partagent les étapes de leur vie, accueillent les bébés.
Et chaque année, à Noël, la maison se remplit. Autour de la table, ils sont désormais vingt-cinq : des jeunes hébergés au fil des ans. Chez Jean--Michel Tisseyre, le logement n’est pas seulement un enjeu politique ou syndical. C’est une boussole qui guide son quotidien.

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